Karten-Bost

Plan :

Genèse de la carte postale

Les cartes postales administratives

Les premières cartes illustrées

« Karten-bost »

Sur un air de musique…

La Bretagne, terre classique des cartes-postales illustrées

Jaffrenou et la vulgarisation des idées en Bretagne

Genèse de la carte postale

L’histoire de la carte postale bretonne « Karten-Bost » invite à faire un point rapide sur les débuts de la carte postale en France.

Les cartes postales administratives

La carte de correspondance en français entre en service en 1870 dans l’Alsace-Lorraine occupée.

Le mot carte-postale apparait officiellement sur le territoire national le 26 septembre 1870 dans le décret pris par le gouvernement de la défense nationale qui autorise l’envoi au moyen d’aérostats libres et non montés « des cartes postales, portant, sur l’une des faces, l’adresse du destinataire, et sur l’autre, la correspondance du public »[1].


[1] Journal Officiel de la République Française, 27 septembre 1870, n°266, p.1061.

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En 1873, Louis Wolowski [1] écrit dans son article « La carte postale en divers pays » le premier historique connu de l’introduction de la carte postale en France grâce à la loi de finance du 20 décembre 1872, loi « qui vient de consacrer l’application du nouveau mode de correspondance, qui complète, d’une manière heureuse, les moyens de faire circuler rapidement l’expression de la pensée, et qui ajoute, un instrument fécond à la multiplication des relations de famille, aussi bien qu’au commerce des relations matérielles »[2]. La carte postale est alors « une lettre à découvert, transmise au moyen d’une carte de la grandeur d’environ 12 centimètres sur 8 centimètres. Au recto est placé le timbre d’affranchissement ; on y inscrit, dans un cadre qui les fait nettement ressortir, le nom et l’adresse du destinataire. Le verso est en blanc ; il est destiné à recevoir les communications qu’on désire transmettre, de quelque nature qu’elles soient, écrites, autographiées, imprimées, etc. » Pour Wolowski, la carte postale est un instrument complet qui permet de transmettre « l’expression de sa pensée ou de sa volonté », inspiré de la post-card anglaise (mai 1870) et de la carte-correspondance employée en Allemagne (1er juillet 1870), Autriche (1er octobre 1869), Suisse (1er octobre 1870) et Belgique (15 mai 1870) [3].

[1] Louis Wolowski fait ses études secondaires à Paris (1823-1827) et supérieures en Allemagne. Le gouvernement provisoire issu de la révolution polonaise de 1830 nomme son père à la légation polonaise à Paris. La révolution réprimée, la famille Wolowski est condamnée à mort par contumace. Elle fuit la Pologne et se réfugie en France. Ludwik Wolowski se fait naturalisé français en 1831 avant de s’installer comme avocat de 1833 à 1853. Il fonde la Revue de législation et de jurisprudence (dite revue Wolowski) en 1834. Il est député de la Seine 1848 à 1851, puis en 1871-1875, avant de devenir sénateur inamovible en 1875. Il fonde le Crédit Foncier en 1852.Il a été également professeur d’économie politique au conservatoire des arts et métiers et membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques (1855).

[2] Wolowski (L.), « La Carte postale en divers pays », in Journal des économistes, janvier-mars 1873, p. 90.

[3] Belloc (A.), Les postes françaises, recherches historiques sur leur origine, leur développement, leur législation, Paris, Firmin-Didot et Cie, 1886, p. 596-609.

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Carte postale souvenir éditée par Paul Armand (Cartes Postales et Collection) en 2011.

Louis François Michel Raymond Wolowski, né Ludwik Franciszech Michal Rajmund Wolowski

Sénateur, membre de l’Institut, chevalier de Saint-Michel (Bavière, 1856), Officier de l’ordre des Saints Maurice et Lazare (Italie, 1857), Commandeur de la Rose du Brésil (1875), Chevalier puis Officier de la Légion d’honneur (1845, 1851)

Né à Varsovie le 31 août 1810, fils de Franciszeck Wolowski (1786-1844), avocat à la Cour Suprême polonaise, membre de la Diète

Marié à Paris le 21 mars 1833 avec Clara Laure Marie Guérin (11 mars 1814 – 16 décembre 1899)

D’où, (au moins)

1°) Elisabeth Sophie Victorine Henriette Wolowska (2 avril 1834 – 17 mars 1847)

2°) un fils, Charles ( ?) Wolowski

3°) Françoise Marie Catherine Wolowska (Paris, 4 mars 1845 – Clichy, 16 mars 1895), mariée à Paris le 15 mai 1866 avec Louis Paulin Passy (Paris, 4 décembre 1830 – Gisors, 31 juillet 1913), dite Fanny Wolowski

Mort à Gisors, le 15 août 1876.

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Les premières cartes illustrées

En 1889, la Société de la Tour Eiffel édite 300 000 exemplaires d’une série de cinq cartes postales dessinées par Léon Libonis et vendues lors de l’exposition universelle de Paris.

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Dans le hors-série du Figaro du 25 août 1889, un auteur anonyme s’amuse des visiteurs de la Tour Eiffel et explique la création de ces premières cartes illustrées françaises : « il ne suffit pas que la postérité soit édifiée : il faut aussi que les contemporains soient avertis, et c’est pourquoi […] on veut écrire. […] Alors on a demandé des cartes postales… La société de la Tour a compris qu’il y avait là un besoin impérieux et universel du public à satisfaire, et elle s’est soumise à l’œuvre avec le plus louable empressement. Elle a installé des boîtes aux lettres au premier étage et au pavillon du Figaro ; au lieu d’une levée, elle a prescrit qu’il en serait fait deux par jour ; elle a installé des pupitres sous les rouffs, et enfin elle vient de faire graver des cartes postales spéciales, ornées de gravures qui rappellent tous les aspects de la Tour, et que le public se dispute depuis huit jours à tous les étages. Voici deux chiffres amusants : du 3 au 24 août, il s’est débité à la Tour Eiffel cinquante-sept mille cinq cents cartes postales ; et depuis que les cartes postales spéciales, ornées de gravures, ont été mises en vente, il en a été délivré de cinq à six mille par jour aux ascensionnistes »[1].


[1] « Les cartes postales de la Tour », in Le Figaro édition spéciale imprimée, 25 août 1889.

Léon Charles Libonis

Statuaire, artiste peintre, dessinateur

Signature L

Né à Paris le 16 janvier 1846, fils de Jean Joseph Libonis (1822 - 1896), sculpteur, et de Reine Tacquenet (1826-1887), couturière

Marié à Paris le 4 janvier 1870 avec Thérèse Françoise Limberger (Dole, 11 août 1889 - ?, vers 1920), fille de Georges Limberger, marbrier, et Thérèse Krepper, lingère.

D’où

1°) Louis Marie Édouard Libonis (1873-1937)

2°) Edmée Léontine Marie Libonis (1877-1878)

3°) Thérèse Madeleine Renée Libonis (1886- ?)

4°) Blanche Léonie Libonis (1888- ?)

5°) René Libonis

Mort à Paris le 30 juin 1901.

Dans une interview accordée à René Kraemer du journal Le Matin le 13 mai 1943, Maurice Tesson éditeur à Limoges explique que le 4 août 1891 « la première carte postale illustrée, imprimée en phototypie, fut lancée en France par Dominique Piazza »[1], commerçant à Marseille.


[1] La Matin, 13 mai 1943, p. 1-2. + « Le cinquantenaire de la carte postale », in Journal des débats politiques et littéraires, 4 août 1941, p. 1.

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Jean Dominique Eugène Piazza

Commerçant

Né à Marseille le 31 mai 1860, fils de Francesco Piazza (Zuccarello, Italie, 29 mars 1828 – Marseille, 1902), maçon et Marie Ricca (Civezza, Italie, 1834- ?)

Marié à Éléonore Martin

Mort à Marseille le 10 décembre 1941

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« Karten-bost »

Sur un air de musique…

Le premier a abordé l’histoire de la carte postale en Bretagne, ou plus exactement de la Karten-Bost, s’avère être François Jaffrenou. À la une du journal Ouest-Éclair du 19 décembre 1900, il raconte : « On ne connaissait pas en Bretagne,il y a quelques années à peine, l'excellent moyen d'active propagande et de vulgarisation d'idées qu'offre la petite carte-postale à deux sous. Les Allemands les premiers eurent l'idée d'illustrer le verso des cartes-postales : les rues, les monuments, les tours crénelées et les murs en ruines, tout y passa. Mais si ce genre prit naissance au-delà du Rhin, deux autres virent le jour en Bretagne la carte-postale avec des airs de musique notés et la carte-postale avec photographies des écrivains bretons contemporains. » [1]


[1] « Politique nouvelle », in Ouest-Éclair, 19 décembre 1900, p. 1.

François Joseph Claude Jaffrenou dit Taldir

Journaliste, imprimeur

Secrétaire de la section de langue et de littérature bretonnes de l’Union régionaliste de Bretagne

Titulaire des Palmes académiques (1922), Chevalier de la Légion d’honneur (1938)

Né à Carnoët le 15 mars 1879, fils de Claude Jaffrenou (Scrignac, 15 avril 1837 – Carnoët, 2 février 1919) notaire et Anne Marie Ropars (Bolazec, 9 novembre 1893 – Carnoët, 26 avril 1913), poétesse, mariés le 14 juin 1875 à Bolazec

Marié à Carhaix le 6 janvier 1908 avec Jeanne Marie Touz (Carhaix, 13 décembre 1890 – Temple Ewell [Comté de Kent, Angleterre], 7 mars 1967), fille de Corentin Touz et Jeanne Marie Diner

D’où Gildas Jaffrenou (Carhaix, 13 novembre 1908 – Vannes, 1er août 2000)

Mort à Bergerac le 23 mars 1956

Jaffrenou 1s

Selon lui c’est en 1898 que René Prud'homme [1], imprimeur libraire à Saint-Brieuc, publie les premières Karten-Bost. Ces cartes, de la même couleur que les cartes timbrées des Postes, n’ont eu qu'un succès relatif car elles n’étaient ni bon marché, ni d’un intérêt suffisant pour les collectionneurs.

[1] Il succède à son frère et à son père et dirige l’imprimerie Prud’homme à partir de 1890 (Archives Nationales F18 1897) . La famille Prud’homme possède déjà une fabrique de papier. La spécialité traditionnelle de l’imprimerie consiste en la publication d’ouvrages religieux et d’histoire régionale.

René Aimé Louis Prud'homme

Imprimeur-lithographe breveté, libraire

signature P-1

Né à Saint-Brieuc le 20 juillet 1863, fils Louis Julien Prud’homme (Saint-Brieuc, 7 août 1803 – 6 décembre 1879), imprimeur-libraire, et Adèle Suzanne Bonamy (Saint-Brieuc, 7 juillet 1820 – après 1888), mariés le 16 janvier 1843 à Saint-Brieuc

Marié à Saint-Brieuc le 7 septembre 1888 avec Elisabeth Marie Rosalie Kersanté (Brest, 17 novembre 1866 - ?), fille de Casimir François Kersanté (Ereac, 4 avril 1824- ?), contrôleur des contributions directes, et Marie Louise Grégoire de Guermarquer (Lannion 6 décembre 1828 – Saint-Brieuc, 27 janvier 1902)

D’où

1°) René Marie Paul Casimir Ludovic Prud’homme (Saint-Brieuc, 29 juin 1889 – 19 avril 1894)

2°) Elisabeth Marie Anne Prud’homme (Saint-Brieuc, 10 juillet 1890 – Braine, 9 décembre 1966), mariée à Saint-Brieuc le 7 mai 1913 avec Jacques Marie Louis Magrin

3°) Yvonne Marie Prud’homme (Saint-Brieuc, 22 mai 1891 – 2 novembre 1976), mariée le 2 janvier 1925 avec Albert Joseph Marie Le Guyader Desprées (23 juillet 1884 – 17 juin 1947)

4°) Louis Julien Marie Prud’homme (Saint-Brieuc, 8 juillet 1893 - ?)

5°) René Louis Prud’homme (Saint-Brieuc, 27 août 1894 – Plourhan, 4 novembre 1972), marié au Mans, le 6 octobre 1920 avec Germaine Emilienne Badereau

6°) Paul Marie Ludovic Prud’homme (8 septembre 1895 - ?), jésuite

7°) Marie Thérèse Prud’homme (Saint-Brieuc, 16 octobre 1896 - ?)

8°) Jean Marie Louis Prud’homme (Saint-Brieuc, 11 février 1898 – ?)

9°) Anne Marie Louise Prud’homme (Saint-Brieuc, 16 juin 1899 – 25 janvier 1877)

10°) François Marie Prud’homme (Saint-Brieuc, 2 juillet 1901 – 7 janvier 1983)

11°) Armand Marie Paul Prud’homme (Saint-Brieuc, 18 juillet 1903 – 11 octobre 1980), marié à Saint-Brieuc le 2 février 1926 avec Antoinette Marie Henriette Saint Gal de Pons

12°) Magdeleine Marie Prud’homme (Saint-Brieuc, 29 mai 1905 – 28 janvier 1984)

Mort à Saint-Brieuc le 7 décembre 1924.

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Yves Le Moal, dit « Dir-na-dor » s'avisa de les illustrer à sa façon. Il peignit au verso de petites scènes rustiques, ajouta sur chacune un air breton, avec paroles, et les armes d'une ville de Bretagne. En tant que directeur publication de l’hebdomadaire Kroaz ar Vretoned, il crée sa publicité.

Yves Marie Charles Le Moal dit Erwan ar Moal, dit Dir-na-dor

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Dirnador

Séminariste, enseignant, écrivain

Signature Le moal

Né à Coadout le 9 février 1874, fils de Louis Marie Le Moal (Boubriac, 8 août 1835 - 1879), cultivateur et de Marguerite Auffet (Coadout, 25 août 1840 - Coadout, 15 janvier 1904), ménagère, mariés le 18 septembre 1871 à Coadout

Mort à Coadout le 14 février 1957

La Bretagne, terre classique des cartes-postales illustrées

Presqu'à la même époque, Émile Hamonic, photographe à Moncontour qui vient de s’installer à Saint-Brieuc, publie des cartes postales marquées « Karten-Bost » avec des photographies des écrivains et poètes bretons contemporains. D’après Jaffrenou, « l'idée, ici encore, était entièrement neuve et originale ».

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Émile Eugène Louis Hamonic

Marchand, photographe

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Né à Moncontour le 25 août 1861, fils d’Émile François Marie Hamonic (Moncontour, 31 mai 1833 – 16 mai 1881) marchand quincailler, et Aimée Julie Eugénie Duret (Rennes, 11 janvier 1839 - ?), mariés à Rennes le 3 octobre 1860

Marié avec Marie Françoise Raineval (Saint-Brieuc, 1874 – 1952)

D’où

1°) Émilienne Hamonic (Saint-Brieuc, 1895 – 1924)

2°) Emma Hamonic (Saint-Brieuc 1901 – Saint-Etienne de Montluc 1975)

3°) Denise Hamonic (Saint-Brieuc, 1903 – Asnières, 1975)

4°) Amaury Émile Henri Maxime Hamonic (Saint-Brieuc, 9 avril 1905 – 24 mars 1993)

5°) Micheline (Saint-Brieuc 1910 – Bougival, 2004)

Mort à Saint-Brieuc, le 20 octobre 1943

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Les premières cartes éditées par Hamonic, furent celles de Botrel et de Taldir en costumes bretons. Elles s'épuisèrent rapidement et Hamonic fut obligé de les rééditer.

7 EH Botrel s

7 s

17 Jaffrenou s

Botrel s

Suivirent, dans l'ordre approximatif de leur publication, des cartes postales de Charles Le Goffic, Anatole Le Braz, Pierre Laurent (en costume de Vannes), Léon Durocher (en costume de Plougastel), Pierre Ogé, Alfred Lajat (en costume de Cornouailles), Bourgault-Ducoudray.

3 Le Goffic s

Le Braz s

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13 lajat s

Vinrent ensuite Charles Bernard, Louis Tiercelin, Jos Parker, Frédéric Le Guyader, Armand Dayot, Jean Le Fustec, etc. A ces photographies, Hamonic eut l’idée d'ajouter une reproduction de l'écriture du personnage. Il existe plusieurs rééditions.

4 Bourgault Ducoudray s

9 Collin s

15 Jos Parker s-1

10 Tiercelin s-1

11 le fustec s

12 Guillou s

15 Charles Bernard s

17 2 Jaffrenou s

20 Deyrolle s-1

21 de Goureuff s

22 Ropartz s

23 Béliard s

24 Nibor s

25 Picquenard s-1

33 Heurtel s

Armand Dayot-1s

Le Guyader s-1

Hamonic édite ensuite des cartes reproduisant, soit des costumes, soit des paysages de Bretagne, tout cela, avec des vers français ou bretons.

En 1900, il publie une série de photographies de l'Eisteddfod celtique de Cardiff en 1899.

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Pour Jaffrenou, « il n’est donc pas que des bardes et des littérateurs s’occupant du mouvement breton, car voilà deux œuvres, celle de Le Moal et d’Hamonic, qui sortent de la vulgaire banalité, et qui ordonneront un sérieux coup de main au journal et au livre. Le Moal et Hamonic nous fourniront à nous autres, les ouvriers, le ciment nécessaire, le mortier qui unifiera et solidarisera les multiples éléments de nos travaux divers. Un mouvement si nettement tracé ne peut pas ne pas réussir »[1].

[1] « Politique nouvelle », in Ouest-Éclair, 19 décembre 1900, p. 1.


Avec Alexandre Le Goaziou, Jaffrenou fonde le 1er août 1904 l’Imprimerie du Peuple rue des Carmes à Carhaix et créé un hebdomadaire bilingue français-breton Ar Bobl [2].

 

[2] journal régionaliste hebdomadaire de la Bretagne et des Bretons émigrés ["puis" organe des intérêts économiques du centre de la Bretagne : régionaliste, agricole, social, littéraire, d'informations et d'annonces "puis" organe des intérêts particuliers de la Bretagne "puis" journal des paysans et des intérêts particuliers de la Bretagne]. – 24 sept. 1904-4 janv. 1908 (1ère - 5ème année, n° 1-171). 11 avr. 1908-1er août 1914 (5ème – 11ème année, n° 172-502) – Carhaix : [s.n.], 1904-1914. – n° ; 60 x 45 puis 53 x 38 puis 57 x 41 cm. Le 1er septembre 1906, l’imprimerie déménage 14 avenue de la Gare à Carhaix. En novembre de la même année, Alexandre Le Goaziou, appelé à faire son service militaire, cède ses droits dans la société à Jaffrenou. Ce dernier vend l’imprimerie en 1918 à Pierre Le Troadec.

Imprimerie C1

1904

7 oct 1907 p.3 cp imprimerie

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pub 1911

Dans le numéro du 5 novembre 1904, il signe l’article « La Bretagne, terre classique des cartes postales illustrée » où il annonce : « nous sommes heureux d’annoncer que notre compatriote et ami M. Emile Hamonic, a obtenu un premier prix, médaille d’argent, au concours de cartes-postales illustrées organisé à Paris par la Fédération philatélique de France. Cette distinction est d’autant plus appréciable, que le jury était composé d’artistes renommés. Les jours derniers encore, la revue le Figaro illustré publiait un très riche numéro spécial, où des spécimens de la belle collection de cartes bretonnes de M. Hamonic figurent au premier rang, avec des appréciations très flatteuses. On y encourage spécialement le lancement des cartes en couleurs, aquarelles fort jolies que notre ami a commencé avec la précieuse collaboration de l’artiste distingué qu’est M. P. de Frick [1]. Cette publication a fait œuvre décentralisatrice en constatant dans cette manifestation artistique la supériorité incontestable des éditeurs de province sur les éditeurs parisiens. Nous rappelons à nos lecteurs qu’un autre titre de gloire, pour M. Hamonic, est qu’il a été le premier éditeur de cartes postales de sujets bretons à rédiger en breton le recto des dites cartes. La Karten Bost a été lancée par lui, ceci dit sans atténuer en rien le mérite de notre ami M. Villard, de Quimper, qui lui aussi a adopté cette appellation »[2].

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[1] Paul Louis Victor de Frick, né Paul Louis Victor Mac Laughlin Comte de Frick

Artiste peintre

Né à Paris le 8 août 1863, fils de John Francis Mac Laughlin (Baltimore, vers 1830 – avant 1885), marin, et Clémence Marie Françoise Gascoin(g) (Paris, 7 juin 1836 – Veulettes-sur-Mer, 4 juillet 1901), rentière

Mort à Neuilly-sur-Seine le 15 juin 1935.


frick

[2] Ar Bobl, 5 novembre 1904, p. 1.

Jaffrenou et la vulgarisation des idées en Bretagne

L’intérêt de Jaffrenou pour la carte postale en breton comme outil de propagande perdure. D’après une publicité du 26 décembre 1908, son imprimerie vend une collection de 12 cartes postales pour 0.50 francs composée de quatre portraits (l’archi-druide Dyfed, le barde Taldir, la barde Lajat et le barde Telen-Aour) et de vue des assemblées du Gorsedd à Saint-Brieuc (1906), à Gouarec (1907) et à Brest (1908). Il est probable que cette collection ait été composée à partir de la collection d’Émile Hamonic.

Dyfed s

Jaffrenou s

Lajat s

Telen-Aour s

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Le 3 juillet 1909, l’imprimerie met en vente plusieurs types de cartes postales bretonnes sur les bardes, les cérémonies druidiques et les mégalithes de Bretagne. Le 6 novembre de la même année, Ar Bobl propose à ses lecteurs et à ses abonnés « un coquet Album format bibliothèque, contenant 100 cartes postales assorties de Bretagne (costumes, vues, personnages, cérémonies, monuments) »[1].

Le 18 novembre 1912, lors du banquet du Fureteur Breton, revue dirigée depuis 1910 par Léon Durocher, « un spirituel menu de l’artiste Jacques Pohier, représentait quelques « académiciens » dans l’exercice de leurs fonctions. (Le Goffic fumant une énorme pipe, Le Fur portant un clystère, Taldir un heaume d’acier et une harpe, de Gourcuff en train de poser des plaques, l’Estourbeillon coiffé d’une couronne ducale et tenant en main son « braquemard » etc.) Sur le derrière d’un magnifique Fureteur (un cochon) apparait le faciès ricanant du patron Durocher. Ce menu eut un franc succès d’hilarité »[2]


[1] Ar Bobl, 6 novembre 1909, p. 3.

[2]Ar Bobl, 30 novembre 1912 p. 3.

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Jacques Louis Pohier

Docteur en droit, homme de lettre, artiste

Président de la section des Beaux-Arts de l’Union Régionaliste de Bretagne

Né à Ancenis le 12 décembre 1871, fils de Jules Constant Pohier (Ancenis, 18 octobre 1834 – 5 mars 1887) et Jeanne Louise Pommier (Allier ou Haute-Vienne, vers 1845 – Ancenis, 16 décembre 1926).

Mort à Ancenis le 27 mars 1951.

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Pohier-1

Les caricatures de ce menu se retrouvent vite à la une du journal Ar Bobl [1] en plus des poèmes et de la « chronique rimée » de Pohier. Elles sont imprimées sous le titre d’« Ar Pennou Galerie Bretonne » et signées « Jac. Pohier ».


[1] Dès le numéro du 28 décembre 1912.

21 décembre 1912 académiciens 1

28 décembre 1912 académiciens 1

Une explication de ces portraits humoristiques est écrite dans le numéro du 5 avril 1913 :

« Galerie Bretonne

Nos lecteurs qui suivent tous avec un intérêt sans cesse accru, les portraits-charges de Jac. Pohier, voudront bien, pour comprendre les caractéristiques des personnages que nos légendes sont trop courtes pour développer, porter attention aux moindres détails où l’artiste a d’un seul coup de crayon entendu fixer un trait où un à-côté de la célébrité. Tout a une signification, une raison d’être. A titre d’exemple, prenons Léon Durocher, qui tient l’actualité cette semaine, et qui est trop intelligent pour se fâcher de cette… vivisection.

Léon Durocher s’est baptisé en 1899, lorsqu’il a reçu l’investiture bardique des mains de Houva Môn, à Cardiff, du nom de Kambr’ O’ Nikor. Les profanes ont vu longtemps que c’était du vieil irlandais. Il n’en est rien. Notre pince sans rire national a simplement voulu rappeler Cambronne et son mot célèbre que le breton prononce K…

Léon Durocher tient en main le drapeau breton, qu’il porte chaque année à Montfort l’Amaury. Ce drapeau est surmonté de l’Aigle Noir d’Allemagne, allusion discrète aux origines germaniques des aïeux de Kambr’.

D’ailleurs, Strabon, n’écrit-il pas que les Celtes de Gaule étaient venus, eux aussi, des forêts de Germanie ?

Léon Durocher s’appelle pentyern (chef de clan) parce qu’il a reçu en partage artistique, le comté de Montfort-l’Amaury, qui appartenait à la reine Anne. Il s’intitule ainsi Inspecteur des forêts d’Ouessant, lesquels sont encore à pousser. Mais les glands qu’il porte sur son gilet de Plougastel germeront plus tard dans l’île d’Hésus : en attendant, ils servent à alimenter les gentils petits animaux dont Durocher s’est constitué le prince lorsqu’il a assumé la direction de l’organe des chercheurs d’archives, des fouilleurs de tumuli, l’excellent Fureteur Breton (Voir le bouclier).

Durocher porte enfin à son casque à-mèche, qui est aussi de Plougastel, une fleur de chardon en guide de plumet. C’est qu’il est encore le Capitaine du Mooulin-à-sel, à Paris, et que les ânes, vous savez… Autre signe distinctif du pentyern : il n’est pas décoré.

En décomposant ainsi les portraits nos lecteurs et lectrices se réservent des surprises agréables. »[1]


[1] Ar Bobl, 5 avril 1913, p.2

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Dès leur publication les caricatures sont émises sous la forme de cartes postales avec le dos en breton [1]. En décembre 1913, « La « Galerie Bretonne » de Jac. Pohier comprend 52 portraits en 5 séries, au prix de 2 fr. la pochette, franco. Il n’est plus vendu de série dépareillée.

1ère série. – MM. De l’Estourbeillon, Le Goffic, Le Fur, Le Braz, Jaffrenou, Tiercelin, Botrel, Loth, L. Le Berre, Le Mouël, de la Guichardière, Berthou.

2ème série. – MM. Lemercier d’Erm, Vallée, Durocher, Parker, Goblet, Sébillot, Herriou, Dottin, Yan Nibor, Pierre Le Roux, L. Le Floc’h, de Carfort.

3ème série. – MM. Jean Boucher, Yves Lefebvre, Le Dantec, René Saïb, Charles Géniaux, Radiguet, Rolland, Frédéric Plessis, Yves Daniel, Guy Ropartz, Pol Diverrès, Louis COudurier.

4ème série. – MM. Maxime Maufra, Monseigneur Duchesne, Jules Heurtel, Adolphe Orain, Yves Le Stanc, Th. Poilpot, Maurice Duhamel, Auguste Bocher, Emile Gilles, Gustave Geffroy, G. Le Rumeur, Léon Dubreuil.

5ème série. – MM. Théodule Ribot, Claude Le Prat, Hippolyte Laterre, Jac. Pohier. »[2]


[1] Ar Bobl, 22 novembre 1913, p. 3.

[2] Ar Bobl, 27 décembre 1913 p. 3.

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  • 44s
  • 45 b-1s
  • 46s
  • 47 bs
  • 48s-1
  • 49s
  • 50s-1
  • 51s-1

Dans ses vœux pour 1914, Jaffrenou explique « Nous avons eu en 1913, l’extrême bonne fortune de voir le meilleur dessinateur de Bretagne, osons dire, Jac. Ohier, nous apporter, à cause de la haute estime en laquelle il tient notre œuvre, et de la communauté de sentiments qui l’unit à nous, l’appoint de son incomparable crayon. Sa « Galerie Bretonne » restera un musée que l’on visitera toujours avec plaisir. Devant le succès qui a accueilli cette « galerie », les nombreuses lettres de félicitations qu’il a reçues, et aussi, devons-nous ajouter, les lettres de reproches qu’il a encourues des « oubliés » ou de leurs amis, Jac. Pohier, qui veut contenter tout le monde, a décidé de faire mieux encore. À partir du mois de janvier, va s’ouvrir dans Ar Bobl le Théâtre du Guignol Breton. Et cette fois-là, gare ! Tout le monde y passera. Malheur aux imprudents qui ont pu prêter, ici ou là, le flanc à la satire. On leur promet qu’ils seront fustigés sans douleur sur le Théâtre Guignol d’Ar Bobl qui fera la tranquillité des parents et l’amusement des grands Enfants que nous sommes. »[1]


[1] « Notre programme en 1914 », in Ar Bobl, 20 décembre 1913, p. 1.

  • G 1 10 janvier 1914
  • G 2
  • G 3  7 février 1914
  • G 4 21 février 1914
  • G 13 11 juillet 1914
  • G6 21 mars 1914
  • G7 4 avril 1914
  • G8 18 avril 1914
  • G9 2 mai 1914
  • G10 16 mai 1914
  • G11 30 mai 1914
  • G12 13 juin 1914
  • G13 27 juin 1914
  • G14 25 juillet 1914

Le journal vente très vite la nouvelle série de caricatures de Pohier : « Après la Galerie Bretonne où les hommes de l’art, sans jeu de mot, furent lardés comme il convient, le guignol breton de Jac. Pohier, agrémenté de légendes explicatives poivre et… celte, obtient dans Ar Bobl le plus légitime succès. Le crayon de notre impayable humoriste nantais est infatigable et se propose de toucher à la plupart de nos hommes politiques »[1].

Mais le « Guignol Breton » n’est pas publié sous la forme de cartes postales, contrairement aux « Enfants Terribles de Nantes » dessinés pour le Fureteur Breton [2].


[1]Ar Bobl, 30 mai 1914, p. 3.

[2]Ar Bobl, 11 avril 1914, p. 3.

E F 3s

E F 5s

E Fs

E F 2 s

Pour citer cet article:

Chmura Sophie, « Karten-Bost » , cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne le 13 novembre 2016. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr, consulté le .