Francis SIMON, né François Olivier Noël

(1860-1937)


Maître imprimeur en typographie et lithographie, gravure, reliure, éditions ; industriel

Ancien juge doyen au Tribunal de commerce (débute comme juge suppléant en 1906) ; Président honoraire de l’Union du commerce et de l’industrie de Rennes et de la Fédération des Unions commerciales et industrielles de France (débute comme secrétaire-adjoint de l’Union du commerce et de l’industrie en 1899). Vice-Président (1904) puis Président du Souvenir français (1914). Président de l’Escorte d’Honneur (1914). Président du Comité de la Fête de Jeanne-d’Arc. Président de la Société de gymnastique. Vice-président de la Fête des fleurs. Membre de la Société archéologique d’Ille-et-Vilaine (1896-1937).

Fr. SIMON

Francis Simon vers 35 ans.

Photographie publiée avec l’accord de la famille Simon.

Carrière

En 1880, François Simon est domicilié 25 rue Richard Lenoir à Rennes. Il est déclaré comme typographe. En 1891, il est chef de service à l’imprimerie Oberthür. Le 6 janvier 1894, par acte de mutation, François Simon et son épouse, demeurant ensemble 98 rue Saint-Hélier, deviennent propriétaire du fonds de commerce d’imprimerie situé 6 rue des Carmes appartenant à François Alphonse Le Roy, dit Alphonse Le Roy, ancien imprimeur et de Marie Henriette Pépin, son épouse, demeurant alors 2 rue d’Estrée. D’après l’acte, ils étaient entrés en possession de tout ce qui compose le fonds de commerce de Le Roy le 16 octobre 1893, ils ont donc été autorisés à prendre, à compter de cette époque, le titre de successeurs de Monsieur Le Roy, le nom de la maison et les armes de la Palme-d’Or créées par une des branches de la famille Vatar, une des principales familles d’imprimeurs et libraires établis à Rennes depuis le 17ème siècle, dont Le Roy pouvait se targuer d’être le successeur grâce à son père.

Fr. Simon (w) 1

Le fonds de commerce d’imprimerie acquis par Simon comportait « premièrement la clientèle et l’achalandage y attachés, deuxièmement du matériel et des objets mobiliers servant à son exploitation, et des matières premières, troisièmement de la propriété des ouvrages, dessins, estampes, marques, brevets et autres que peut posséder Monsieur Le Roy, quatrièmement de toutes les marchandises neuves existant en magasin, fabriquées ou non, cinquièmement, et des bâtiments élevés par Monsieur et Madame Le Roy sur la propriété où s’exploite le dit fonds, sis à Rennes, à l’encoignure du boulevard de la Liberté et de la rue des Carmes, appartenant actuellement (la dite propriété) à la ville de Rennes, et louée à Monsieur et Madame Le Roy qui s’oblige de le sous louer à Monsieur et Madame Simon par acte » [1]. Le 6, rue des Carmes construit par Le Roy comprenait un atelier d’imprimerie ; un bâtiment contenant un magasin, la machine à vapeur, l’atelier de clichage, ainsi que des magasins d’imprimés et de matériel ; un atelier de vernissage et de gommage. Le Roy avait dû céder l’ensemble de cette construction à la ville de Rennes en 1882 pour qu’elle puisse agrandir les écoles de la rue Vasselot et du boulevard de la Liberté. C’est vers 1907 que Simon transféra ses ateliers et ses bureaux 38, boulevard Laënnec, et son magasin de vente 17, quai Lamartine. En effet, le projet d’achèvement du Palais du Commerce condamna l’école de la Halle-aux-Toiles et amena la ville à revoir ses projets du boulevard de la Liberté. Ne pouvant prévoir l’époque à laquelle la construction du pavillon central et de l’aile Est du Palais du Commerce allait être autorisée, la municipalité décida d’utiliser momentanément les locaux de l’imprimerie vide plutôt que de les laisser inoccupés. Ainsi, le logement particulier de Simon fut affecté au logement de la directrice de l’école de la rue Vasselot, des loges furent construites pour les élèves de l’école régionale d’architecture dans les ateliers du boulevard de la Liberté et une conciergerie fut installée à l’angle même de la rue des Carmes et du boulevard de la Liberté. L’ancienne imprimerie Simon fut rasée après juillet 1909 [2].


[1] AD 35 : 4Q4/1111, acte 48.

[2] AD 35 : il existe une plaque photographique d’Auguste Le Couturier des ruines d’un des bâtiments de l’imprimerie Le Roy-Simon rue des Carmes à Rennes, non datée et cotée 8Fi 341.


Simon faisait de la typographie, de la lithographie, de la gravure et de la reliure. Ses clients pouvaient trouver chez lui des caractères elzéviriens et une collection variée d’ornements typographiques anciens, ce qui lui permettait de faire de la réimpression de vieux livres. Sa maison était en effet spécialisée dans les impressions de luxe et de bibliophiles. En plus de l’impression de labeurs (emballages, livres, catalogues, affiches, imprimés administratifs et commerciaux…), qui nécessitait un personnel capable de gérer la préparation de la forme à imprimer, la reliure, le brochage et la dorure, il imprimait des brochures, des journaux, des revues périodiques et des travaux en langues étrangères.

Fr. Simon (W)

Plusieurs ouvrages édités par Francis Simon ont fait date. En 1897, pour l’exposition de Rennes, il eut l’opportunité d’imprimer le guide de Lucien Decombe (1834-1905), Rennes illustré [1], qui comme l’indique son titre, est orné de cinquante photographies : il s’agit du premier du genre à Rennes. Certaines des affiches faites pour la municipalité et les associations de la ville sont elles aussi passées à la postérité, comme celle de la Fête des Fleurs du dimanche 3 juillet 1904 [2] ou l’affiche et la plaquette du programme des Fêtes universitaires et commémoratives de l'union de la Bretagne à la France en octobre 1911 [3]. Mais les Rennais faisaient surtout appel à l’imprimerie Simon pour des documents marquants de leur vie : menus de mariage, carte de décès, thèse… Parmi les nombreuses thèses de droit, de médecine ou de lettres publiées chez lui, certaines sont devenues des pièces de collection très recherchées comme celle du docteur Louis Destouches, Louis Ferdinand Céline en littérature, sur La vie et l’œuvre de Philippe Ignace Semmelweiss (1818-1865), thèse soutenue en 1924.

  • Programme 1911 (W)
  • Guide 1897 (W)
  • Céline (W)


[1] Decombe (L.), Rennes illustré. Guide de Rennes et des environs, Rennes, F. Simon imprimeur-éditeur, 1897, 399 p.

[2] AD 35 : 14Fi 22 Ville de Rennes. Dimanche 3 juillet 1904. Fête des Fleurs, affiche illustrée couleur 122 x 87 cm.

[3] Programme souvenir, Fêtes du 28 et 29 octobre 1911, Union de la Bretagne à la France, Rennes, Imprimerie Fr. Simon, 1911, n.p.

Les premières cartes postales Fr. Simon : arts graphiques et bibliophilie

Fr simon collection F.S (W)

François Simon fit partie des tous premiers éditeurs de cartes postales illustrées de la ville de Rennes avec Neurdein, Warnet-Lefeuvre et Mary-Rousselière. Une série de cartes postales photographiques, datable d’entre 1897 et 1903, légendée et marquée « Collection F.S. – Imp. Fr. Simon, Rennes » a été produite à partir des photographies du guide Rennes illustré de 1897.

Société de Tir Coll. (W)

Entre 1901 et 1904, les imprimeries Simon tirèrent quelques séries de cartes postales photographiques ou non sur Rennes et la Bretagne. Vers l’été 1902, pour marquer l’organisation du concours international de tir par la Société rennaise de tir Duguesclin, l’imprimerie Simon édita une carte postale du stand des Gayeulles avec des motifs rehaussés d’or.

En 1904, elle imprima une série illustrée par Théophile Busnel sur commande du Comité du Calvaire de Tréguier [1]. Il s’agit de cartes au dos non séparé réservé à l’adresse soit en français [Carte postale / ce côté est exclusivement réservé à l’adresse / — / M—] soit en breton [2] [Unvaniez post ar Bed / (union postale universelle) / Karten Bost / War an tu-ma na vez skrivet nemed an adress / An a —]. La carte postale était alors reconnue comme un « excellent moyen d’active propagande et de vulgarisation d’idée » [3] par ce Comité, dont certains membres appartenaient à l’Union Régionaliste Bretonne. Depuis les années 1880, plusieurs auteurs faisaient appel à Busnel pour illustrer leurs études d’architecture de « croquis exacts en même temps que pittoresques, qui missent le lecteur en mesure de se rendre compte de la physionomie artistique de ces monuments» [4]. Reconnu comme un dessinateur habile et consciencieux, il avait contribué à illustrer le Bretagne artistique et était très apprécié des bibliophiles bretons. D’ailleurs la Société des bibliophiles bretons lui commandait souvent des illustrations pour des réimpressions d’ouvrages en éditions de luxe. Beaucoup appréciaient son style pittoresque car il faisait « de véritable dessins originaux relevés avec soin dans les endroits les plus obscurs de nos départements et tous accompagnés de personnages en costume local d’une exactitude de détails et d’une vérité d’attitudes extraordinaires » [5]. En effet, ce qui distinguait Busnel de ses prédécesseurs, c’était la précision du détail architectural et l’exactitude du costume local, même si d’autres étaient plus sensible à son « sentiment breton » [6]. René Kerviler [7] le classait au-dessus de Perrin de Rostrenen [8] et de Penguilly l’Haridon [9] dont il disait qu’ils étaient « d’une monotonie véritablement désespérante » [10]. Busnel dessinait à la plume et parfois gravait à l’eau-forte. Ses dessins et ses gravures de Rennes, datant pour la plupart d’entre 1879 et 1899, parfois faits d’après les œuvres d’autres artistes, ne furent publiés en cartes postales qu’au début des années 1930 par Henri Laurent – éditions Laurent-Nel – grâce à l’appui du conservateur des archives départementales d’Ille-et-Vilaine, Henri Buffet [11].

[1] La statue d’Ernest Renan fut inaugurée à Tréguier, le 13 septembre 1903, dans une atmosphère d'émeute, les catholiques n'acceptant pas qu'elle fût érigée face à la cathédrale. En réparation de l'outrage subi, ses adversaires dressèrent l'année suivante, le 19 mai 1904, sur les quais de Tréguier, le calvaire de la réparation ou de la protestation. Les catholiques de Bretagne lancèrent une souscription nationale afin de réaliser ce calvaire qui fut inauguré par l'archevêque de Rennes, le Cardinal Labouré.

[2] En 1898, le libraire René Prud’homme (1863-1924) de Saint-Brieuc aurait été le premier à publier des cartes postales en langue bretonne. Ces cartes de la même couleur que les cartes timbrées des Postes n’ont eu qu’un succès relatif, ne réunissant ni un prix bon marché, ni d’intérêt suffisant pour les collectionneurs.

[3] Jaffrenou (F.), « Politique nouvelle », in Ouest-Éclair de Rennes, 19 décembre 1900, p.1.

[4] Kerviler (R.), « Théophile Busnel », in Le Glaneur breton, 1891, p.131.

[5] Kerviler (R.), « Théophile Busnel », in Le Glaneur breton, 1891, p.131.

[6] Kerviler (R.), « Théophile Busnel », in Le Glaneur breton, 1891, p.132.

[7] René Mathurin Marie Pocard du Cosquer de Kerviler (1842-1907).

[8] Olivier Perrin (1761-1832). Il a publié la Galerie Bretonne ou Mœurs, usages et coutumes des Bretons de l’Armorique, de 1835 à 1839.

[9] Octave Penguilly L’Haridon (1811-1870). Il a contribué à l’illustration de la Bretagne ancienne et moderne de Pierre Michel François Chevalier dit Pitre-Chevalier (1812-1863), ouvrage publié en 1844.

[10] Kerviler (R.), « Théophile Busnel », in Le Glaneur breton, 1891, p.132.

[11] Henri-François Buffet (1907-1974).

  • Karten Bost (W)
  • Tréguier (W)

Guide (W)

En 1909, pour le 12ème centenaire de la fondation religieuse du Mont Saint-Michel, l’imprimerie Simon sortit de ses presses un guide sur le Mont Saint-Michel d’une centaine de pages écrites par l’abbé Bossebœuf [1] sous le pseudonyme de Louis du Mont. Ce guide, qui fut republié sous diverses versions chez divers éditeurs, a été conçu sur les vœux de l’évêque de Coutances, dont l’objectif était l’expansion des pèlerinages. Une première version en fut éditée chez Fr. Simon sous le titre Le Mont Saint-Michel dans le Passé, le Présent et l’Avenir : nouveau guide illustré du Mont-Saint-Michel et des environs [2].

Au Dauphin Dos (W)

Il est illustré d’une soixantaine de gravures dont quelques-unes sont utilisées pour une série de cartes postales sur le Mont-Saint-Michel dans le passé, cartes commercialisées à Rennes et au Mont par le magasin de vente de l’imprimerie Simon et par le magasin « Au Dauphin », spécialisé dans les produits liés au pèlerinage, annexe de l’Archiconfrérie Universelle de Saint-Michel [3].

MtStM Boisselat Simon (W)

8

[1] Louis Auguste Bossebœuf (1852-1928), pseudonymes : Louis ou Louis-Augustin Bossebœuf, Louis du Mont, historiographe et archiviste du diocèse de Tours, archéologue, historien de l’art et critique.

[2] Ouest-Éclair, 22 avril 1909, p. 5. Du Mont (L.), Le Mont Saint-Michel dans le Passé, le Présent et l’Avenir. Nouveau Guide Illustré du Mont-Saint-Michel et des Environs, Rennes, Francis Simon Imprimeur et Éditeur, 1909. in-12 broché d'édition, 108 p., illustrations photographiques en noir in et hors texte. Il existe une version de 95 pages.

[3] Confrérie fondée le 16 octobre 1867.

Asso étudiants (W)

En 1905, Simon publia des cartes postales photographiques pour l’Association des Étudiants de Rennes. L’auteur des photographies était Victor Cuisnier [1], vice-président de l’Association des Étudiants et membres de l’Union Sportive des Étudiants.


[1] Victor Émile Léon Marie Cuisnier (1883- ?)

1914-1918 : les cartes postales d’un Rennais au service de la mémoire des combattants de la Grande Guerre

En 1914, François Simon est intimement marqué par l’angoisse et la tristesse des familles confrontées aux départs et à la mort de leurs enfants : ses deux seuls fils partirent au combat ; l’aîné, Henri, mourut d’une balle dans la tête le 16 juin 1915 au cours de l’attaque du Labyrinthe dans l’Artois (son corps fut rapatrié fin janvier 1922, il fut inhumé au Cimetière du Nord le 1er février). La carte-postale « Le Bonjour du Soldat » de 1914 fait de lui un éditeur plus que concerné, partageant toute l’inquiétude des Rennais :

CP 1914 (W)

« Au soldat de France. Là-bas, peut-être n’as-tu ni papier, ni enveloppe, ni plume, ni encre, et pourtant tu serais si content d’écrire au pays ! Ne te désole pas. Ceux qui restent ont pensé à cela. Il te suffira, avec un bout de crayon, de dater et de signer la carte ci-jointe du «Bonjour du Soldat» et nous aurons de tes nouvelles. Le Bonjour du Soldat, Imprimerie Fr. Simon, à Rennes. N.B. – La personne qui expédie cette carte doit écrire préalablement son adresse, à elle, afin que, pour la lui retourner, le soldat n’ait qu’à la dater et la signer ».

Mais la série de cartes postales la plus marquante imprimée par Simon date de la fin de la Guerre, peut-être même de 1921, quand François Simon reçut la Légion d’honneur pour son engagement patriotique et tous ses efforts dans l’exercice de mémoire. Rappelons que la loi du 25 octobre 1919 avait invité les communes françaises à recenser leurs morts de la Grande Guerre dans un livre d’or, jetant les prémices de l’apparition des monuments qui allaient célébrer leur héroïsme. Mais comme le rappelait le sénateur Hippolyte Simonet (1858-1922), lors de la séance du 26 mars 1920, « les municipalités n’avaient pas attendu l’initiative du Parlement pour commémorer et glorifier dignement ceux qui sont morts pour la France » [1]. Ainsi, par sa délibération du 18 novembre 1918, sept jours après la signature de l’Armistice, le conseil municipal de Rennes décidait de consacrer à « la mémoire des Enfants de Rennes tombés pour la France pendant la Grande Guerre » un monument glorifiant leur héroïsme. Le maire, Jean Janvier, voulait que ce Panthéon fût « un grand et digne symbole de reconnaissance envers tous les enfants de Rennes, Rennais par leur origine et Rennais par leur résidence, qui ont contribué par le sacrifice de leur vie à assurer la sécurité du pays et l’avenir de la France ». Toutefois, limiter l’exercice de Mémoire aux seules volontés nationale et municipale nous ferait oublier qu’un certain nombre d’habitants de Rennes ont contribué, avec dévouement patriotique, à entretenir, sans aucunes distinctions géographiques, religieuses ou idéologiques, le souvenir de tous les morts de la guerre, et ce, dès les débuts du conflit européen. Parmi eux, François Simon, se distingua particulièrement en tant que « père » du Soldat Inconnu. Simon a été vice-président (1904) puis président du Souvenir français rennais (1914), mais surtout président fondateur de l’Escorte d’honneur le 2 septembre 1914. Cette association patriotique pour l’assistance aux obsèques des soldats Morts pour la Patrie, l’adoption et l’entretien de leurs tombes, fut présidée par Simon dès le début des hostilités. Il assista à toutes les cérémonies enterrements des soldats morts dans les hôpitaux rennais, sans distinction confessionnelle, remplaçant les familles absentes. Son dossier de la Légion d’honneur ne mentionne pas moins de 2600 enterrements et services funèbres, et précise que Simon « a entretenu d’une façon touchante et admirable les tombes des soldats au cimetière de l’Est à Rennes », qu’ «il a réconforté par son dévouement, par ses paroles, par ses écrits, par les cérémonies grandioses qu’il a organisées, les familles éprouvées, les incitant à la courageuse acceptation du sacrifice et relevant le moral de tous en exaltant et glorifiant les morts pour la Patrie» [2]. Au cours du conflit, les périodes de Toussaints, et surtout la Fête des Morts, étaient réinvesties de toute leur signification. Le Souvenir Français s’attacha à orner chaque tombe du carré militaire avec « en tête, une croix garnie d’un drapeau français et d’une couronne symbolique en lierre, au pied de la croix, un plant de chrysanthèmes, quatre arbustes à chaque coin, au milieu un fusain, au-dessous un bouquet avec un bleuet, un coquelicot et une marguerite représentant les couleurs du drapeau tricolore, au pied de la tombe, un autre bouquet où flotte un petit drapeau, puis une carte portant l’inscription « cette tombe est confiée au soins de Mme X… ». Les tombes des musulmans sont ornées de stèles selon la coutume de leur pays » [3]. Pour les membres de l’Escorte d’Honneur et bon nombre de Rennais « l’humanité ne perd jamais ses droits » [4] et les tombes des soldats allemands « d’une simplicité correcte » sont toutes entretenues avec autant de respect que celles des Français et de leurs alliés, car selon la devise de l’Escorte : « À sacrifice égal, hommage égal ». Lors de la cérémonie religieuse et patriotique en l’honneur des soldats Morts pour la Patrie du 26 novembre 1916, François Simon suggèra que la France pourrait honorer, au Panthéon, un soldat mort bravement pour le pays : « Pourquoi la France n'ouvrirait-elle pas les portes du Panthéon à l'un de ses combattants ignorés mort bravement pour la Patrie, avec, pour inscription sur la pierre, deux mots : UN SOLDAT ­­~ deux dates : 1914-1917 ? Cette inhumation d'un simple soldat sous ce dôme, où reposent tant de gloires et de génies, serait comme un symbole; et, de plus, ce serait un hommage rendu à l'armée française tout entière » [5]. L’idée de soldat inconnu était née. Elle répondait à une demande sociétale : la tombe du Soldat Inconnu devait remplacer dans l'imaginaire collectif toutes les tombes individuelles qui, à défaut d'identification, n'avaient pu être édifiées. L’idée chemina grâce à la presse, mais ne se concrétisa véritablement qu’après la fin du conflit lorsque le député d’Eure-et-Loir Maurice Maunoury (1863-1925) fit une proposition de loi en ce sens le 19 novembre 1918. La Chambre des députés l’adopta le 12 septembre 1919 et décida d’inhumer « un déshérité de la mort ». La série de cartes postales numérotées et légendées, marquées « Fr. Simon imprimeur, Rennes », retracent chronologiquement les cérémonies présidées par Simon au Cimetière de l’Est, illustrant son rôle dans l’effort de guerre et l’exercice de mémoire.


[1] Ouest-Éclair, édition de Rennes, 27 mars 1920, p. 2.

[2] Archives Nationales, cote 198000035/273/36572.

[3] Ouest-Éclair, 1er novembre 1916, p.3.

[4] Ouest-Éclair, 2 novembre 1915, p.3.

[5] Souvenir Français et Escorte d'Honneur. Rennes. Cérémonie religieuse et patriotique en l'honneur des soldats morts pour la patrie. Allocution de M. Fr. Simon, Rennes : Impr. de Fr. Simon, In-8°. 2 fasc., 26 novembre 1916 ; 1er décembre 1918.

Fr Simon 9

Fr Simon 1

Cimetière de l'Est 2 (W)

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Cimetière de l'Est 3 (W)

Cinetière de l'Est 1 (W)

Dans les années qui suivirent l’Armistice, jusqu’en 1926, Simon fut présent à la gare de Rennes pour accueillir chaque convoi de cercueils de soldats morts au combat ou en captivité. Il participa également aux cérémonies à la mémoire des étudiants morts pour la France, comme celle organisée le 14 décembre 1922 à la Faculté de droit où une plaque de marbre portant 130 noms fut apposée. Certains événements officiels de cette époque n’ont pas été photographiés : par chance François Simon apparaît sur de très rares cartes postales comme celles de la venue du Maréchal Foch à Rennes le 7 juillet 1921.

1921 (W)

Bien sûr, le rôle de Simon ne s’arrêta pas à ces grandes cérémonies, d’autres actions furent portées à son actif. Outre le fait qu’il recueillit, pendant toute la guerre, par un service organisé par ses soins, des journaux, des publications, des livres, des jeux pour les blessés, il avait fondé une société philarmonique rennaise qui donnait des auditions au bénéfice des œuvres de guerre. Ilcoopèra à la défense nationale en organisant dans son établissement un atelier spécial pour la fabrication des opercules pour le 105 et des coupelles obturatrices pour le 75. Ilcontribua également à préparer l’après-guerre, en créant dès la première année des hostilités une nouvelle industrie pour la région, le jouet en cartonnage, qui lui permit de recycler des déchets, d’employer un grand nombre de femmes et de mutilés. D’autre part, il organisa pour les travailleurs coloniaux et les travailleurs italiens des cantines, des distractions, afin « qu’ils emportent dans leur pays une excellente opinion de la France » [1]. Simon collabora aussi à la création du Cercle du général Lyautey pour les soldats indigènes et les travailleurs coloniaux.

Pour toutes ses actions et pour son travail de mémoire, François Simon reçut plusieurs ordres et décorations : Chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 1er juillet 1921, il fut également décoré de la croix de Chevalier de Saint-Grégoire-le-Grand, de la médaille de la Reconnaissance française et ordonné Officier du Nichan Iftikhar. Les Rennais gardèrent longtemps en mémoire le souvenir de cet homme dont « l’activité s’adonnait à tous et à tout », en ayant conscience que « le nombre des soldats auxquels il apporta les dernières paroles de réconfort est innombrable » [2]. Son œuvre au cimetière de l’Est fut complétée par les anciens combattants et le Souvenir français qui érigèrent des croix en ciment armé aux inscriptions en métal dont il avait lui-même façonné la maquette [3]. La deuxième Guerre Mondiale amèna, son deuxième fils, Maurice, ancien combattant grièvement blessé en 1917, à ranimer l’œuvre de son père : il prit dès février 1940, la tête de l’Escorte d’Honneur, «œuvre éminemment patriotique et hélas, malheureusement à l’ordre du jour» [4], pour inhumer dignement les prisonniers des colonies du Frontstalag de Rennes [5].

[1] Dossier de la Légion d’Honneur de François Simon, op. cit.

[2] « Nécrologie : M. Francis Simon », in Ouest-Éclair édition de Rennes, 12 novembre 1937, p.5.

[3] Ouest-Éclair , 12 novembre 1923, p.4.

[4] Ouest-Éclair , 17 février 1940, p.4.

[5] Guitton (G.), « Prisonniers indigènes à Rennes : mais où sont les historiens ? », in Place Publique Rennes, n°7, septembre-octobre 2010, p.122-127.


Pour citer cet article:

Chmura Sophie, "Francis SIMON, né François Olivier Noël (1860-1937)", cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne le 5 septembre 2014. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr, consulté le .

À propos

Certaines références expliquent que Francis Simon avait pour nom de lettre Simon Davaugour. Il s’agit là d’une confusion entre François Simon, imprimeur-éditeur en 1910 du livre Ceux de la côte et de la Lande [1], et l’auteur François Simon, dit Simon Davagour.


[1] Ceux de la côte et de la lande, récits intimes publiés sous le patronage de l'Association artistique et littéraire de Bretagne, Rennes, F. Simon, 1910, XII-247 p. ; préface d’Anatole Le Braz.

De la côte

Simon DAVAUGOUR né François Marie Gabriel SIMON

Homme de lettre, professeur de rhétorique

Né à Saint-Brieuc le 4 décembre 1864, fils de Gabriel Louis Simon, Maréchal-ferrant, et de Marie Perrine Caroline Le Carère, sans profession.

Décédé à Pordic le 26 juillet 1918.

La vie Rennaise

François Simon grandit à Penvénan. Titulaire d’un baccalauréat es lettre et es sciences, il quitte Dinan en 1891 pour enseigner au Collège Notre Dame des Aydes à Blois. En 1897, il publie deux petites scènes dramatiques Trouvère et Troubadour et L’entrevue de Péronne. En 1899, il remporte le concours littéraire du Journal avec la nouvelle intitulée Une flambée [1].

Outre quelques petites pièces en vers, il est l'auteur de plusieurs recueils de nouvelles où l’action se passe sur les côtes du Goélo et du Trégor. En 1907, il publie sous le pseudonyme de Simon Davaugour Sous le ciel gris : nouvelles bretonnes [2], ouvrage préfacé par François Coppée (Paris, 26 janvier 1842 – 23 mai 1908), écrivain, membre de l’Académie française qui loue l’ouvrage en ces termes : « Tout est breton dans ces récits tracés d’une plume délicate et sûre, non seulement les personnages, mais l’atmosphère qui les enveloppe, leurs pensées, leurs sensations, en un mot leur âme ». Suivrons Les Fronts têtus (1908) [3] et Ceux de la côte (1910) [4].

Davaugour Coppée-1

Il meurt subitement dans sa propriété de La Croix-Guingars à Pordic en 1918 [5].

[1] Le Journal, 26 décembre 1899.

[2] Sous le ciel gris : nouvelles bretonnes, Paris, Bloud, 1907, XII-113 p.

[3] Les Fronts têtus, contes du pays d'Arvor, Paris, Nouvelle librairie nationale, 1908, 179 p. La même année : Une séance du Conseil d'empire sous Pierre-le-Grand, scène dramatique en vers, Paris, R. Haton, 1908, 22 p. et Le Jongleur de Lavardin, saynète en vers, Paris, R. Haton, 1908), 44 p. et 3 p. de musique.

[4] Op. Cit. En 1911, il publie Le Péché de Pierrot, fantaisie en 1 acte en vers, Blois, impr. de C. Migault, 1911, 39 p.

[5] La Croix, 7 août 1918 et Le Moniteur des Côtes-du-Nord, 3 août 1918.

DAVAUGOUR OE 1911 01 23 p.1

Ouest-Eclair, 23 janvier 1911.

SIMON DAVAUGOUR OE 1918 10 07 p.2

Ouest-Eclair, 7 septembre 1918, p.2.