Chemins de fer et passion cartophile :

 la collection F. Fleury

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A priori, sur la plupart des cartes postales émises avant la Grande Guerre, un train est un train et un voyageur arrive comme il part d’un quai semblable aux autres quais.

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Cartes postales fantaisies émises avant la Grande Guerre, cartes en photomontage standard, distribuées dans presque toutes les villes de France par Pierre Legrand (photographe 9 rue Papillon à Paris entre 1902 et 1911) et l’éditeur E.A. de Paris.

Même si certains éditeurs régionaux prennent soin d’utiliser des clichés qui mettent en valeur les spécificités architecturales et esthétiques de chaque gare, leurs productions accordent peu de place à l’univers professionnel et technique des chemins de fer.

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Collection Artaud & Nozais de Nantes.

Or le milieu cartophile connaît une collection d’éditeurs absolument unique, composée en grande partie de séries sur les chemins de fer : la collection F. Fleury.

Bien que ces séries soient connues des collectionneurs et que le nom de leur éditeur ait une notoriété certaine [1], la vie et le travail de Fernand Fleury n’ont jamais vraiment fait l’objet d’une étude approfondie permettant de mieux comprendre tous les aspects de sa collection de cartes postales.

[1] Rigouard (J.-P.), Locomotives (1904-1930) Les photographies Fleury, Tome 1, 2 et 3, Saint-Cyr-sur-Loire, Éditions Alan Sutton, 2005-2009, 127 p., 128 p., 160 p.

Fernand Désiré Fleury (1874-1916)

Fernand Désiré Fleury est né au 22, rue des vinaigriers, dans le 10ème arrondissement de Paris, le 13 août 1874. Son père, Justin Camille Fleury (La Bassée, 10 janvier 1847 – Paris, 17 septembre 1913), ancien combattant de la Guerre 1870-1871 [1], était chapelier et sa mère, Anne Marie Victoire Aubert (Brécé, 2 février 1845 – Paris, 31 octobre 1912), cuisinière [2]. Il débute sa vie professionnelle comme sellier. Son premier contact avec le milieu ferroviaire se fait lors de son service militaire comme soldat de 2ème classe dans la 14ème section des commis et ouvriers de l’administration de novembre 1895 à septembre 1898. Les sections des commis et ouvriers d’administration (COA) faisaient partie des principaux organes d’exécutions propres à l’organisation de l’intendance en collaboration avec les officiers d’administrations et les détachements du train des équipages. Ces services étaient en charge de la boulangerie d’armée, des convois administratifs et du parc de bétail de l’armée. La 14ème section COA dépendait du 14ème corps d’armée de Lyon et de Grenoble. Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si la gare de Lyon à Paris est une des premières photographiées par Fleury en 1902.

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En janvier 1900, sa famille quitte la rue des vinaigriers pour s’installer 71, rue Saint-Maur dans le 11e arrondissement. Fernand Fleury s’établit à son compte en août de la même année au 37, rue d’Angoulême où il exerce comme représentant de commerce pour la Maison d’Émile Claude Gazay spécialisée dans la vente d’accessoires pour la photographie [3].

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Cette rencontre avec Émile Gazay introduit Fernand Fleury dans le secteur de la photographie, rencontre qui semble également avoir un lien avec l’univers des chemins de fer car le père d’Émile Gazay était facteur chef au chemin de fer de Marseille à Avignon puis entrepreneur de terrassements et de voies ferrées dans le Gard [4].

En août 1901, Fleury quitte Paris pour faire un voyage à travers la France, puis en Espagne. Il rentre sur Paris en novembre 1901 et s’installe 43 avenue de la République.

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À partir de mars 1902, il accomplit ses périodes d’exercices militaires à la 22ème section COA, section de rattachement des élèves de l’École de mécaniciens et de chauffeurs-conducteurs de machines de la manutention militaire du quai de Billy à Paris instituée en 1896 [5].

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Cette même année, il reprend le studio de photographie « Photo-Cartes » de Madame Frat 28, boulevard Poissonnière. Il y travaille seul avant de s’associer avec le photographe Baldomar.

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Fleury publie alors ses premières cartes postales numérotées dont le dos porte la mention « F. Fleury photographe ».

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Ces cartes sont toutes publiées en 1903 dans la série « Tout Paris » quand il devient gérant-concessionnaire pour Paris et ses environs de la Marque au Trèfle de Charles Collas et Compagnie éditeur à Cognac (Charente).

Collas

La société « Cognac – Ch. Collas et Cie, place de la Sous-Préfecture – phototypie d’art et d’industrie » de Charles Edmond Collas (Suresnes, 15 janvier 1966 – Paris, 23 mai 1947) applique tous les procédés photomécaniques à la photographie. En juin 1902, Charles Collas dépose au Greffe du Tribunal de Commerce de Cognac quatre dessins de trèfles à dimensions normales pour « servir de marque pour être apposé sur des cartes postales illustrées de leur fabrication dont ils se réservent la vente, tant en France qu’à l’étranger » [6], dont le fameux trèfle à trois feuilles comportant les initiales CC & CC (Charles Collas & Compagnie, Cognac).

Collas 1

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Charles Collas ne souhaite pas éditer des cartes postales seulement pour la correspondance, mais désire que sa marque soit « la plus appréciée des collectionneurs et échangistes ».

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Lors du Salon des arts lithographiques et de la carte postale illustrée de 1904 [7], le jury décerne à tous les gérants de sa société « une médaille de vermeil, justifiée tant par le goût parfait avec lequel ils ont présenté leurs diverses séries que pour la valeur même de ces séries » [8]. D’après la presse, la maison F. Fleury et Compagnie « a été une des premières à éditer la carte postale en phototypie, et elle est arrivée à imiter le tirage au bromure, ce qui est un véritable tour de force. Dans son installation de premier ordre, à tous les points de vue, on remarque surtout le choix parfait et la variété des fantaisies. Leurs vitrines sont à classer parmi les choses les plus intéressantes du salon » [9].

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La qualité du travail de Fleury est de nouveau récompensée en 1906 : il reçoit un diplôme lors de l’exposition des arts et industries de la photographie, organisée au Grand-Palais des Champs-Élysées par le Congrès des photographes professionnels de 1904 [10].

1906

1906 dos

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[1] Entre fin 1910 et 1911, Fleury édite une série de cartes postales sur le siège de Paris et les batailles de 1870. Son père reçoit en 1911 sa médaille d’ancien combattant.

[2] Le 18 septembre 1913, la presse parisienne parle du suicide du père de Fernand Fleury qui s’est pendu à une croix de la 28ème division du Cimetière du Père-Lachaise. Le Gaulois, 18 septembre 1913, p.2 ; Le Petit Journal, 18 septembre 1913, p.2 ; La Lanterne, 18 septembre 1913, p.3 ; Le Figaro, 18 septembre 1918, p.4. Sa mort fait suite à celle de son épouse survenue le 31 octobre 1912.

[3] Annuaire du commerce et de l’industrie photographiques, 1902, p. 307.

[4] François Claude Gazay (Manduel, 3 mars 1817 – Alès, 28 novembre 1882). Le frère d’Émile Gazay, Pierre Augustin Gazay (Saint-Chamas, 31 août 1850 – Montpellier, 26 mai 1930) était officier d’administration principal du génie à l’établissement central du matériel de guerre du génie.

[5] « Instruction ministérielle sur le fonctionnement de l’École de mécaniciens et de chauffeurs-conducteurs de machines, institué à la manutention militaire de Paris pour les militaires des sections de commis et ouvriers d’administration », in Journal militaire, Paris, 3 janvier 1896, p.165-168. L’école avait « pour but de confirmer les aptitudes des jeunes gens de ces professions fournis par les contingents annuels et incorporés directement dans les sections de commis et ouvriers militaires d’administration, et de mettre ces militaires en état d’exécuter convenablement leur service dans les places du territoire où ils seront ensuite employés », in La Lanterne : journal politique quotidien, 17 janvier 1896, p. 3.

[6] Archives de la Charente, fonds 6U.

[7] En 1904, le salon fait sensation. Comme l’explique le quotidien Le Journal, « pour la première fois, la carte postale illustrée, dont les progrès ont été si rapides et qui est aujourd’hui partout en faveur, fait l’objet d’une exposition d’ensemble, d’un véritable Salon varié à l’infini » in Le Journal, 16 avril 1904, p.2 ; « en dehors de tous ces attraits, M. V. Morlot en a encore trouvé un autre. Pour que cette première fête de la carte postale illustrée fût complète, il a eu l’idée d’un concours qui s’ouvrira le 23 de ce mois, entre tous les collectionneurs. Ce concours comprendra tous les genres : vues de monuments, costumes, paysages, actualités, politique, fantaisies, portraits d’artistes, etc… Des prix, diplômes, médailles d’or seront décernés à celles des collections qui, dans chaque genre, seront les mieux présentées, les mieux ordonnées, les plus nombreuses et les plus artistiques. Les concurrents ne manqueront pas ; ils sont aujourd’hui légion, ceux que passionne la carte postale illustrée » in Le journal 21 avril 1904, p. 2.

[8] Le Journal, 1er mai 1904, p. 2

[9] Le Journal, 1er mai 1904, p. 2

[10] Cette exposition était due à la Chambre syndicales française de la Photographie, aidée dans son initiative par la Chambre syndical des fabricants et négociants de la Photographie, la Chambre syndicale des Photograveurs et la Chambre syndicale des éditeurs de cartes postales illustrées.

La collection ferroviaire de Fernand Fleury

Dès 1902, Fernand Fleury s’intéresse aux gares et infrastructures ferroviaires de Paris et de ses banlieues. Outre ses premiers clichés, la série « Tout Paris », émise dès 1903, présente près de 250 cartes sur le réseau ferroviaire intra-muros, c’est-à-dire les sept gares grandes lignes, Saint-Lazare, Nord, Est, Lyon, Austerlitz, Montparnasse et Orsay,

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les petites gares parisiennes au trafic plus réduit au départ de La Bastille, Invalides et Denfert-Rochereau,

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ainsi que la Petite-Ceinture qui représente à elle-seule 110 cartes postales.

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Les vues de façades extérieures sont les plus courantes, comme dans beaucoup de collections consacrées aux villes, mais Fleury se distingue en offrant des vues intérieures et côté voies. Cette particularité se retrouve dans une cinquantaine de clichés de sa série sur les inondations de 1910 sur le métropolitain, les gares d'Austerlitz, Saint-Lazare, Lyon, Champs-de-Mars et la ligne des Invalides.

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Le nombre de cartes dédiées au métropolitain dépasse les 330 unités, elles sont pour la plupart intégrées à la série « Tout Paris ».

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Fleury s’est également intéressé au réseau des tramways et des funiculaires, particulièrement ceux de banlieue, pour lequel il existe une quarantaine de clichés.

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Près de 600 autres cartes sont illustrées par les gares, ponts, viaducs, dépôts et tunnels de la banlieue parisienne.

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Au moment du Salon de 1904, une grande partie de la notoriété de Fleury repose surtout sur une série de 174 cartes illustrées « Les Locomotives » marquées du trèfle CC & CC, de l'écusson de la ville de Paris, de la mention « Collection F. Fleury » et une légende, le tout imprimé en rouge [1]. Il existe au moins cinq variantes de cette série émises entre 1903 et 1905 :

  • les deux premières ont une typographie différente pour le mot « carte-postale » au dos ;

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  • la troisième précise entre parenthèse le réseau ;

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  • la quatrième est numérotée ;

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  • la cinquième n’a plus l’écusson de la ville de Paris et les cartes des locomotives des pays autre que la France sont instituées en série « les locomotives étrangères » ;

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  • alors que sur la sixième, le trèfle de Collas et « Collection F. Fleury » sont inscrits en noir au dos de la carte, accompagnés d’informations sur les caractéristiques techniques de la locomotive de l’illustration.

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La série présente aussi bien des machines françaises que des machines étrangères, mais c’est bien la locomotive française qui est l’objet principal de cette série, le but étant de montrer que « comparée […] aux machines similaires [des] concurrents européens, la locomotive française ne le cède à aucune et l’emporte sur la plupart. Mieux que toute autre, […] elle réunit, dans certains de ses types, les qualités de puissance, de consommation modérée en charbon et de rapidité que réclame l’exploitation actuelle des chemins de fer ; par le choix scrupuleux des matières et leur mise en œuvre irréprochable, elle offre la pleine certitude d’un bon et sûr usage » [2]. Globalement la série rend compte des transformations ininterrompues de cet instrument de transport. Les cartes postales sont émises au moment où l’industrie française veut marquer sa prééminence sur ses concurrents anglais et allemand [3].

Les clichés ne sont pas tous de Fleury qui fait déjà appel à des photographes professionnels ou amateurs. Par exemple, des clichés des locomotives du réseau de l’État sont fournis par François Georges Dando (Dax, 9 février 1862 - ?), photographe professionnel qui s’est établi à Loudun avec son épouse Marie Constance Léontine Berry (Saint-Savin, 14 mars 1864 - ?) entre 1897 et 1901. Ils éditent des cartes postales sous le nom de Dando-Berry [4].

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Le succès de cette série a été quasi immédiat. Depuis que les premières gravures coloriées, anglaises ou françaises, les épinals et les affiches concernant les chemins de fer ont suscité l’intérêt des visiteurs de la centennale des voyages et du tourisme en novembre 1900, il existe une demande iconographique sur l’histoire des voyages et les moyens de locomotion [5].

Vers la fin de l’année 1905, une nouvelle série de 350 types de locomotives est émise [6] : elle est toujours publiée avec le texte en rouge, sans l’écusson de la ville de Paris et le trèfle de Collas est entouré des deux F majuscules de Fernand Fleury.

Catalogue

Les cartes ont pour la plupart au dos, à la place de la correspondance, des informations sur les caractéristiques techniques des machines. Les cartes sont alors imprimées de manière à être de vraies pièces de collectionneur en fournissant le maximum d’indications techniques sur la locomotive présentée, son type, son nom, sa date et son lieu de construction, ses cotes, poids et description type. Toutes les cartes sont numérotées. Plusieurs versions sont émises entre 1905 et 1908 :

  • la première ne donne pas dans le titre de précision sur le réseau ;

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  • la deuxième version a une typographie différente au dos pour le mot « carte postale » et précise en majuscule le nom du réseau, avec au dos « Collection F. Fleury » ;

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  • la troisième donne des indications techniques ;

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  • la quatrième version donne entre parenthèses le nom du réseau, avec au dos « Collection F. Fleury – Paris- reproduction interdite »,

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à noter que la fin de cette quatrième version de la série est dédiée aux locomotives étrangères ;

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  • la cinquième a une nouvelle légende « Les locomotives Françaises » avec nom du réseau, avec au dos « Collection F. Fleury – Paris- reproduction interdite ».

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Comme pour la première série, Fleury fait appel à des photographes amateurs, dont Pol Gillet (Saint-Dizier, 19 mai 1887 – Sainte-Savine, 18 juillet 1942). Sur la grande majorité des clichés des locomotives, la machine est l’objet principal de l’image mais Gillet, prend soin de faire poser les conducteurs et les machinistes. Il photographie les locomotives des lignes du réseau de l’Est, surtout celles qui passent par la Gare de Saint-Dizier, lignes particulièrement importantes au point de vue du trafic [7]. Ses clichés sont un emblème des rapports homme-machine : les hommes y figurent en raison de leur personne, de leur situation. Gillet, employé des chemins de fer de l’Est ne photographie pas ses collègues seulement par suite d’un intérêt proprement photographique porté à l’objet ou à l’instrument de leur travail. Aucun élément ne fait référence à la pénibilité du travail, Gillet met en valeur la fierté de travailler sur les réseaux ferroviaires et sur des machines à la pointe.

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Il fournit des clichés à Fleury à partir de 1907-1908, mais également à son beau-père Charles Paul Alexandre Gauthier (Saint-Dizier, 19 février 1864 – 14 février 1938),libraire-éditeur à Saint-Dizier, et à la maison Le Deley (E.L.D.) de Paris.

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Outre la fascination des collectionneurs pour « les " grandes coureuses " des Compagnies du Nord, du Paris-Lyon-Méditerranée, de l’Orléans, [qui] trainant des trains lourds, réalisent, à plein poumons, des vitesses, qui vont jusqu’à 120 à 125 kilomètres à l’heure », l’intérêt se porte sur « la personnalité du mécanicien de locomotive à grande vitesse et celle de son chauffeur [qui] sont, plus que jamais, dans ces conditions, impressionnantes et intéressantes » [8].

En 1908, toutes les séries Fleury autres que celles dédiées au chemin de fer ne sont plus imprimées à l’encre rouge mais seulement en noir. 1908 est une année difficile pour les grands éditeurs, dont Charles Collas, car l’industrie de la carte postale française connaît une crise importante liée, selon Alcide Bréger, président de la chambre syndicale des éditeurs de cartes postales illustrées, à la surproduction de cartes de mauvaises qualités et aux taxes postales [9].

En 1910, Fleury devient indépendant de la Société de Charles Collas. Le trèfle CC & CC disparaît de sa production [10] pour laisser place à son propre logo : deux F majuscules surmontant une barre et le nom de Paris.

L’année 1910 est marquée par les grandes grèves des chemins de fer d’octobre. Entre octobre 1910 et début 1911, Fleury édite 25 clichés de la grève des cheminots de l’Ouest-État et du Nord. Certains clichés sont imprimés avec une pièce de 5 francs et le slogan « c’est la thune qu’ils auront » ou « C'est la thune qu'il nous faut ! » [11] marquant la différence entre Fleury qui se place en soutien et les autres éditeurs de cartes postales (Le Deley ou Alphonse Taride) dont l’intérêt est purement informatif et commercial.

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Malgré la crise qui oblige Fleury à reprendre des activités de photographe indépendant [12], la maison Fleury a réussi à faire de ses cartes postales sur les locomotives des objets de collection prisés. Il imprime une troisième série et publie des clichés des dernières machines mises en place sur les grands réseaux.

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Une publicité en 1914 annonce « 1200 numéros depuis Stephenson à nos jours » et que les cartes postales sont « éditées sous le haut patronnage de M.Mrs les ingénieurs en chef des Chemins de fer français et Étrangers » [13].

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Pol Gillet photographie toujours les locomotives du réseau de l’Est.

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Apparaissent les clichés d’E. Chavin de Verneuil-l’Étang

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et d’Henri Fohanno qui se focalise sur les locomotives.

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Il existe au minimum trois versions des séries « Les locomotives », « les locomotives françaises » et « les locomotives étrangères » : la première éditée en rouge, la deuxième et la troisième en noir avec deux types de typographies différentes pour le titre. Au dos les cartes présentent toujours une légende technique détaillée de la locomotive photographiée et la référence « Collection F. Fleury, Photographe-Imprimeur-Editeur, 43, Av. de la République, Paris XIe – Reproduction interdite » ou « Col. F. Fleury, 43, Avenue de la République, Paris. Reprod. Interd. ».

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Une série titrée « Les chemins de Fer Français » est composée de 110 clichés dont la plupart sont de Logan qui photographie les trains dans leur course.

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Simultanément, des clichés des séries « Tout Paris », et des deux premières séries « Les locomotives » sont édités avec quelques nouveaux clichés dans une série limitée dite « L ». Cette série se compose essentiellement de trains en mouvement comme la série des chemins de fer français. Certaines prises de vue sont de Louis Frazat.

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[1] Au total, 15 cartes sur le réseau de l’État, 28 cartes sur le réseau de l’Est, 32 pour celui de l’Ouest, 36 pour le Nord, 5 pour la ceinture parisienne, 23 sur la ligne Paris-Orléans (P.O.) et 24 sur la ligne de Paris à Lyon et à la Méditerranée (P.L.M).

[2] Journal officiel de la République française, 17 mars 1902, p. 1994.

[3] Il est possible de faire un parallèle avec les attentions et l’esprit qui ont conduit à la création de la série d’aquarelles sur les chemins de fer exposée lors de l’Exposition Universelle de 1900 (Journal officiel de la République française, 19 juin 1900, p. 3923-3926).

[4] Il existe de nombreuses cartes postales Dando-Berry de la Vienne et en quantité moindredes Deux-Sèvres, de l’Indre-et-Loire, du Maine-et-Loire, de la Charente-Inférieure de la Gironde et de la Dordogne. Dando photographie également des sites spécifiques comme l’École des Trois-Croix à Rennes. Le frère de François Dando, Alfred (Mortain, 13 décembre 1877 - ?), photographe à Blaye, publie également des clichés des gares et des tramways de Gironde.

[5] « La centennale des voyages », in Le Figaro, 6 novembre 1900, p.3.

[6] N.B. : en 1906, la série « Tout Paris et Environs » dénombre 7000 vues, en 1908, elle compte 10 000 numéros et en 1909, déjà 17 500.

[7] Ligne Vitry-le-François et Blesme à Chaumont, empruntée par les grands express de Calais à Bâle et de Lille à Dijon ; ligne de Saint-Dizier à Revigny et Bar-le-Duc qui emprunte la grande ligne de Nancy ; ligne de Saint-Dizier à Troyes et Sens-Lyon ; ligne de Saint-Dizier à Wassy et Doulevant-le-Château.

[8] « La Locomotive », in Actualités scientifiques, 1905, p. 129-135.

[9] « Une crise inattendue. La carte illustrée tombe en défaveur », in Le Petit Parisien, 31 août 1908, p. 2. ; « Propos d’actualité. La crise de la Carte illustrée », in Le Petit Journal, 28 juin 1909, p.1.

[10] La société de Collas semble subir de plein fouet la crise et il faut attendre le 12 décembre 1914 pour que Frédéric Gonzalez, lithographe, associé gérant pour Ch. Collas et Cie imprimeurs lithographes, dépose de nouveau le trèfle CC & CC. Le Journal des papetiers en gros et en détail, des imprimeurs et des libraires, des relieurs et des cartonniers, Paris, s.n., 1er janvier 1914, p. 23 annonce officiellement la formation de la nouvelle société en commandite Ch. Collas et Cie, imprimerie lithographique, 100 rue Pons à Cognac dans son numéro de janvier 1914 (durée 10 ans, capital 90 000 Fr.),

[11] Les grévistes chantaient « c’est la thune qu’il nous faut » sur l’air de la chanson « c’est à boire qu’il nous faut ».

[12] Fernand Fleury fait des photos au parc d’attraction Magic-City. Il donne pour adresse professionnelle l’adresse de l’éditeur J. Kuhn 220-222 rue de Rivoli, dépôt légal des éditeurs de France et de l’étranger.

[13] In La Machine Moderne, journal mensuel, juillet 1914, p.32.

La notoriété de la collection Fleury

En novembre 1910, Fernand Fleury accomplit sa période d’exercices militaires au sein de la 2ème section territoriale des commis et ouvriers d’administration. Il y est affecté dès le 13 août 1914 pour la campagne contre l’Allemagne.

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D’après le journal de marche de sa section, le 18 août 1916, après une station à Marcelcave, le convoi de ravitaillement auquel il est attaché atteint la gare de la Flaque. Trois hommes sont tués lors d’un bombardement. Un obus incendiaire met le feu aux approvisionnements. Malgré l’attaque, Fleury reste à son poste après le départ du convoi pour terminer les opérations comptables. Il est alors blessé par l’explosion d’un obus. Il reçoit la Croix de Guerre avec étoile de bronze. Rapatrié chez lui, 43 avenue de la République,il décède le 29 septembre 1916 d’une congestion cérébrale.

Depuis son départ pour la guerre, la Maison Fleury et Cie est gérée par Jeanne Hachard (Paris, 12 août 1888- 17 novembre 1974) [1], épouse de Fernand Fleury depuis novembre 1907. Elle continue à éditer des cartes marquées « F. Fleury, photo.-Imp.-édit., Paris ». Après la mort de son époux, apparaissent des cartes « Fleury, 43, Av. République, Paris XI ».

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En 1918, elle se remarie avec Victor Albert Léon Remlinger (1894 - ?), membre de l’assurance mutuelle des agents des chemins de fer de l’Est à Paris, connu dans les années 1920 sous le nom d’Albert Remlinger-Hachard, quand il est en poste comme agent du ministère des Affaires Étrangères.

Vers 1919, est édité une quatrième série des locomotives, composée de plus de 400 clichés tirés des trois premières séries et de nouvelles photographies des machines mises en service après 1918, ainsi que des locomotives allemandes récupérées après l'Armistice,

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machines dites de « type boche »dans les série d’Alexandre Gauthier, beau-père de Pol Gillet.

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Les cartes ne forment donc pas une série cohérente, mais elles sont reconnaissables par des lettres précédent leur numéro (A pour l'Est, B pour le Nord, C pour l'Etat, D pour le Paris-Orléans, E pour le Paris-Lyon-Méditerranée, F pour le Midi et G pour l'Alsace-Lorraine). La création de cette nouvelle série, toujours sous le nom de Fleury, montre la notoriété de la collection des locomotives et l’existence d’une forte demande par les collectionneurs.

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En 1922, la presse annonce la fin de la crise de la carte postale. Une mise au point sur les tarifs postaux amorce un renouveau dans le domaine de l’édition [2]. La maison Fleury renouvelle ses séries parisiennes et édite une 5ème série sur les locomotives mises en service à partir de 1920 avec des légendes en italique.

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Vers 1930-1931, la maison Fleury est reprise par R. Hasselot qui édite sous la marque déposée « Editions d’Art Jan. F. Fleury, 43 avenue de la République, Paris XIe » une 6ème série émise en bromure.

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Après 1935, les séries des locomotives Fleury sont toujours vendues pour les collectionneurs, entre autre par JeanEdmond Henri Jacques Lucien Fournereau (Paris, 21 mai 1920 – Auray, 2 décembre 1983), constructeur mécanicien puis artisan fabricant de maquettes de trains, créateur en mars 1937 du magazine français Loco Revue.

Entre 1943 et 1946, Henri Marie Petiet (Saint-Prix, 17 août 1894 – 25 août 1980), collectionneur et fils d’ingénieur des chemins de fer du nord [3], édite près de 750 cartes postales « H.M.P., 8 rue de Tournon – Paris » consacrées aux trains et leurs locomotives avec au dos leurs diverses caractéristiques techniques dans l’esprit de la collection de Fernand Fleury. S’y retrouvent des clichés de Pol Gillet,Henri Fohanno, A. Bègue ou Lucien-Maurice Vilain.

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Grâce aux séries consacrées aux locomotives, Fernand Fleury a laissé un précieux témoignage de l’engouement de son époque pour les progrès de la locomotion ferroviaire et généralement pour le milieu des chemins de fer. Ces cartes rendent compte à la fois de l’ampleur des réseaux et des infrastructures, de la majesté des machines françaises, avec une connotation patriotique dans le ton de la Belle-époque. Les deux premières séries antérieures à 1910 accordent une place non négligeable aux hommes, qui n’apparaissent pas comme de simples rouages des locomotives. Mais surtout, il réalise la volonté de Charles Collas en érigeant des séries entières de cartes postales comme objet de collection jusqu’à devenir une référence du réseau cartophile.

[1] Centre des archives économiques et financières, B-0015705/1 : Paris, 11ème arrondissement, dossiers individuels concernant la contribution extraordinaire sur les bénéfices de guerre 1914-1918, Remlinger Jeanne (édition de cartes postales).

[2] « La renaissance de la carte postale illustrée », in Le Petit Parisien : journal quotidien du soir, p.4.

[3] Marie-André Petiet (Paris, 9 avril 1853 – Saint-Prix, 30 septembre 1903)

Pour citer cet article :

Chmura Sophie, « Chemins de fer et passion cartophile : la collection F. Fleury », cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne le 10 mars 2017. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr, consulté le .

N.B. :

Transcription et diaporama de l'intervention "Chemin de fer et passion cartophile", faite dans le cadre de l’exposition Bretagne Express (20 octobre 2016 - 27 août 2017) et des journées d'études Chemins de fer et cheminots en Bretagne, 1851-1989, 23 et 24 mars 2017, in Images, représentations et patrimoine de Rennes, mis en ligne le 25 mars 2017, http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr.