LES PRÉCURSEURS DE LA CARTE POSTALE DE LA CÔTE D’ÉMERAUDE

À la fin des années 1850, de nombreux ateliers photographiques ouvrent en Bretagne. Toutes les villes importantes et les cités balnéaires ont leur photographe. Outre les studios « terrasses », il existe des officines qui sont de simples succursales destinées aux estivants qui, dès les années 1860, veulent des vues souvenirs de leurs lieux de villégiature. Les guides touristiques et les récits de voyages expliquent ce qu’il faut voir. Les photographes proposent une continuité des textes etproposent à la vente des équivalents visuels des lectures des visiteurs. Ils se tournent vers les éditions multiples et vendent des vues locales en format « carte de visite » ou « carte cabinet », format d’une meilleure lisibilité auquel les diffuseurs d’albums photos s’adaptent rapidement.

DINARD : les incunables de la carte postale

Émile Pierre Charles ORDINAIRE

Photographe

Né à Bain-de-Bretagne le 7 avril 1844, fils de Pierre Charles Émile Ordinaire, gendarme à cheval (Parcey, 16 mars 1804 – Dinard, 22 septembre 1878) et d’Anne Marie Gamblin, tailleuse (Bain-de-Bretagne, 6 août 1814 – Dinard, 9 mars 1881), mariés à Bain-de-Bretagne le 17 juillet 1837.

Marié à Saint-Méen le 10 avril 1877 avec Marthe Ronsin (Saint-Méen, 6 juin 1856 - ?), fille de François Louis Méen Ronsin, maitre d’hôtel et hôtelier et de Marie Mathurine Donnio

D’où :

1°) Émile Joseph Ordinaire, photographe (Dinard, 15 mars 1878 – Clichy-la-Garonne, 8 mars 1954), marié 1°) à Perreux-sur-Marne le 9 août 1921 avec Marie Elise Léonie Irène Courbet; 2°) à Paris le 28 mai 1924 avec Charlotte Clémentine Hue ; signalement : cheveux et sourcils châtains, yeux bleus, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, visage rond, 1m 65.

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2°) Marthe Françoise Anne Marie Camille Ordinaire (1er novembre 1879 – Paris, 30 juillet 1968), mariée à Rennes le 11 juin 1906 avec Fernand Pierre Bruno Vallée (1873 - ?) ;

3°) Madeleine Louise Camille Ordinaire (Dinard, 3 juin 1882 – Boulogne-Billancourt, 18 janvier 1968)

Décédé à Dinard le 27 août 1892.

Albert Victor Marie CROLARD

Photographe

Né à Saint-Servan le 5 décembre 1853, fils de Victor François Jean Crolard, peintre en bâtiment, peintre vitrier (Saint-Coulomb, 15 mai 1827- Dinard, 30 septembre 1888), et de Julie Aimable Ducastel, couturière (Saint-Servan, 15 février 1828 - Dinard, 1908), mariés à Saint-Servan le 25 août 1852.

Célibataire

Décédé à Dinard, le 6 juin 1885.

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Ambroise Marie LESTURGEON et Augustine Ange LESTURGEON, née Gallais

Photographes, successeurs d’Albert Crolard

Ambroise Marie Lesturgeaon, né à Gausson le 1er avril 1858, fils de François Mathurin Lesturgeon, laboureur (1822 – colonie horticole de Coti-Chiavari, 6 septembre 1864) et de Jeanne Marie Rio, ménagère (1814 – Dinard, 6 juillet 1884), décédé à Dinan le 8 juin 1897.

Marié à Saint-Énogat le 29 juillet 1885 avec Augustine Ange Gallais, née à Dinard le 23 octobre 1860, date de décès après 1939, fille de Julien François Marie Gallais (Langast, 28 janvier 1829 - Dinard, 11 janvier 1886), laboureur et de Jeanne Françoise Provaut (Saint-Servan vers 1813 - Dinard, 6 juillet 1884), couturière, commerçante.

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D’où :

1°) Inesse Ange Lesturgeon (Dinard 14 juin 1886 - ? )

2°) Augustine Jeanne Lesturgeon (Dinard 11 juin 1888)

3°) Marie Marthe Madeleine Lesturgeon (Dinard, 26 avril 1890 - Dinan, 1er août 1897)

4°) Ambroisine Jeanne Marie Denise Lesturgeon (Dinard, 20 avril 1892 - ?), mariée à Niort le 24 septembre 1921.

Charles Marie Félix CHAMBRIN

Photographe, employé d’Augustine Lesturgeon

Né à Dinan le 21 mai 1873, fils de Charles Marie Chambrin, commis-banquier et de Félicité Anne Désirée Michel, marchande.

Célibataire

Décédé le 17 octobre 1913 à Dinard.

Avant 1850, Dinard n’était qu’un port de pêche dépendant de la paroisse de Saint-Énogat. Une plaque commémorative apposée à la promenade des Alliés mentionne l’arrivée des premiers touristes anglais en 1836. Dès la fin des années 1850, Dinard devient une station balnéaire et se couvre de chantiers de construction dont l’apogée est atteint entre 1875 et 1885. Émile Ordinaire acquiert en 1868 un terrain rue du Casino à Dinard pour y faire construire son atelier de photographie dont l’inauguration a lieu en 1870.

ORDINAIRE1

Très vite considéré comme le « photographe mondain Dinardais » ou le « Nadar de la plage des Élégantes », Ordinaire ne fait pas que du portrait. Il diversifie sa production en photographiant Dinard, Saint-Malo et les environs. Outre ses photos éditées de format « carte-album», il vend des vues stéréoscopiques sous le titre « La Bretagne publié par Ordinaire à Dinard ».

Ordinaire C 1

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Ordinaire ST servan

Ordinaire St Malo

Ordinaire stéréo

Ordinaire stéréo 1

Cette production répond à la demande des estivants désirants des vues souvenirs des villes de la côte autres que Saint-Malo, seule ville d’Ille-et-Vilaine photographiée en 1857 par Charles Paul Furne, éditeur avec Henri Tournier de la série de 233 vues stéréoscopiques « Voyage en Bretagne»[1] :

227 Saint-Malo Le Fort impérial

228 Saint-Malo Le grand Bé et le tombeau de Châteaubriand

229 Saint-Malo Le Port

230 Saint-Malo Un navire à mer basse

231 Saint-Malo Chantier de construction

232 Saint-Malo Vue générale prise du Sillon

233 Saint-Malo Sur le Port

L’atelier d’Émile Ordinaire s’appelait la « Photographie du Casino ». Il avait une succursale 45 bis place de Bretagne à Rennes. À son décès, sa femme quitte Dinard pour Rennes. D’après le registre de dénombrement de 1896, elle est installée avec son fils, également photographe, au 53 boulevard de la Liberté à Rennes. Elle semble ne faire que de la photographie d’atelier.

Ordinaire Rennes

Malheureusement, elle fait faillite en 1909 et cède en mars son fonds de commerce à Louis-Ernest Verry, qui avait été photographe 6 rue de la République à Honfleur. Le fils d’Ordinaire quitte Rennes pour Saint-Malo en octobre 1909, puis part pour Paris en 1911. Il est mobilisé dès août 1914 et, outre ses services aux 10ème, 11ème et 69ème régiments d’artillerie, il est affecté durant l’année 1917 au service photo du service aéronautique du 2ème groupe aviation. De son côté, l’apprenti d’Ordinaire, Émile Hamonic (Moncontour, 26 août 1861 – Saint-Brieuc, 24 juillet 1943) commence sa carrière et s’installe en 1893 à Moncontour. Ilpart ensuite à Saint-Brieuc où il se positionne comme le précurseur de la carte postale en Bretagne.

Magasin Verry HONFLEUR

Verry Honfleur

Verry Ordinaire

Un des concurrents directs d’Ordinaire sur Dinard s’appelle Albert Crolard. Avec sa famille il avait quitté Saint-Servan avant 1860. Vers 1875, il s’installe comme photographe rue de l’Avenir, à proximité de l’Hôtel de Provence. Outre des portraits en studio, il photographie Dinard et les lieux fréquentés par les touristes dans les environs. Il vend ses tirages sous le format de photo-cartes format 16,5 x 10,5. Il meurt brutalement suite à l’aggravation de blessures à l’estomac en juin 1885.

A. Crolard

crolard dinard

Ambroise Marie Lesturgeon prend sa succession en juillet. Comme Crolard, il photographie Dinard et ses environs. Sa femme l’assiste comme photographe. Apparemment, ils gèrent une succursale à Dinan rue de Chateaubriand. C’est sans doute là qu’ils recrutent comme employé le photographe Charles Chambrin. Dès 1896, Augustine Leturgeon gère seule l’atelier de Dinard alors que son époux semble diriger celui de Dinan. Il décède à Dinan en 1897, quelques mois avant sa fille Marie.

Lesturgeon Dinard

Augustine Lesturgeon abandonne la succursale de Dinan et se consacre à l’atelier de Dinard avec l’aide de Chambrin et ce au moins jusqu’en 1913. Toujours spécialisée dans le portrait d’atelier, Augustine n’hésite pas à se tourner vers la carte postale pour éditer des photographies de la côte d’émeraude grâce à Armand Waron, et ce, dès 1900.

[1] Furne (C.) et Tournier (H.), Voyages, Paris, s.n., 1860, 46p.

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CANCALE : la côte d’Émeraude pittoresque

Zacharie Marie ROBINOT, dit Amédée Zacharie ROBINOT

Horloger-bijoutier, éditeur, photographe, libraire-éditeur

Singature Robinot

Né à Cancale le 20 septembre 1860, fils d’Amédée François Robinot, officier Marin (Cancale, 29 janvier 1816 – Cancale, 13 mai 1908) et de Rose Désirée Dujardin (Cancale, 17 septembre 1822 – Cancale, 26 mars 1903), mariés à Cancale le 22 novembre 1847.

Marié à Saint-Malo le 4 août 1891 avec Eugénie Mélanie Félicité Gasnier, née à Cancale le 23 novembre 1868, décédée le 11 juin 1947 à Fougères, fille d’Eugène Guillaume Gasnier, maître en cabotage (Cancale, 24 novembre 1835 – « disparu en mer vers la fin de l’année mil huit cent quatre vingt un avec le brick Ernest et Blanche dans la traversée de Hambourg à Cette »[1]) et de Mélanie Caroline Omnes (Saint-Servan, 14 janvier 1835 – Saint-Malo, 20 février 1889), mariés à Saint-Malo le 8 mai 1865.

D’où

1°) Eugénie Fanny Charlotte Rose Robinot (Cancale, 2 mai 1892 – Cancale 23 mars 1950)

2°) Maurice Amédée Zacharie Robinot (Cancale 6 août 1893 - ?), mutilé de guerre, titulaire de la croix de guerre, marié le 18 janvier 1926 à Renée Blanche Jaffre ;

3°) Fernand Eugène Robinot (Cancale, 6 septembre 1895 – Cancale 27 décembre 1923) ;

4°) Rose Aurélie Mélanie Robinot (Cancale 4 mai 1897 – Cancale, 28 décembre 1902) ;

5°) Fanny Marguerite Robinot (Cancale, 23 août 1898 – Lorient, 25 avril 1960), mariée à Lorient le 10 février 1922 avec Louis Marie Paterne Feuillet ;

6°) René Charles Robinot (Cancale, 16 juin 1900 - ?);

7°) Jeanne Esther Robinot (Cancale, 21 mars1902 – Cancale, 24 juin 1991) ;

8°) Georges Marie Robinot (Cancale, 3 juin 1904 – Ploemeur, 13 août 1906).

Décès inconnu

Signalement : cheveux et sourcils châtains, yeux bleus, front ordinaire, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, visage ovale, 1m 65

[1] Archives départementales 35 : Acte de mariage n° 44, 10NUM35288 1070 Saint-Malo 1891

William Joseph Marie CROLARD ou CROSLARD

Photographe, peintre-photographe

Né à Cancale le 15 juin 1871, fils de Victor Marie Crolard, peintre en bâtiment, peintre-vitrier (Cancale, 6 juin 1842 – Cancale, 11 janvier 1905), et de Henriette Marie Eugénie Jamet (Cancale, 5 septembre 1847 - ?), mariés à Cancale le 4 février 1868.

Marié à Cancale le 29 juin 1898 avec Alice Marguerite Rondenay, née à Angers le 10 avril 1872, fille d’Auguste Stanislas Rondenay, pâtissier, et de Rose Michel, pâtissière.

W. Crolard dos

D’où :

1°) René William Crolard (Cancale, 10 octobre 1899 – Lorient, 21 mai 1955) marié le 26 juin 1926 avec Alphonsine Anne Benoist ;

2°) Albert Yves Crolard (Cancale, 10 octobre 1900- Nîmes, 30 décembre 1953), marié 1. à Nantes le 5 avril 1923 avec Antoinette Louise Augereau, 2. à Nantes le 16 février 1938 avec Marie Louise Eugénie Poujol ;

3°) Émile Henri Crolard (1902- ?)

4°) Alice Marie Crolard (1903-1970), mariée le 9 janvier 1926 avec Charles Henry Emile Le Tendre

5°) Jeanne Victorine Crolard (1905-1906)

6°) Yvonne Henriette Crolard (1906-1990) mariée le 17 août 1928 avec Louis Michel Charrouin

Décès inconnu

Signalement : cheveux et sourcils châtain, yeux châtains, front ordinaire, nez gros, bouche moyenne, menton rond, visage ovale, 1m 70, degré d’instruction 3

En effet c’est en 1900 que l’éditeur et photographe Armand Waron s’intéresse aux productions photographiques de la côte d’émeraude. Outre les clichés de la veuve Lesturgeon, il s’intéresse au travail photographique cancalais, plus particulièrement celui de Zacharie Robinot. Connu localement sous le nom d’Amédée Robinot depuis le décès de son frère Amédée Louis Joseph Robinot, horloger-bijoutier (Cancale, 25 octobre 1848 – Cancale 15 décembre 1889) [1], Zacharie Marie Robinot débute comme apprenti ouvrier chez l’horloger rennais Donatien Joseph Marie Regent (Redon, 15 juillet 1853 – Rennes, 12 mai 1925). De janvier 1886 à février 1887, il habite rue Chalais à Rennes. Il revient ensuite à Cancale où il s’installe comme horloger-bijoutier avec son frère.

Collection A. Robinot

Vers 1900 Robinot publie seul ses clichés sous la légende « BRETAGNE – Collection A. Robinot, Cancale (I et V)». Ses sujets de prédilections sont la mer et les métiers liés à la pêche. Waron qui édite les photographies de Cancale de Lesturgeon sous la légende « A. Waron, opticien-édit., St Brieuc », fait circuler les clichés de Robinot dès 1901 sous la légendes « Cliché A. Robinot – A. Waron, éditeur, St-Brieuc », « Collection A. Waron, St-Brieuc » en 1902, puis « La Bretagne Pittoresque / Collection A. Waron, St-Brieuc ».

Cliché Robinot 1517

Cliché A. Robinot

En mars 1904, Robinot publie une annonce pour vendre ses « Cartes postales illustrées gros et détail vues de toute la Bretagne, fantaisies, bromure, noir et couleur » [2] à prix très modérés. Il quitte en effet Cancale pour s’installer comme horloger au village Sainte-Anne à Ploemeur près de Lorient. Il est dès lors possible de trouver des cartes postales « Côte d’Émeraude / A. ROBINOT, Libraire-Éditeur. – Cancale / NDPhot » avec double numérotation.

OE 1904 03 11 p.6

ND Phot Robinot

Les termes « Côtes d’Émeraude » apposée par les éditions Neurdein font concurrences aux éditions Germain Fils de Saint-Malo qui éditent les clichés du photographe cancalais William Crolard depuis 1902, dont la généalogie ne laisse pas directement apparaître de lien avec Albert Crolard de Dinard.

Crolard Coll. G.F.

Comme Robinot, William Crolard quitte Cancale pour Lorient en décembre 1907. Mobilisé, il mène la campagne contre l’Allemagne du 3 mars 1915 au 23 mai 1916. Avant d’être libéré de ses obligations militaires le 15 décembre 1918, il est détaché à la Compagnie des forges et aciéries de la marine de Saint-Chaumont dans la Loire, pour finir la guerre au 62ème Régiment d’Infanterie. Il est possible de trouver des cartes postales légendées « Collection W. Crolard », « Coll. W. Crolard, Cancale / Côte d’Émeraude / G.F. », « Collection Crolard, Cancale / Côte d’Émeraude / G.F. » ou « Collection Crolard, Cancale / G.F. », les initiales « G. F. » étant apposées pour faire références aux éditions Germain Fils. Le nom de Germain Fils ainé permet à Auguste Charles Albert Germain (1868-1907) de se distinguer de son demi-frère, né du remariage de son père Sosthène Germain. À sa mort en 1907, ses cartes postales sont écoulées par son père qui tenait une boutique rue Talard, entre la Poissonnerie et les remparts de Saint-Malo.

[1] Archives départementales 35 : recensement de population 1901

[2] Ouest-éclair, 11 mars 1904.

Pour citer cet article :

Chmura Sophie, "Les précurseurs de la carte postale de la Côte d'Émeraude", cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne le 3 mars 2016. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr, consulté le .