ARMAND WARON :

DU STÉRÉOTYPE BRETON À

« LA BRETAGNE PITTORESQUE »

Armand WARON

Employé de commerce, opticien, éditeur, homme politique (député-maire de Saint-Brieuc), chevalier de la Légion d’Honneur en 1933.

Né au port de Dahouët à Pléneuf-Val-André le 1er août 1868, fils de Charles Armand Waron (Saint-Malo, 19 février 1839 – avant 1891), employé des Douanes et de Stéphanie Jeanne Lucie Henriette Adam, employée de commerce (Saint-Brieuc 23 avril 1843 – 5 février 1930), mariés à Lamballe le 3 septembre 1867.

Marié 1.) le 2 avril 1891 à Paris avec Fanny Victorine Cretés (Paris, le 25 juin 1867 - ?), fille de Jean-Baptiste Auguste Cretés (Paris, 20 juillet 1836 – 12 mars 1895), gainier opticien, puis rentier, et Louise Madroux (Paris, 1833 -11 janvier 1900), rentière, mariés le 28 août 1858 à Paris.

2.) le 17 juillet 1944 à Saint-Brieuc avec Jeanne Émilie Cécile Marie Vétel (Plélan-le-Grand, 11 mai 1899- Saint-Brieuc, 14 novembre 1974), fille d’Émile François Marie Vétel (Collinée, 14 novembre 1864 - ?), maréchal des logis et Jeanne Angèle Thérèse Marie Lindeux (Plouër-sur-Rance, 23 avril 1875 - Saint-Brieuc, 16 avril 1970), mariés le 5 juillet 1898 à Plouër-sur-Rance.

Décédé à Saint-Brieucle 25 novembre 1956.

A.W.

Durant la seconde moitié des années 1890, après des débuts à Paris comme employé de commerce [1], Armand Waron s’installe comme opticien à Saint-Brieuc au 20, rue Charbonnerie et ouvre une succursale au Val-André de juillet à octobre. Il déménage vers 1906 rue Saint-Guillaume à Saint-Brieuc.

Il publie ses premières cartes postales « nuages » dès 1899 sous la mention « A. Waron, opticien-édit., St-Brieuc-Val-André ».

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En 1900, ses cartes sont éditées sous la mention « A. Waron, opticien-édit, St-Brieuc » ou «Collection A. Waron, St-Brieuc ». Elles ont un dos réservé à l’adresse qui est écrit soit en français « CARTE POSTALE/ Ce côté est exclusivement réservé à l’adresse », soit en breton « UNVANIEZ POST AR BED (Union postale Universelle) /KARTEN BOST /War an tu-ma na vez skrivet nemed an adress » comme prescrit par l’Union Régionaliste Bretonne [2].

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Ses cartes postales photographiques entières sont publiées sous la mention « A. Waron édit, St Brieuc », « A. Waron, éditeur, St-Brieuc ». Dans de très rares cas, il est possible de trouver des cartes postales « Phot. A. Waron, St-Brieuc ».

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Dès 1900, outre ses propres clichés, Waron édite ceux de confrères et élargit ainsi la zone géographique couverte par ses collections. Parmi les plus courants et les tous premiers : Amédée Robinot à Cancale, Ambroise et Augustine Lesturgeon à Dinard, Charles Torty à Paimpol ou Marie-Rose Fougère à Morlaix.

En 1902, Waron est décrit comme un « éditeur de tous sujet concernant la Bretagne. Vues de villes. Sujets Islandais. Marines. Sujets de genre. Costumes bretons. Autographes Théodore Botrel. Gros et détail. Prix spéciaux pour libraires et revendeurs » [3]. La Revue hebdomadaire de septembre 1902, dans un article sur la réception des cartes postales illustrées en France, précise que « M. Armand Waron, de Saint-Brieuc, qui s’occupe de la Bretagne, a vu son chiffre d’affaires augmenter dans des proportions qu’il est intéressant de relever : en 1899, 16 000 ; en 1900, 190 000, et en 1901, 475 000, représentant environ 500 vues, ce qui donne un tirage de 1 000 cartes par vue » [4].

Vers 1903, il édite des cartes « Collection A. WARON-St-Brieuc » dans un encadré, puis sans encadré. C’est sous cette mention que sont publiées les cartes titrées « LA BRETAGNE PITTORESQUE » sous différentes polices. Les toutes premières cartes de la série ont un dos simple réservé à l’adresse, elles datent d’avant l’arrêté du 18 novembre 1903 qui autorise les dos divisés pour la correspondance et l’adresse. Les premières cartes de la série émises après décembre 1903 portent en haut à gauche un rameau fleuri orné des initiales d’Armand Waron sous l’inscription « La Bretagne Pittoresque ».

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Dos

A.W. Pitt

[1] Il vivait avec sa mère 8, rue du Flocon (18e arr.)

[2] Voir les articles de François Jaffrenou dans le journal Ouest-Éclair de 1900.

[3] Annuaire du commerce et de l’industrie photographiques, Paris, bureaux de la Photo-revue Charles Mendel, 1902, p. 99.

[4] « Les cartes postales illustrées », in La Revue hebdomadaire, Pris, 1892, p.61.

La Bretagne Pittoresque : une culture visuelle

Les premières cartes postales de Waron, en 1899, sont avant tout des photographies de paysages caractéristiques de la Baie de Saint-Brieuc et de la côte des Côtes-du-Nord. Mais il édite tout de même une série appelée « Scènes bretonnes » qui annonce le développement de ses collections vers « La Bretagne Pittoresque ». Les « Scènes bretonnes » reproduisent des gravures dont le dessin d’origine est dû à un peintre, Olivier Perrin.

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Olivier Stanislas PERRIN

Peintre, élève de Gabriel François Doyen (Paris 20 mai 1726 – Saint-Pétersbourg 13 mars 1806 ; artiste peintre, Prix de Rome Peinture en 1748)

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Né à Rostrenen le 2 septembre 1761, fils de François Joseph Perrin (Rostrenen 19 mars 1724 - ?), procureur fiscal et notaire à Rostrenen et de Christine Bigeon (Rostrenen 26 janvier 1739 – 10 mai 1800), mariés le 5 février 1755 à Rostrenen.

Marié avec Hélène Julienne Le Baron de Boisjaffray (Saint-Sauveur Quimper, 28 octobre 1765-1853), fille de Charles Marie Le Baron de Boisjaffray (1721 – Kerfeunten Quimper, 4 avril 1785), Écuyer, Procureur à la Sénéchaussée de Quimper et Anne Renée Huo (Saint-Colomban Quimperlé, 1er novembre 1727 – Kerfeunten Quimper, 6 novembre 1786).

D’où 1.) Marie-Hélène Perrin (1800-1816)

2.) Paul Perrin (1802-1871), officier du génie, Officier de la Légion d’Honneur, marié le 2 décembre 1840 avec Antoinette Ange Désirée Rochette (1814-1874), fille de Désiré Raoul Rochette (Saint-Armand Montrond, 9 mars 1790 – Paris, 3 juillet 1854), membre de l’Académie des Beaux-Arts, archéologue.

Décédé à Quimper le 14 décembre 1832

Professeur de dessin à Quimper en 1805, il est le premier à décrire la singularité des costumes et du mode de vie des paysans bretons. Son recueil de vingt-quatre gravures publiées en quatre livraisonsen 1808, sous le nom de Galeries des mœurs, usages et costumes des Bretons de l’Armorique, ne rencontre pas d’amateurs. Le projet, très ambitieux à l’origine, devait couvrir la vie d’un paysan de sa naissance à sa mort en décrivant différent événements de sa vie, comme le mariage, et ce en 160 sujets. Perrin avait ainsi préparé 158 dessins numérotés et intitulés, aujourd’hui réunis dans un carnet conservé au musée des Arts et Traditions populaires de Paris. en 1835, trois années après sa mort, son fils Paul et Alexandre Bouët confient à Étienne Achille Réveil (1800-1851) la gravure sur acier de 120 de ses dessins. Ils les publient sous le nom La galerie bretonne ou vie des Bretons de l’Armorique, qui connaît deux nouvelles éditions en 1844 et en 1856 sous le titre Breizh Izel ou vie des Bretons de l’Armorique. Dans une critique de la réédition de 1918, Joseph Vendryes (1875-1960), professeur de langues et littératures celtiques, résume bien le leitmotiv de ces publications successives : « L’ensemble est franc et rustique. Le commentaire d’Alexandre Bouët est bien prolixe ; quoiqu’il contienne çà et là quelque détail intéressant, il ne vaut pas, à beaucoup près, le recueil des dessins de Perrin. Combien ce recueil est précieux, nous pouvons nous en rendre compte aujourd’hui où la Bretagne se transforme si vite. Les cinq années de guerre ont précipité dans les mœurs du pays une évolution déjà rapide depuis le début du siècle. La vieille Bretagne disparait ; on éprouvera toujours, à la considérer fixée par le crayon de Perrin, le regret mélancolique que laissent après elles les choses chères qui ne sont plus » [1].

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L’échec en 1808 de Perrin montre qu’il a largement anticipé la mode du goût pour les sujets paysans que la Bretagne alimentera largement et qui se développera surtout au tournant des années 1840. En effet, dès les années 1830, par le biais des voyages et de la littérature régionaliste – roman, érudition et essais régionalistes -, le mouvement romantique redécouvre les provinces et les sites. Il suscite un regain d’intérêt pour la Bretagne et en particulier l’engouement des écrivains, des peintres et des lithographes que séduisent paysages, cités, monuments et traditions. Descriptions abondantes, découvertes hasardeuses, poésie, fantasme, tout concourt à l’idée que la péninsule armoricaine offre le témoignage exemplaire de coutumes issues d’un lointain passé, coutumes dont la trace s’affaiblirait tous les jours. Ce phénomène d’attraction va s’amplifier : de nombreux artistes d’Ile-de-France se retrouvent dans des villages ou des ports de pêche. Guidés par leur goût pour la couleur locale, ils favorisent l’essor d’une iconographie pittoresque construite autour de l’identité géographique des bretons. La notion de personnalité provinciale émerge alors en associant quatre éléments : une civilisation rurale saisie surtout à travers ses signes extérieurs (costumes, coutumes, rites, superstitions, folklore), sa race, sa langue et ses paysages [2]. Tout au long du 19ème siècle, le nombre de livres et d’œuvres consacrés à la Bretagne augmente tant quantitativement que qualitativement. Et même si tous les genres sont mobilisés, la production conserve au cours du siècle une certaine cohérence. Elle favorise ainsi la diffusion de l’esthétique et des codes du paysage pittoresque. Elle constitue également le matériau de base de la littérature et de l’iconographie touristique. Le voyageur peut ainsi se nourrir de paysages et de lieux consacrés auxquels correspondent soit une anecdote ou un personnage sensé lui faire saisir l’âme, la vérité et l’essence même de la Bretagne, traits dominants des photographies qui vont composer « La Bretagne Pittoresque » d’Armand Waron.

[1] Vendryes (J.), « Breiz Izel ou Vie des Bretons dans l’Armorique, cent-vingt dessins d’Olivier Perrin, avec un texte explicatif par Alexandre Bouët (1835) et une notice sur Olivier Perrin par Alexandre Duval, de l’Académie française (1835). Nouvelle édition avec une préface et des notes par Fr. Le Guyader. Quimper, J. Salaun, 1918. WWIV-487 p. 8° 30 fr. », in Revue celtique, 1917-1919 (Volume 37), p. 393.

[2] Bertho (C.), « L’invention de la Bretagne, genèse sociale d’un stéréotype », in Actes de la recherche en sciences sociales, vol.35, novembre 1980, L’identité, p. 45-62.

Pour citer cet article:

Chmura Sophie, «Armand Waron: du stéréotype breton à "La Bretagne Pittoresque"», cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne les 25 juin 2015, 24 août 2015, http://cartes-postales35.monsite-orange.fr