LA GUERRE DES IMAGES

CLAUDE ROMAIN (1857-1935)

Photographe d’atelier

Né de parents inconnus, déclaré le 23 février 1857 comme enfant nouvellement né et abandonné à l’hospice civil de Lamballe.

Marié

1.) à Chemillé, le 2 avril 1883 avec Valentine Marie Boulin (Melay, 11 décembre 1856 – Angers, vers 1914 )

d’où :

a.) Henri Valentin Romain (Tours, 23 août 1890 – marié à Tours le 8 janvier 1914 avec Lise Jeanne Marcelle Augé – Caporal au 135ème régiment d’infanterie mort pour la France le 28 avril 1915 à Lizerne Belgique) ;

b.) une fille nommée Andrée Romain ;

c.) une deuxième fille, épouse Navarro.

2.) à Angers, le 10 avril 1917 avec Marie Françoise Joséphine Abline (? 1886 – Angers, 6 juin 1937).

Décédé à Angers le 21 juin 1935.

ROMAIN C-1

CARRIÈRE

Claude Romain est surtout connu comme photographe d’atelier.

Il débute sa carrière comme employé de commerce à Tours de 1883 à 1890 environs, alors domicilié au 12, place du Grand Marché.

Recensé comme photographe pour la première fois en 1891, il déménage cette année-là au 15, rue de la Monnaie.

En septembre 1894, il loue un appartement doté d’un grand atelier au 3, rue Sainte-Marthe. Il apparait à cette adresse dans l’annuaire de 1896 comme photographe.

En juin 1897 il s’installe au 36, rue Colbert : cet atelier avait été utilisé par Alexandre Pipelet (1802-1874) [1], puis par Camille Muraton (1837-1895) [2] jusqu’en 1885. Les lieux ont pour particularité d’avoir une deuxième entrée rue Voltaire et une terrasse vitrée. Pipelet avait transformé les lieux afin d’obtenir une lumière adaptée aux portraits cartes de visite.

En septembre 1899, Romain loue un local au 22, rue d’Ambroise, annexe de son atelier principal de la rue Colbert. Il ouvre alors plusieurs succursales à la Selles-sur-Cher, Bléré, au camp Ruchard et à Loches.

Son travail est récompensé plusieurs fois : en 1895 à Tours, en 1897 à Paris, en 1896 à Tours où il reçoit une médaille d’Or et en 1901 à Nice où il obtient le diplôme du grand prix de la ville.

En 1905, il achète à Gaston Dagoreau [3] son fonds de commerce du 59, rue Nationale à Tours, boutique qu’il baptise « Photographie Nouvelle ».

Il revend son ancien fonds rue Colbert et toutes ses succursales à Eugène Mamour (1872-1948) [4] le 14 août 1910.

Puis il cède à son fils Henri [5] la « Photographie Nouvelle », le 13 mai 1911.

En 1912, il apparaît dans l’annuaire comme photographe au 62, rue Victor Hugo. La même année, il achète à Dagoreau un fonds au 112bis, faubourg Chartrain à Vendôme.

En 1913, Claude Romain s’installe au 42, boulevard de Saumur à Angers où il s’associe à son gendre, André Thieulin.

[1] Alexandre-François Pipelet (dit Alexandre Deleury à partir du 31 janvier 1863, par décret impérial) était professeur de dessin et de peinture, peintre de portrait et restaurateur de tableaux. Il exerce la photographie vers 1853. Son établissement de photographie rue Colbert est un des tous premiers du genre à Tours. Il est d’ailleurs le seul photographe de Tours jusqu’à ce que son employé Eugène Maurice s’installe à son compte en décembre 1857. Il employait aussi un artiste parisien pour coloriser les portraits. Il vend son fonds de commerce à Camille Muraton le 16 août 1873 pour 3000 Francs et tout le matériel (cinq objectifs pour portraits dont deux d’Hermagis et un à stéréoscopes ; quatre objectifs à paysage dont deux d’Hermagis et un pour stéréoscope ; cinq chambres noires, trois pieds d’atelier pour la chambre extra et pour les morts ; trois fonds et un demi-fond - salon, bibliothèque, et paysage - ; etc.)

[2] Frère du peintre Alphonse Muraton (1824-1911), Camille Alphonse Muraton commence sa vie professionnelle comme cantonnier avant d’ouvrir rue de la Guerche à Tours un magasin d’encadrements en tous genres. Il achète le fonds d’Alexandre Pipelet le 16 août 1873. Dans l’acte de cession, Pipelet s’engage à donner à son successeur des leçons de photographie et à lui enseigner les procédés relatifs à cette profession sans rétribution. Muraton quitte la rue Colbert pour le 69, rue du Rempart où il exerce de 1886 à 1889. Il renonce ensuite à la photographie et devient employé à la mairie de Tours.

[3] Jules Gaston Dagoreau est né à Vendôme la Trinité en 1872. Il débute son métier de photographe à Orléans vers 1893, puis s’installe à Dreux. Il reçoit deux médailles d’or en 1885 et 1893. Il déménage à Tours 59, rue Nationale en juin 1898. Il exerce jusqu’en 1905 à cette adresse quand il vend le fonds à Claude Romain. Il semble qu’il exerçait aussi à Vendôme 112bis faubourg Chartrain, fonds également acheté par Romain en 1912. Il existe des cartes postales Édition G. Dagoreau, phot – Tours-Vendôme. Il quitte Tours et part travailler à Angoulême 7, place du Mûrier où il succède à Henry Billard. En 1913, il emménage à Paris.

[4] Eugène Mamour achète le fonds rue Colbert pour 15 870 francs. Il agrandit la succursale de Loches en achetant le fonds de Léon Voisin (1869-1936) rue Picois en octobre 1910. Apparemment, il ne maintient pas les fonds de Bléré et du Camp du Ruchard. Il est déclaré en faillite le 16 février 1932.

[5] Henri commence sa carrière de photographe à Paris. Il revient à Tours en mai 1911 quand ses parents lui cèdent la « Photographie Nouvelle » au 59, rue Nationale. Il est incorporé le 8 octobre 1912. Le 6 décembre 1913, il vend la « Photographie Nouvelle » à Joseph Kasmine (1880-1914 [mort pour la France le 30 septembre]). Il s’installe comme photographe 10bis, rue Lenepveu à Angers.

CLAUDE ROMAIN ET LA CARTE POSTALE

Claude Romain est surtout connu pour ses photographies en atelier en format carte de visite. Mais il a également tiré des photographies de groupes sur du papier pour cartes postales, tirages moins onéreux et surtout utiles à la correspondance pour les hommes au service militaire du Camp Ruchard ou ceux des 32ème et 66ème régiments d’infanterie de Tours. Ces cartes postales sont toutes marquées au dos «Établissements photographiques CLAUDE ROMAIN 36, rue Colbert à Tours». Romain fait toujours ce type de cartes postales quand il s’installe à Angers boulevard de Saumur, leur dos porte alors l’impression «C. ROMAIN, 42, boulevard de Saumur, ANGERS (M.-et-L.)» ou le tampon «Photo Thieulin-Romain, 42 Bd de Saumur, ANGERS». Son gendre va également signer des cartes postales «Photographie A. Thieulin Angers», le plus souvent avec un tampon sec,pour les hommes du 135ème régiment d’Angers ou des équipes de sport.

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Sans doute motivé par le départ au combat de son fils Henri, Romain crée en septembre 1914 une série intéressante de cartes postales éditée par Bruel et Chauvin, cartes identifiées par les termes Bruel et chauvin, édit, cl. Romain et par une légende qui commence par le conflit européen de 1914. Le premier éditeur, Bruel, est sans nul doute Alexandre Bruel (1884-1967), alors éditeur négociant en gros et bimbeloterie. Il part en campagne contre l’Allemagne le 24 février 1915 jusqu’au 15 septembre 1917 où il est envoyé au Maroc jusqu’au 24 avril 1919. Il est possible que Romain ai travaillé avec Bruel sur d’autres cartes postales, entre autres, pour aider les mutilés de guerre. Il existe de très rares cartes postales éditées de ces victimes de la Grande Guerre : les photographies éditées par Bruel semblent avoir été prises dans l’atelier de pose de Romain. Alexandre Bruel, qui a été lui-même intoxiqué par obus à gaz le 6 novembre 1916, est aussi le cousin d’André Clément Bruel (1894-1978), Président de la section d’Angers de la Fédération des mutilés, maintenu invalide pour tuberculose pulmonaire avérée dès 1917. Difficile par contre de savoir qui est Chauvin : avant le conflit, les Frères Vasselier de Nantes impriment des cartes postales pour E. Chauvin d’Angers ; quelques cartes postales fantaisies sont vendues pendant la Guerre par A. Chauvin 11, rue Mantelon à Angers ; enfin, il existe également dans les années 1920 un H. Chauvin, successeur de F. Cochard, fournisseur d’appareils et fournitures pour la photographie à Angers.

Bruel

Les clichés de la série sur le conflit européen de 1914 ont pour sujet le professionnalisme de l’armée britannique et la fraternité franco-anglaise. Romain photographie l’hôpital démontable n°4 place La Rochefoucault-Liancourt, installé par une troupe alliée anglaise et l’organisation pour les blessés au nouveau séminaire. D’autres clichés portraits, dont le but est de montrer l’amitié entre les alliés, sont pris à l’atelier de pose du boulevard de Saumur, comme la carte 7. Le Conflit Européen de 1914. Angers Trois Frères d’Armes French end English United. Ce dernier point vise sans doute à prévenir toute froideur des français à l’égard des anglais et à donner une image positive des troupes coloniales. Pour familiariser les angevins avec l’allié anglais, la propagande insiste sur la qualité de son organisation et sur le bon accueil qui lui est réservé. Tout est fait pour être agréable aux forces anglaises, même le journal Le Petit Courrier prend soin de « les renseigner sur les événements de la guerre et sur les autres faits susceptibles de les intéresser, en traduisant dans leur langue et à leur intention, les dépêches les plus importantes » [1]. Cela explique peut-être pourquoi les cartes postales Bruel et Chauvin ont une légende bilingue. Les cartes postales soulignent l’originalité des forces alliées, plus particulièrement des troupes coloniales, mêlant exotisme et bravoure. Quelques clichés mettent en scène soldats anglais et Higlanders.

[1] Le Petit Courrier, 11 septembre 1914.


Angers 7 c

CARTOLISTE


Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Vue générale de l'hôpital démontable anglais n° 4 [place de La Rochefoucauld-Liancourt]. Général view of English hospital in Angers. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 1 -

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Auto-ambulance. Unlooding wounded in Angers. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 2 -

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Intérieur de tente de l'hôpital anglais n° 4.Inside of tent of wounded soldiers. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 3 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Thé de 5 heures. R.A.M.C. at tea, five o'clock. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 4 -

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Royal Highlanders, une paire joyeuse. A happy pair. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 5 -

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Blessés et volontaires. A meny group. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 6 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Trois frères d’armes. French and English united. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 7 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Blessés anglais et infirmiers. English troups in France. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 8 -

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Blessés anglais du nouveau séminaire [rue Barra]. English wounded in French hospital. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 9 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. La toilette du matin. The washouse. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 10 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Préparation des rumsteacks Preparing the meat for cooking.

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. À la santé de la France ! Good health to France ! Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 12 - Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 11 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Un camion de ravitaillement. Army corps motor wagon. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 13 -

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Cuisine de l'hôpital volant. English hospital camp kitihen [kitchen]. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 14 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Service de désinfection. Desinfecter. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 15 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. À chacun sa part. Meat for the wounded. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 16 -

Le Conflit européen de 1914. Cuisine de l'hôpital du nouveau séminaire [rue Barra]. Hospital kitchen. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 17 -

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Nos alliés. [Blessés et infirmiers anglais]. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 18 -

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. La promenade sous une galerie du nouveau séminaire [rue Barra]. Ready for breakfast. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 19 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Montage de tente [place La Rochefoucauld-Liancourt]. Trecting warques for wounded. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 20 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Une des grandes tentes de l’hôpital anglais n°4 [place La Rochefoucauld-Liancourt]. Ove of the large tents of n°4 stationary Hospital. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 21 –

Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Vue générale de l'hôpital stationnaire anglais n° 4 Général view of n°4 stationary Hospital. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 22 –

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IMAGES DE GUERRE, GUERRE DES IMAGES

Durant le conflit, cette série est publiée de nouveau avec ou sans nom de l’éditeur, avec la légende bilingue ou seulement en français, parfois sans le nom de la ville d’Angers. Ces images rompent avec la propagande du tout début du conflit qui mettait en scène des actes individuels de bravoure. Les photographies de Romain imposent l’image de soldats et de troupes durs au combat, qui ont déjà traversé des campagnes et des souffrances, mais conservent leur calme et leur efficacité. Plus important encore, elles essayent d’aller à l’encontre des représentations trop caricaturales, voire péjoratives, des soldats des colonies, qui font alors le jeu de la propagande allemande qui affirme que les alliés de la France trahissant la civilisation en employant de telles troupes. La série semble réussir dans son rôle de propagande car elle est entièrement rééditée par les Frères Vasselier à Nantes sous la légende principale de Guerre européenne 1914. Les Vasselier n’hésitent pas à changer la numérotation, certaines légendes secondaires et à situer les scènes à Nantes. Ainsi, Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Royal Highlanders, une paire joyeuse. A happy pair. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 5 devient la carte numéro 27. – NANTES. – Guerre européenne 1914 Royal Highlanders, une paire joyeuse. A happy pair. Phototypie VASSELIER, Nantes ; Le Conflit européen de 1914. ANGERS. Trois frères d’armes. French and English united. Bruel et Chauvin, édit. - Cliché Romain - n° 7 devient la carte numéro 13. – NANTES. – Guerre européenne 1914 Trois blessés des récents combats prêts à retourner au feu. Phototypie VASSELIER, Nantes, etc.

  • Angers 5 c
  • Nantes 27 c

Les Vasselier tenaient un fonds de commerce spécialisé dans l’impression en phototypie et lithographie, et nombre de photographes faisaient appel à eux pour imprimer leurs cartes postales. Il est tout à fait possible que Bruel, Chauvin et Romain leur aient confié l’impression de leur série. Ce n’est d’ailleurs pas leur seul cas de détournement. Le plus flagrant est la production de la série sur les prisonniers de guerre allemands photographiés à leur arrivée à la gare de Guer dans le Morbihan par Jean-Marie Joseph Berthaux, horloger et photo-éditeur à la Gacilly. Ainsi de la série En Bretagne 1914 la carte postale 1. En Bretagne 1914. GUER (Morb.). Ménagerie à Guillaume. Elle nous arrive plus vite qu’elle ne s’y attendait, Berthaux Jh. Horloger, photo., édit. – Guer, devient 11. GUERRE EUROPÉENNE 1914 Convoi de prisonniers allemands 1914 War- Convoy of German prisonners, Phototypie Vasselier Nantes, ou 11. NANTES. – GUERRE EUROPÉENNE 1914 Convoi de prisonniers Allemands dirigé sur Saint-Nazaire Phototypie Vasselier Nantes, voire même Le conflit Européen de 1914 Angers - Passage d'un convoi de prisonnier allemands. Autre preuve de l'utilisation de clichés de Berthaux par les Vasselier, la carte NANTES. – GUERRE EUROPÉENNE 1914 Arrivée aux environs d’un convoi de prisonnier Allemands Phototypie Vasselier Nantes a été obtenue grâce à un cliché pris quelques secondes avant celui de la carte postale 6. En Bretagne 1914. GUER (Morb.). Prisonniers Allemands attendant d’être dirigés sur Coëtquidan, Berthaux Jh. Horloger, photo., édit. – Guer.

  • 3
  • 1
  • 5
  • 4
  • 2 Berthaux
  • 2

Fiche Berthaux

Les frères Vasselier éditent aussi à leur nom des cartes postales de Le Deley (ELD) comme Tirailleurs marocains soignant un blessé allemand près de Villeroy |Marocco sharp-shooters nursing a wondede German near Villeroy ELD qui devient 119 – GUERRE EUROPÉENNE 1914 – Turcos secourant un blessé Allemand sur le champ de bataille de Villeroy. Ils tirent également des séries ELD leurs cartes sur l’infanterie russe comme les éditions Colas de Cognac (CCCC) qui utilisent le même procédé avec des photographies Neurdein (ND Phot) [ainsi CAMPAGNE DE 1914 59 ARMÉE RUSSE – Infanterie ND. Phot. est identique à Les Alliés – 9 Armée russe : infanterie, trèfle CCCC, colorisée ou non].

  • ELD Villeroy
  • Vasselier 119

Les emprunts des Vasselier peuvent être encore plus étonnant : en témoignage la carte L’héroïque Belgique 14e série n°114 L’enthousiasme des soldats belges partant vers le front Édition historique de l’ancienne Photographie Provost, 15, rue Lafayette Toulouse devient 139. GUERRE EUROPÉENNE 1914 Soldats Belges du régiment des Guides revenant du front Phototypie Vasselier, Nantes.

  • 1 Belges Toulouse
  • 1 Belges Vasselier

 

Bien d’autres cartes postales des Vasselier peuvent retranscrire, par la réalisation de portraits de groupe, la curiosité certaine que purent éprouver les soldats et la population française au contact de ces soldats venus d’un autre continent. Mais, à la vue du nombre d’emprunts qu’ils ont fait, il est difficile de dire si les cartes postales des soldats anglais et hindous édités par eux sont des emprunts ou vraiment prises à Nantes : elles existent sans nom d’éditeur, sans précision du nom d’une ville et plusieurs ont circulé à partir d’Angers, dont une partie sous le nom de «M. Bouyer, édit., Angers» qui a également fait circuler la série de Chauvin, Bruel et Romain sous son propre nom. La plupart des photographies de l’armée anglaise et de leur forces indiennes proviennent de Marseille ou d’Orléans : deux divisions d’infanterie, la 3ème (Lahore Division) et la 7ème (Meerut Division) ont été envoyées en France depuis Bombay et Karachi, ainsi que deux divisions de cavalerie, la 1ère et la 2ème ; les premières troupes qui débarquèrent à Marseille à la fin septembre 1914, ont été ensuite convoyées par train jusqu’à Orléans et, de là, ont gagné le front en marche forcée [1].

[1] En octobre 1915, en raison des lourdes pertes subies par ces unités, le commandement britannique décide de rediriger les troupes indiennes vers le front d’Égypte où elles souffrent moins du climat que dans les Flandres. Ne reste en France qu’un corps de cavalerie qui participe aux batailles menées par le corps expéditionnaire britannique, de la bataille de la Somme en 1916 jusqu’à celle de Cambrai, en octobre 1918.

poster d\'angers C

Les relations entre les photographies de Claude Romain et les éditions des Frères Vasselier soulèvent un problème intéressant de l’étude des cartes postales, surtout pour l’analyse de la réception culturelle des événements de la Première Guerre Mondiale. Les cartes postales sont-elles des sources fiables pour l’histoire événementielle et culturelle d’une ville ? Outils de propagande visuelle, elles doivent absolument être comparées les unes aux autres à l’échelle nationale et les relations entre photographe, éditeur et imprimeur absolument prisent en compte.

Pour citer cet article:

Chmura Sophie, " La guerre des images, Claude Romain (1857-1935)", cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne le 5 octobre 2014. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr, consulté le .