ARMAND WARON :

DU STÉRÉOTYPE BRETON À

« LA BRETAGNE PITTORESQUE »

Armand WARON

Employé de commerce, opticien, éditeur, homme politique (député-maire de Saint-Brieuc), chevalier de la Légion d’Honneur en 1933.

Né au port de Dahouët à Pléneuf-Val-André le 1er août 1868, fils de Charles Armand Waron (Saint-Malo, 19 février 1839 – avant 1891), employé des Douanes et de Stéphanie Jeanne Lucie Henriette Adam, employée de commerce (Saint-Brieuc 23 avril 1843 – 5 février 1930), mariés à Lamballe le 3 septembre 1867.

Marié 1.) le 2 avril 1891 à Paris avec Fanny Victorine Cretés (Paris, le 25 juin 1867 - ?), fille de Jean-Baptiste Auguste Cretés (Paris, 20 juillet 1836 – 12 mars 1895), gainier opticien, puis rentier, et Louise Madroux (Paris, 1833 -11 janvier 1900), rentière, mariés le 28 août 1858 à Paris.

2.) le 17 juillet 1944 à Saint-Brieuc avec Jeanne Émilie Cécile Marie Vétel (Plélan-le-Grand, 11 mai 1899- Saint-Brieuc, 14 novembre 1974), fille d’Émile François Marie Vétel (Collinée, 14 novembre 1864 - ?), maréchal des logis et Jeanne Angèle Thérèse Marie Lindeux (Plouër-sur-Rance, 23 avril 1875 - Saint-Brieuc, 16 avril 1970), mariés le 5 juillet 1898 à Plouër-sur-Rance.

Décédé à Saint-Brieucle 25 novembre 1956.

A.W.

Durant la seconde moitié des années 1890, après des débuts à Paris comme employé de commerce [1], Armand Waron s’installe comme opticien à Saint-Brieuc au 20, rue Charbonnerie et ouvre une succursale au Val-André de juillet à octobre. Il déménage vers 1906 rue Saint-Guillaume à Saint-Brieuc.

Il publie ses premières cartes postales « nuages » dès 1899 sous la mention « A. Waron, opticien-édit., St-Brieuc-Val-André ».

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En 1900, ses cartes sont éditées sous la mention « A. Waron, opticien-édit, St-Brieuc » ou «Collection A. Waron, St-Brieuc ». Elles ont un dos réservé à l’adresse qui est écrit soit en français « CARTE POSTALE/ Ce côté est exclusivement réservé à l’adresse », soit en breton « UNVANIEZ POST AR BED (Union postale Universelle) /KARTEN BOST /War an tu-ma na vez skrivet nemed an adress » comme prescrit par l’Union Régionaliste Bretonne [2].

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Ses cartes postales photographiques entières sont publiées sous la mention « A. Waron édit, St Brieuc », « A. Waron, éditeur, St-Brieuc ». Dans de très rares cas, il est possible de trouver des cartes postales « Phot. A. Waron, St-Brieuc ».

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Dès 1900, outre ses propres clichés, Waron édite ceux de confrères et élargit ainsi la zone géographique couverte par ses collections. Parmi les plus courants et les tous premiers : Amédée Robinot à Cancale, Ambroise et Augustine Lesturgeon à Dinard, Charles Torty à Paimpol ou Marie-Rose Fougère à Morlaix.

En 1902, Waron est décrit comme un « éditeur de tous sujet concernant la Bretagne. Vues de villes. Sujets Islandais. Marines. Sujets de genre. Costumes bretons. Autographes Théodore Botrel. Gros et détail. Prix spéciaux pour libraires et revendeurs » [3]. La Revue hebdomadaire de septembre 1902, dans un article sur la réception des cartes postales illustrées en France, précise que « M. Armand Waron, de Saint-Brieuc, qui s’occupe de la Bretagne, a vu son chiffre d’affaires augmenter dans des proportions qu’il est intéressant de relever : en 1899, 16 000 ; en 1900, 190 000, et en 1901, 475 000, représentant environ 500 vues, ce qui donne un tirage de 1 000 cartes par vue » [4].

Vers 1903, il édite des cartes « Collection A. WARON-St-Brieuc » dans un encadré, puis sans encadré. C’est sous cette mention que sont publiées les cartes titrées « LA BRETAGNE PITTORESQUE » sous différentes polices. Les toutes premières cartes de la série ont un dos simple réservé à l’adresse, elles datent d’avant l’arrêté du 18 novembre 1903 qui autorise les dos divisés pour la correspondance et l’adresse. Les premières cartes de la série émises après décembre 1903 portent en haut à gauche un rameau fleuri orné des initiales d’Armand Waron sous l’inscription « La Bretagne Pittoresque ».

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Dos

A.W. Pitt

[1] Il vivait avec sa mère 8, rue du Flocon (18e arr.)

[2] Voir les articles de François Jaffrenou dans le journal Ouest-Éclair de 1900.

[3] Annuaire du commerce et de l’industrie photographiques, Paris, bureaux de la Photo-revue Charles Mendel, 1902, p. 99.

[4] « Les cartes postales illustrées », in La Revue hebdomadaire, Pris, 1892, p.61.

La Bretagne Pittoresque : une culture visuelle

Les premières cartes postales de Waron, en 1899, sont avant tout des photographies de paysages caractéristiques de la Baie de Saint-Brieuc et de la côte des Côtes-du-Nord. Mais il édite tout de même une série appelée « Scènes bretonnes » qui annonce le développement de ses collections vers « La Bretagne Pittoresque ». Les « Scènes bretonnes » reproduisent des gravures dont le dessin d’origine est dû à un peintre, Olivier Perrin.

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Olivier Stanislas PERRIN

Peintre, élève de Gabriel François Doyen (Paris 20 mai 1726 – Saint-Pétersbourg 13 mars 1806 ; artiste peintre, Prix de Rome Peinture en 1748)

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Né à Rostrenen le 2 septembre 1761, fils de François Joseph Perrin (Rostrenen 19 mars 1724 - ?), procureur fiscal et notaire à Rostrenen et de Christine Bigeon (Rostrenen 26 janvier 1739 – 10 mai 1800), mariés le 5 février 1755 à Rostrenen.

Marié avec Hélène Julienne Le Baron de Boisjaffray (Saint-Sauveur Quimper, 28 octobre 1765-1853), fille de Charles Marie Le Baron de Boisjaffray (1721 – Kerfeunten Quimper, 4 avril 1785), Écuyer, Procureur à la Sénéchaussée de Quimper et Anne Renée Huo (Saint-Colomban Quimperlé, 1er novembre 1727 – Kerfeunten Quimper, 6 novembre 1786).

D’où 1.) Marie-Hélène Perrin (1800-1816)

2.) Paul Perrin (1802-1871), officier du génie, Officier de la Légion d’Honneur, marié le 2 décembre 1840 avec Antoinette Ange Désirée Rochette (1814-1874), fille de Désiré Raoul Rochette (Saint-Armand Montrond, 9 mars 1790 – Paris, 3 juillet 1854), membre de l’Académie des Beaux-Arts, archéologue.

Décédé à Quimper le 14 décembre 1832

Professeur de dessin à Quimper en 1805, il est le premier à décrire la singularité des costumes et du mode de vie des paysans bretons. Son recueil de vingt-quatre gravures publiées en quatre livraisonsen 1808, sous le nom de Galeries des mœurs, usages et costumes des Bretons de l’Armorique, ne rencontre pas d’amateurs. Le projet, très ambitieux à l’origine, devait couvrir la vie d’un paysan de sa naissance à sa mort en décrivant différent événements de sa vie, comme le mariage, et ce en 160 sujets. Perrin avait ainsi préparé 158 dessins numérotés et intitulés, aujourd’hui réunis dans un carnet conservé au musée des Arts et Traditions populaires de Paris. en 1835, trois années après sa mort, son fils Paul et Alexandre Bouët confient à Étienne Achille Réveil (1800-1851) la gravure sur acier de 120 de ses dessins. Ils les publient sous le nom La galerie bretonne ou vie des Bretons de l’Armorique, qui connaît deux nouvelles éditions en 1844 et en 1856 sous le titre Breizh Izel ou vie des Bretons de l’Armorique. Dans une critique de la réédition de 1918, Joseph Vendryes (1875-1960), professeur de langues et littératures celtiques, résume bien le leitmotiv de ces publications successives : « L’ensemble est franc et rustique. Le commentaire d’Alexandre Bouët est bien prolixe ; quoiqu’il contienne çà et là quelque détail intéressant, il ne vaut pas, à beaucoup près, le recueil des dessins de Perrin. Combien ce recueil est précieux, nous pouvons nous en rendre compte aujourd’hui où la Bretagne se transforme si vite. Les cinq années de guerre ont précipité dans les mœurs du pays une évolution déjà rapide depuis le début du siècle. La vieille Bretagne disparait ; on éprouvera toujours, à la considérer fixée par le crayon de Perrin, le regret mélancolique que laissent après elles les choses chères qui ne sont plus » [1].

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L’échec en 1808 de Perrin montre qu’il a largement anticipé la mode du goût pour les sujets paysans que la Bretagne alimentera largement et qui se développera surtout au tournant des années 1840. En effet, dès les années 1830, par le biais des voyages et de la littérature régionaliste – roman, érudition et essais régionalistes -, le mouvement romantique redécouvre les provinces et les sites. Il suscite un regain d’intérêt pour la Bretagne et en particulier l’engouement des écrivains, des peintres et des lithographes que séduisent paysages, cités, monuments et traditions. Descriptions abondantes, découvertes hasardeuses, poésie, fantasme, tout concourt à l’idée que la péninsule armoricaine offre le témoignage exemplaire de coutumes issues d’un lointain passé, coutumes dont la trace s’affaiblirait tous les jours. Ce phénomène d’attraction va s’amplifier : de nombreux artistes d’Ile-de-France se retrouvent dans des villages ou des ports de pêche. Guidés par leur goût pour la couleur locale, ils favorisent l’essor d’une iconographie pittoresque construite autour de l’identité géographique des bretons. La notion de personnalité provinciale émerge alors en associant quatre éléments : une civilisation rurale saisie surtout à travers ses signes extérieurs (costumes, coutumes, rites, superstitions, folklore), sa race, sa langue et ses paysages [2]. Tout au long du 19ème siècle, le nombre de livres et d’œuvres consacrés à la Bretagne augmente tant quantitativement que qualitativement. Et même si tous les genres sont mobilisés, la production conserve au cours du siècle une certaine cohérence. Elle favorise ainsi la diffusion de l’esthétique et des codes du paysage pittoresque. Elle constitue également le matériau de base de la littérature et de l’iconographie touristique. Le voyageur peut ainsi se nourrir de paysages et de lieux consacrés auxquels correspondent soit une anecdote ou un personnage sensé lui faire saisir l’âme, la vérité et l’essence même de la Bretagne, traits dominants des photographies qui vont composer « La Bretagne Pittoresque » d’Armand Waron.

[1] Vendryes (J.), « Breiz Izel ou Vie des Bretons dans l’Armorique, cent-vingt dessins d’Olivier Perrin, avec un texte explicatif par Alexandre Bouët (1835) et une notice sur Olivier Perrin par Alexandre Duval, de l’Académie française (1835). Nouvelle édition avec une préface et des notes par Fr. Le Guyader. Quimper, J. Salaun, 1918. WWIV-487 p. 8° 30 fr. », in Revue celtique, 1917-1919 (Volume 37), p. 393.

[2] Bertho (C.), « L’invention de la Bretagne, genèse sociale d’un stéréotype », in Actes de la recherche en sciences sociales, vol.35, novembre 1980, L’identité, p. 45-62.

La Bretagne Pittoresque : « L’image de l’antique Bretagne, de la Bretagne qui s’en va » [1]

[1] Citation tirée de Loudun (E.), La Bretagne, paysages et récits, Paris, P. Brunet, 1861, p. 237.

Marie-Rose FOUGÈRE

née Marie Rose Joséphine LE TERRIEN, dite Rose Fougère ou Veuve Fougère

Commerçante, photographe

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Née le 22 août 1836 à Morlaix, fille d’Yves Le Terrien, cavalier d’ordre des douanes (absent, décédé avant 1876) et de Rosalie Françoise Maurel, commerçante (Morlaix, 2 juin 1809 - 2 août 1876).

Mariée le 3 juin 1862 à Morlaix avec Jean-Baptiste Fougère, employé au chemin de fer puis photographe (Champrenault [Côtes-d’Or], 24 avril 1833 – Morlaix, 1er août 1898), fils de Jean Fougère (Brousse Fougères [Puy-de-Dôme], 14 avril 1801- Chevanay, 19 février 1833), scieur de long et de Magdeleine Rollet (Champrenault, 28 mai 1804 – Champvaux [Jura] ?), lingère, mariés le 7 novembre 1825 à Champrenault.

Décédée après 1911.

Parmi les tous premiers clichés utilisés par Armand Waron pour « La Bretagne Pittoresque », il faut citer ceux de l’atelier Fougère à Morlaix. Jean-Baptiste Fougère s’installe 15 rue du Bourret à Morlaix en 1862 chez son épouse Marie Rose Le Terrien. Jean-Baptiste est employé au chemin de fer puis agent voyer mais semble pratiquer la photographie de manière professionnelle dès les années 1880.

Son atelier de la rue Bourret, dont il ouvre une succursale à Landivisiau, s’appelle la «Photographie Bretonne » [1]. Avant 1886, il déménage place Thiers, au numéro 29, au-dessus du Grand Café de La Terrasse. Son atelier prend alors le nom de « Photographie du Grand Café de la Terrasse».

[1] À ne pas confondre avec l’ancienne Maison Beuscher dirigée par Léopold De Larcher 23 rue du Bourret.

Phot Bret

Thiers

En avril 1888, Jean-Baptiste Fougère fait publier dans le Monde Illustré une photographie de la troupe des artistes de Pluzunet du mystère de Sainte Tryphine [2]. Il est déjà spécialisé dans les vues de Bretagne.

[2] « Le mystère de Sainte Tryphine à Morlaix - La troupe des artistes Bretons de Pluzunet », in Le monde Illustré, 21avril 1888, n°1621, p. 249.

Monde ilustré 1888 Fougère

À sa mort en 1898, sa femme prend la direction de l’atelier de photographie. En 1900, elle travaille sous le nom de Veuve Fougère (Cliché Vve Fougère, Morlaix ou Vve Fougère, Phot. Morlaix) comme photographe-éditeur et vend des albums de vues de la ville de Morlaix [3], des plaquettes photographiques de petit format imprimées chez Delagrange et Magnus à Besançon [4], ainsi que des cartes postales sous la mention « Collection Fougère » ou «Vve Fougère. Phot. Morlaix ». Avant de travailler avec Waron, elle collabore avec Germain de Saint-Malo (G.F. ou Germain Fils Ainé).

[3] Publicité in Le Réveil Morlaisien, 11 octobre 1902.

[4] Mme Vve Fougère, photographe-éditeur, Phototypie Delagrange & Magnus Besançon, vers 1900, plaquette petit fomat oblong in16, 12 reproductions photographiques n&b.

Collection F

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Outre la diffusion de vues, de sites et de monuments historiques, clichés pour certains issus du fonds photographique de son mari, elle se spécialise dans la photographie de portrait en atelier, plus particulièrement dans les « types bretons » de Morlaix et de ses environs.

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Costume

« La Bretagne Pittoresque » lui doit d’ailleurs plusieurs petites séries comme la « Vieille Porteuse d’eau de Morlaix», dont certains clichés seront réutilisés par Waron pour la collection des « Types Bretons ». Les Vieilles porteuses d’eau de Morlaix, surtout quand elles fument la pipe, vont vite devenir des figures pittoresques de la Bretagne et nombre de photographes et d’éditeurs, comme Hamonic, Villard, Andrieu ou les éditions Le Deley, vont s’intéresser à elles à la suite de Rose Fougère.

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Dans le domaine de la carte postale, la Collection Fougère sur « Le Vieux Morlaix » se compose surtout de reproductions de lithographies du 19ème siècle, dont la plus connue est celle du Pavé. Déjà dans les années 1830, Prosper Mérimée stipulait que « plusieurs tableaux et des lithographies ont déjà fait connaître quelques rues de Morlaix. Celle des Nobles, par exemple, présente presque à chaque pas des façades des quinzième et seizième siècles, dont plusieurs se font remarquer par leur élégance» [5].

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Le Guide pittoresque de Girault de Saint-Fargeau précise : « on voit encore, dans plusieurs quartiers, des façades ornées de sculptures, et des intérieurs très remarquables, dont plusieurs ont été reproduits en lithographies par MM. Rouargue et Saint-Germain » [6]. Rose Fougère publie en effet des lithographies des dessins d’Adolphe Rouargue [7] et de Prosper Saint-Germain [8], dessins lithographiés par l’imprimeur-libraire morlaisien Victor Guilmer [9] comme le stipule le texte de l’Histoire de Morlaix de 1879 : « Le Pavé était naguère le quartier où semblait revivre le XVe siècle. A l’extrémité se dressait la porte de Bourret avec son pont-levis, ici s’élevaient les murs avec leurs créneaux et leurs mâchicoulis, là on voyait la Tour-d’Argent, masse imposante avec sa couronne crénelée, où, dit-on, les ducs battaient monnaie ; des deux côtés se voyaient de vieilles maisons à pignons pointus, à poutres saillantes, à étages surplombants, à vitrages enchâssés dans du plomb. Tout cela a disparu sous le marteau du démolisseur. Les plus curieuses de ces maisons ont été dessinées par MM. Rouargue, Saint-Germain et Penguilly qui les ont fait lithographier chez M. Guilmer » [10].

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[5] Mérimée (P.), Notes d’un voyage dans l’Ouest de la France, Paris, Librairie de Fournier, 1836, p. 153-154.

[6] Girault de Saint-Fargeau, Guide pittoresque, portatif et complet, du voyageur en France, Paris, F. Didot Frères, 1842, p.242.

[7] Rouargue Adolphe (1810-1885), peintre, lithographe et graveur, né à Paris. Il a été l’élève de David d’Angers et d’Alexandre Colin et, à partir de 1831, il devient un habitué des salons artistiques, présentant des marines et des aquarelles. Dès 1837, il fait éditer Venise dessinée et lithographiée, avant de collaborer au journal L’Illustration dans les années 1843-1860. Il publie des récits de voyages pittoresques en Espagne, en Italie, en Suisse, ainsi que des ouvrages dans l’air du temps : La France monumentale, La Loire historique, Paris et ses monuments, La France ancienne et moderne. Il collabore également au Tour du monde illustré et au Magasin.

[8] Jean-Baptiste Prosper Marie dit Prosper Saint-Germain (1804-1875), né à Paris. Il grandit à Morlaix où son père travaille à la manufacture des Tabacs. Il est un ami d’enfance d’Émile Souvestre. Il installe un cours de dessin en 1839 chez son beau-frère Louis-Marie Le Pichon, enseignant, au numéro 5 Grand Venelle (in La Feuille d’Annonce de Morlaix, 8 juin 1839). En février 1842, la librairie Guilmer, met en vente Souvenirs de Bretagne, scènes intimesdessinées d’après nature et lithographiées à plusieurs teintes par Saint-Germain (publiés à Paris par Jeannin).

[9] Archives Nationales F18 1916 : Guilmer Victor Marie (Morlaix, 12 juin 1798 – Morlaix, 29 juin 1867), fils de François Guilmer (1760-1819) et Marie Jeanne Nicole (1769-1824 ; marié le 17 novembre 1824 à Morlaix avec Yvonne Marie Cailar (1798-1888) ; breveté le 22 novembre 1831 et le 2 février 1835. Il est petit-fils de libraire et fils d'imprimeur libraire. A la mort de son père, sa mère a repris l'imprimerie et les brevets. Elle démissionne du brevet de typographe en faveur de son fils en 1820 ; son brevet de libraire est transféré à celui-ci quand elle meurt en 1831. Il justifie ainsi sa demande d'un brevet de lithographe : " Je ne fais que des ouvrages de ville et la lithographie envahit cette partie de l'art typographique". Il est l'imprimeur de la Sous-Préfecture et il a "plusieurs fois refusé le service de ses presses à la publication d'écrits dictés par l'esprit des partis". Il est condamné le 7 novembre 1855 à payer une amende de 3 000 F pour défaut d'adresse sur une liste de candidats, mais le Sous-Préfet plaide l'indulgence et remise complète lui est faite de l'amende en janvier 1856.

[10] Daumesnil (J.), Allier Adolphe, Blois Aymar de (annot.), Alexandre Charles-Émile (préf.), Histoire de Morlaix, Morlaix, A. Lédan, 1879, p. 506.

À travers son utilisation d’œuvres anciennes représentant les rues anciennes ou disparues, Rose Fougère témoigne d’une très grande sensibilité patrimoniale vis-à-vis du bâti ancien, sans doute influencé par son mari et ses relations. En effet, il a été un des membres correspondants de la Société des Monuments Parisiens après 1894. Cette société, fondée officiellement le 27 avril 1885 par Charles Normand (1858-1934) [11] est une association parisienne fédératrice, originale et innovante pour la conservation du vieux Paris et la lutte contre le vandalisme [12]. Après n’avoir pas réussi en 1879, avec ses camarades de l’École des Beaux-Arts, à sauver les débris des Tuileries, Charles Normand fonde la Société des Amis des Monuments parisiens afin « d’établir les bases d’une influence capable de lutter, dans une juste mesure, contre l’indifférence ou la négligence publique » [13]. Elle a été constituée « dans le but de veiller sur les monuments d’art et sur la physionomie artistique de Paris » [14] et se compose d’un « noyau d’hommes dévoués, signalant en temps opportun les destructions imminentes, usant de leur crédit pour empêcher la dévastation de se produire » [15].

Correspondant

[11] Fils de l’architecte Alfred Normand (1822-1909), ami d’Albert Robida (1848-1926).

[12] La Société a eu une existence éphémère de 1885 à la mort de son fondateur Charles Normand., fonctionnant sur un capital dû à la générosité de ses membres et de modestes cotisations en accord avec son esprit de vulgarisation.

[13] « Coup d’œil sur les actes de la société », Bulletin de la Société des Amis des Monuments Parisiens, tome XII, 1901, p.182.

[14] « Statuts. Article premier », in Bulletin de la Société des Amis des Monuments Parisiens, 1885, tome 1, p.1.

[15] Normand (C.), « Aux amis des Monuments et des Arts », L’Ami des Monuments et des Arts, tome VII, 1893, p.7.

L’un des buts de l’association est de « créer dans lanation un sentiment populaire de préservation des œuvres d’art ». Son activité se concentre surtout sur la sensibilisation par l’appel à l’opinion, la diffusion et la vulgarisation des connaissances surtout grâce à la publication de son bulletin et à l’organisation d’excursions d’érudits, d’artistes et d’amateurs. Elle va également jouer un rôle important dans l’habitude de prendre des photographies avant démolition. L’action porte à la fois sur le bâti ancien et sur l’aspect général de la ville afin de concilier le développement de la ville avec la conservation du bâti ancien. L’association a donc un regard sur les productions de son temps. La revue de l’Association, L’Ami des Monuments, devient en 1894 L’Ami des Monuments et des Arts parisiens et français [16]. Normand étend ainsi le principe du bulletin, exclusivement consacré à l’actualité patrimoniale parisienne, à l’échelle nationale [17]. Comme l’explique Jean de Foville (1877-1915) : « En 1884, se fondait la Société des amis des monuments parisiens, dont le secrétaire général, M. Charles Normand, organisait une propagande utile. Il réussissait si bien d’ailleurs qu’en 1887 il fondait en outre le Comité des monuments français, et une revue qui devenait l’organe de ce comité : l’Ami des monuments. Dans chaque numéro, il s’efforçait de faire connaître tous ces monuments du passé épars sur le sol de la France, et de recueillir les protestations contre le vandalisme qui les menace sans cesse » [18]. Le bulletin est riche d’articles et de chroniques dont la plupart sont illustrés de lithographies ou de dessins tirés d’ouvrages de référence ou de grands recueils d’architecture. Certaines rubriques concernent les bâtiments menacés de destruction ou les démolitions qui n’ont pu être évitées ; elles sont intitulées « Paris qui s’en va » ou « Paris qui disparaît », illustrées de dessins ou de photographies dont les légendes soulignent l’amertume des membres de la Société face aux destructions ou à la transformation de la physionomie des quartiers [19]. Par exemple, en 1896, Charles André Laugier (1847-1917) [20], publie un article de Jules Claretie daté de 1881 « qui méritait bien, à tous les points de vue, d’être rappelé, à toutes fins utiles » [21] en faveur de la protection de la ville ancienne, article qui plaidait d’ailleurs pour la sauvegarde de la maison dite de la Duchesse Anne à Morlaix, classée en 1883 au titre des monuments Historiques. Laugier pense à juste titre que l’article est d’actualité car il explique « Mais c’est que, pignons, tourelles, vieilles maisons, vieilles sculptures, on abat tout aujourd’hui, non seulement à Paris, mais en France, dans toute la France. Nous sommes en proie à une rage spéciale, la rage du neuf. […] A Morlaix, j’ai vu une admirable maison en bois, à lanterne et à pignon, qu’on dit être la maison de la duchesse Anne de Bretagne. Quoi qu’il en soit, c’est un joyau architecturel. Eh bien, on va l’abattre quelque jour, parce qu’elle n’est plus dans l’alignement. Je le crois bien, depuis le XVe siècle ! La ville n’aurait qu’à l’acheter, à en faire un musée, à la sauver, -ah bien, oui ! Elle sera débitée quelque jour, la maison de la duchesse Anne, morceau par morceau, pour la plus grande joie des revendeurs d’antiquailles, et ses débris vont armer le château de quelque financier » [22].

[16] Quarante et un bulletins ont été édités en tout, rendant compte des destructions, des actes de vandalisme, mais également des découvertes archéologiques et des manifestations culturelles et de l’évolution de la législation touchant à la conservation des monuments et de la préservation des paysages.

[17] Sur la page de titre du bulletin de la Société, un des sous-titres précise l’étendue de l’acceptation du mot « monument » : architecture, peinture, sculpture, curiosités et souvenirs historiques. Cette énumération montre bien que pour les Amis des Monuments parisiens, le monument ne se définit pas seulement par sa dimension artistique et formelle, ici perceptible à travers la mention des grandes catégories que sont l’architecture, la peinture et la sculpture. Les termes curiosités et souvenirs historiques font en effet appel à une dimension historique et mémorielle qui prime sur les considérations esthétiques. Ceci fonde une définition du monument plus documentaire et historique, qui s’oppose également à une vision hiérarchisée du patrimoine.

[18] Foville (J. de), « Villes d’art », in Le Correspondant, Paris, V.-A. Waille, 1906, p. 795.

[19] Les Amis des Monuments parisiens développement le concept de physionomie artistique de la ville pour désigner une approche urbaine englobant la conservation d’ensembles anciens, l’aménagement de la ville et sa mise en valeur esthétique. Leur défense de la physionomie de la ville se mesure à leur opposition à des projets qui ne touchent pas en soi aux monuments mais modifient leur entourage. Ils contribuent ainsi à lancer l’idée d’ensembles indissociables et d’espaces urbains à préserver.

[20] Charles André Laugier (Paris, 10 octobre 1847 – Paris, 2 juin 1917), haut fonctionnaire, membre de la Commission du Vieux Paris (1897) ; membre du conseil d’administration de la Montagne Sainte-Geneviève et ses abords (1899) ; de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France (1896-1917) et de la Société des amis des monuments parisiens (1885-1900)

[21] Bulletin de la Société des amis des monuments parisiens, 1896, vol. 10, p. 135.

[22] « La vie à Paris. Paris qui s’en va. – L’hôtel de Sens. – Un monument à sauver. – Victor Hugo et sa guerre aux démolisseurs », article de Jules Claretie (1840-1913) ; membre avec Charles Normand de la Commission du Vieux Paris) publié dans le journal Temps, 22 septembre 1881, in Bulletin de la Société des amis des monuments parisiens, 1896, vol. 10, p. 133.

En tant que correspondant de la Société des Monuments, Fougère est un témoin de la création des premiers groupements de sauvegarde du patrimoine. Le pittoresque constitue alors un des fondements historique et culturel de la sauvegarde du patrimoine. Le thème de la disparition de la Bretagne antique, de la vieille Bretagne, devient également prépondérant. Son invention résulte d’un cheminement culturel dont la fin du 19ème siècle marque la maturation. Dans la genèse de la notion de pittoresque breton, deux approches se sont succédées : dans les années 1830, une perception artistique de la Bretagne, qui se traduit par la valorisation des bâtiments anciens, de l’antiquité au 17ème siècle, et notamment du tissu médiéval ; puis sous le Second Empire, une perception topographique plus historique, qui vise à reconstituer l’histoire des lieux dénaturés ou supprimés par les grands travaux. La déploration des érudits reposent dès lors sur cet argument historique, beaucoup plus que sur une mise en avant des qualités artistiques des constructions disparues. La vieille ville accède au rang de modèle urbain, tant pour ses caractéristiques historiques qu’artistiques, voire même esthétique. À partir de 1884, avec la création des Amis des Monuments parisiens, l’approche historique héritée du Second Empire se trouve englobée dans une approche patrimoniale qui consacre la ville ancienne comme entité historique, archéologique, urbaine et artistique, désormais digne d’être conservée dans sa matérialité et non plus seulement étudiée. Les Fougère ont connu les transformations de leur ville, mais aussi les premiers classements et actes de sauvegarde des bâtiments les plus emblématiques de Morlaix, comme la Maison de la Reine Anne, sauvée grâce à l’intérêt manifesté tout au long du 19ème siècle, d’abord par Prosper Mérimée (1835) [23], puis par le baron Olivier de Wismes (1850) [24], Adolphe Allier (1879) [25] et Albert Robida (1891) [26], ami de Charles Normand [27]. Dans son ouvrage sur la Bretagne, publié en 1891, Robida dresse un tableau pittoresque mais suffisamment précis de Morlaix, une cité mutilée par les travaux d'urbanisme en cours. : « Morlaix. Une des plus pittoresques situations de ville qui se puisse rêver dans le plus accidenté et le plus charmant des paysages, une des plus curieuses, des plus intéressantes cités de Bretagne, ayant encore, malgré la malfaisance manie de transformations inutiles, gardé de grands restes de sa physionomie d’autrefois, séduisante encore par les nombreuses traces d’une beauté très personnelle et très étrange, par tout ce que le temps a çà et là par hasard ajouté, par ses vieux souvenirs, par son antique Grande-Rue intacte encore et par ses venelles fantastiques, par les particularités d’architecture intérieure de ses vieilles maisons, par sa rivière coulant entre les collines escarpées qu’escaladent les ruelles et les jardins, et par le gigantesque viaduc chevauchant les vieux toits d’une colline à l’autre, enjambant la rivière et les mâts des navires, et lançant vertigineusement dans l’espace ses aériennes locomotives par-dessus les pignons gothiques, par-dessus le clocher de Saint-Melaine, telle est la cité de Morlaix, étrange, pittoresque et gracieuse, la perle du pays de Léon » [28]. La série de livres sur La Vieille France parue entre 1890 et 1893 s’inspire en grande partie de l’exploration méthodique des provinces françaises des Voyages pittoresques et romantiques dans l’Ancienne France de Taylor et Nodier [29]. Robida affirme d’ailleurs qu’il fait un pèlerinage artistique aux bonnes villes de la vieille France afin de révéler « tout ce qui subsiste encore de noble et de brave, de grand et de pittoresque dans l’héritage dilapidé d’un magnifique passé » [30]. Le choix du titre, La Vieille France, n’est pas sans rappeler l’article de Victor Hugo, « Guerre aux démolisseurs », où il déplore la « démolition de la vieille France » [31], passage d’ailleurs cité dans l’article de Claretie évoquant Morlaix. Cet esprit nostalgique se retrouve dans la série du « Vieux Morlaix » de Rose Fougère, mais également dans les clichés qu’elle fournit à Waron pour « La Bretagne Pittoresque ».

[23] Prosper Mérimée (1803-1870) est nommé Inspecteur général des Monuments historiques et des Antiquités nationales en 1834. De cette date à 1840, il mène quatre tournées d'inspection, à l'origine d'une première liste de 1034 monuments à sauvegarder.

[24] « Congrès de Morlaix de la classe d'archéologie de l'Association bretonne, 6-13 octobre 1850 », in Bulletin archéologique de l'Association bretonne 3e volume, 1851, p. 158-194. Héracle Jean-Baptiste Olivier de Blocquel de Croix, baron de Wismes (1814-1887), archéologue, critique d’art et artiste, membre correspondant de plusieurs sociétés savantes, dont la Société archéologique de Nantes.

[25] Adolphe Allier (1835-1905), bibliothécaire de la ville de Morlaix in Daumesnil (J.), Allier Adolphe, Blois Aymar de (annot.), Alexandre Charles-Émile (préf.), Histoire de Morlaix, Morlaix, A. Lédan, 1879, p. 505-516.

[26] Albert Robida (1848-1926) est l’auteur, le dessinateur et le lithographe de La vieille France Bretagne, paru à la Librairie illustrée en 1891. C’est un véritable hommage à l’architecture ancienne des villes de Bretagne, exprimant une nostalgie face à l’art urbain du Moyen-Age et de la Renaissance qui n’est pas sans rappeler le discours de la Société des monuments parisiens sur la disparition des vieux quartiers et l’enlaidissement de la ville. Il évoque avec nostalgie les arts décoratifs désormais perdus, l’esthétique urbaine révolue.

[27] Il dédie à Charles Normand son livre Paris de Siècle en Siècle, Paris, Librairie illustrée, 1895 : « À mon ami Charles Normand, Parisien de Paris, Secrétaire général des Amis des Monuments Parisiens, toujours sur la brèche pour la défense des intérêts artistiques de Paris toujours menacés».

[28] Robida (A.), La Vieille France. Bretagne, Paris, La librairie illustrée, 1891, p. 158-159.

[29] Nodier (C.), Taylor (J.), Cailleux (A. de), Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, Paris, A.-F. Lemaître, 1857, 5 vol.

[30] « Préface », in La Vieille France. Normandie, Paris, La librairie illustrée, n. p.

[31]« Il faut le dire, et le dire haut, cette démolition de la vieille France que nous avons dénoncée plusieurs fois sous la Restauration se continue avec plus d’acharnement et de barbarie que jamais [...] nous posons en fait qu’il n’y a peut-être pas en France à l’heure qu’il est une seule ville, pas un seul chef-lieu d’arrondissement, pas un seul chef-lieu de canton où il ne se médite, où il ne se commence, où il ne s’achève la destruction de quelque monument national... Chaque jour quelque vieux souvenir de la France s’en va avec la pierre sur laquelle il était écrit. Chaque jour nous brisons quelque lettre du vénérable livre de la tradition » in Revue des Deux Mondes, tome 5, livraison du 1er mars 1832, p. 607.

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Intérieur pondalez

Ruelle 2

St Melaine

Pour citer cet article:

Chmura Sophie, «Armand Waron: du stéréotype breton à "La Bretagne Pittoresque"», cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne les 25 juin 2015, 24 août 2015, http://cartes-postales35.monsite-orange.fr