Alfred Guillemot :

l' éditeur des cartes postales

« A.G. » de Rennes

« A.W. », Armand Waron ; « E. M.-R. », Edmond Mary-Rousselière ;« W.L. », Warnet-Lefèvre ; … les éditeurs de cartes postales se cachent derrière leurs initiales ! À Rennes, Alfred Guillemot est sans doute parmi les tous premiers négociants à faire confiance au medium photographique et à ses dérivés, avant de devenir lui-même éditeur des cartes postales « A.G. ».

N.B.: L'accès à ces pages est libre et gratuit, mais les règles qui régissent l'édition concernant le droit de citation sont valables ici aussi! Les textes et les images qui lui sont empruntés devraient être suivis de la mention Chmura Sophie, « Alfred Guillemot l'éditeur des cartes postales "A.G." de Rennes », in cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne le 15 octobre 2017, http://cartes-postales35.monsite-orange.fr, consulté le .

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« A.G. » pour Alfred Guillemot, propriétaire du Grand Bazar parisien Nouvelles Galeries de Rennes

Paul Alfred Alexandre GUILLEMOT (1861-1909)

dit Alfred Guillemot

Négociant

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Dessin d'après la photographie d'Alfred Guillemot remise par sa famille pour la visite virtuelle du cimetière du nord.

Né le 7 mars 1861 à Clamecy, fils d’Étienne Victor Guillemot, horticulteur-pépiniériste (Clamecy, 3 février 1837 – 26 octobre 1876) et de Julie Bertrand, sans profession (Auxerre, 12 avril 1841 -Pléneuf Val-André, 3 août 1925), mariés à Auxerre le 15 février 1859. Julie Bertrand se remarie à Clamecy le 30 décembre 1878 avec Delphin Ferdinand Lesans (Les Baux de Breteuil, 6 novembre 1846 - ?, 31 janvier 1896), horticulteur.

Marié le 26 septembre 1892 au Consulat de France à Rotterdam (Hollande) avec Blanche Mélanie Couvreur, née le 16 juillet 1872 à Rotterdam, décédée à Paris le 12 février 1946 ; fille de Nicolas Nestor Zephyrin Couvreur (Xaronval, 19 août 1839 – Nogent-sur-Marne, 18 mars 1900) et de Pauline Demogé (Auxerre, ? - Paris, 1er février 1928);

d’où

1. Henri Alfred Jules Guillemot, né à Rennes le 3 janvier 1894, décédé à Rennes le 4 mars 1895 ;

2. Paul Arthur Guillemot, né à Rennes le 10 janvier 1895, décédé à Rennes le 13 mai 1975, marié à Paris en janvier 1930 avec Bernadette Marie Sicard (Paris 1912 - ?) ;

3. René Auguste Guillemot, né à Rennes le 15 février 1896, décédé à Quimper le 27 avril 1979, marié à Tours le 19 avril 1920 avec Madeleine Arthémise Duthoo, divorcé à Rennes le 21 février 1961 ;

4. Henriette Cécile Guillemot, née à Rennes le 8 avril 1897, décédée à Paris le 29 avril 1978, mariée à Rennes le 15 janvier 1919 avec Emmanuel Porteu De La Morandière (1891-1960) ;

5. Madeleine Thérèse Guillemot, née à Rennes le 20 août 1898, décédée à Ville d’Auray (Hauts de Seine) le 8 juillet 1982, mariée à Rennes le 1er décembre 1920 avec Joseph Édouard Ruaud, remarié à Paris le 13 décembre 1944 avec Georges Valérie Édouard Vrigny ;

6. Jean Alfred Guillemot, né à Rennes le 7 novembre 1901, décédé à Rennes le 23 janvier 1906 ;

7. Antoinette Lucie Guillemot, née à Rennes le 7 novembre 1906, décédée à Cholet (Maine-et-Loire) le 28 janvier 2003, mariée à Pléneuf (Côtes du Nord) le 3 août 1932 avec Marcel Gustave Melciore Millet, divorcée à Paris le 19 octobre 1988.

Décédé le 24 janvier 1909 à Bréal commune de Talensac.

Suite au décès de son père en 1876 et au remariage de sa mère en 1878, Paul-Alfred Guillemot quitte le 2 quai des Ponts Verts à Clamecy pour Paris[1]. En 1881, il est voyageur de commerce[2] pour son oncle Léon Demogé[3] et sa tante, née Denise Bertrand[4], négociants du « Bazar Parisien », 7 rue Rallier, anciennement rue Porte Saint-Michel, à Rennes. En 1886, il est recensé comme commis[5]. Le 27 avril 1886, Léon Demogé meurt sans disposition testamentaire autre qu’une donation au profit de son épouse aux termes d’une des clauses de leur contrat de mariage fait à Auxerre chez Maître Millot le 8 novembre 1868, laissant pour seuls et uniques héritiers, à raison de chacun un tiers, ses trois enfants[6] alors mineurs.

Comme son épouse s’avère être la propriétaire de l’immeuble situé 7 rue Rallier, elle peut s’associer avec son neveu sous la raison sociale « Madame Veuve L. Demogé et Monsieur A. Guillemot ». Les statuts de cette société sont passés devant Maître Bussy, notaire à Rennes, le 29 janvier 1887[7].

Tampon

Entête 1

En 1890, après avoir acquis sur ses deniers personnels divers immeubles jouxtant le 7 rue Rallier, la veuve Démogé fait agrandir son bazar par l’entrepreneur Poivrel[8]. Adolphe Orain explique que « dans le courant du mois de Mars 1890, les travaux considérables entrepris pour la construction des nouveaux bâtiments du « Bazar parisien », dans le haut et sur le côté occidental de la rue Rallier, nécessitèrent la démolition de plusieurs baraques entassées au fond d’une cour basse dont le sol, formé de remblais anciens, occupait une partie des vieux fossés de la ville »[9].

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Ouest-Eclair, 22 octobre 1930.

D’après les références du Centre de documentation de l’inventaire du patrimoine culturel, le « Grand Bazar Parisien » est construit sur les plans de l’architecte Théodore Aumas, plus connu sous le nom d’Henri Aumas[10], qui en présente les plans à l’Exposition des Beaux-Arts de Tours en 1892.

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AG 66 C

En 1891, Guillemot participe à la création de la Société anonyme des Grands Bazars, également appelée « Société des Grands Bazars Réunis »[11]. Il intègre le conseil d’administration, certainement sous l’impulsion des frères de feu son oncle Léon Demogé. En effet, cette Société était directement issue de la première Centrale d’Achats créée à Paris en 1861 par un homme nommé Godard, marchand forain, qui s’était fixé à Paris afin d’approvisionner par ses achats les exploitations de plusieurs collègues de province. En 1866, Napoléon Demogé (La Neuville-sous-Châtenois, 10 août 1840 - ?), négociant à Besançon, frère benjamin de Léon Demogé, succède à Godard et agrandi la Centrale d’Achats avec l’aide de son frère Justin (Aigremont, 24 décembre 1849 - ?). En 1879, la Centrale d’Achats prend pour raison sociale « Demogé Frères ». En 1881, Justin Demogé, resté seul propriétaire, fait venir pour le seconder son neveu par alliance Aristide Nicolas Canlorbe (Biscarosse, 6 août 1852 – Paris, 21 septembre 1916). Canlorbe avait épousé le 18 août 1882 à Saint-Étienne, Marie Rosalie Léontine Demogé (Milly, 1er janvier 1864 - ?), fille de Charles Demogé (La Neuville-sous-Châtenois, 25 mars 1835 – Saint- Étienne, 9 décembre 1870), propriétaire du Bazar de la ville de Saint-Étienne.

En 1884, Canlorbe succède à Justin Demogé à la tête de la Centrale d’Achats qu’il transforme en mettant en application les idées qui permettent la création de nouveaux magasins appelés « Grands Bazars ». C’est lui qui initie la création de la Société des Grands Bazars Réunis qui unit la Centrale d’Achats de Paris et les propriétaires des Grands Bazars. La société passait avec ces propriétaires un traité de dix ans, d’après lequel ces derniers s’engageaient à ne se fournir de marchandises que par son intermédiaire. La combinaison était avantageuse à la fois pour les magasins adhérents qui bénéficiaient de prix plus avantageux par suite de l’importance des achats que pouvait réaliser le groupe et pour la maison centrale qui trouvait là une source intéressante de profits. D’autre part, les promoteurs de l’entreprise participaient à la création de nouvelles maisons de vente dont ils étaient souvent les principaux commanditaires.

Paris-capital.

Paris-capital. Journal financier, 16 décembre 1891, p. 4, colonne 2.

En 1892, Guillemot épouse la nièce de Léon Demogé, Blanche Mélanie Couvreur, dont le père, Nicolas Nestor Zéphirin Couvreur, était négociant du Grand Bazar Français 199 rue Haute à Rottterdam.

Le 27 septembre 1893, Denise Bertrand vend la société « Madame Veuve L. Demogé et Monsieur A. Guillemot » à Alfred Guillemot et à Zéphirin Couvreur[12]. Les deux hommes créent la société « A. Guillemot et Couvreur »[13] en nom collectif. Le 10 octobre 1893, D. Bertrand vend à son neveu les bâtiments du Bazar Parisien qui se présente comme suit :

« Grand Bazar propriété dite Grand Bazar Parisien situé à Rennes rue Rallier N°7 et 9 et place St Michel N°10 comprenant

1er Maison principale

Une maison principale donnant sur la rue Rallier et la place St Michel ayant :

En deuxième sous sol

Une cave divisée en plusieurs parties et servant pour les marchandises, un ascenseur conduisant du deuxième sous sol aux combles de la maison

En premier sous sol

Un grand magasin servant pour la vente

Un deuxième magasin dit à ballage

Une courette au nord du premier des magasins dont on vient de parler

Un cabinet de latrine près cette courette

Une cave divisée en deux parties et servant pour les provisions de ménage

Une autre courette au sud desdits magasins et contiguë à l’hôtel de La Rivière

Au rez de chaussée

Un vestibule sur la rue Rallier. Dans ce vestibule l’escalier principal de la maison à mi volée de l’escalier conduisant du rez de chaussée au premier étage

Un autre vestibule sur la Place Saint-Michel dans ce second vestibule l’escalier de service de la propriété un grand magasin dont une partie est couverte en serre et servant pour la vente. Deux cabinets de latrines un troisième cabinet de latrines

Au 1er étage

Une galerie avec bureaux régnant au dessus du magasin du rez de chaussée et communiquant par un escalier intérieur le prolongeant jusqu’au sous sol la dite galerie servant elle-même de magasin de vente

Un magasin servant pour l’emballage et le déballage un autre magasin servant de magasin de réserve un cabinet de latrines

Une chambre se trouvant au dessus du vestibule de la rue Rallier

Au 2e étage

Un appartement comprenant douze pièces et quatre cabinets de toilette, deux hangars, un cabinet de latrines à moitié de l’escalier conduisant du premier au deuxième étage

Au 3eme étage

Un magasin dit de réserve

Un grand dortoir divisé en plusieurs parties

Un cabinet de toilette

Un cabinet de latrines

Un autre cabinet de latrines à mi volée de l’escalier conduisant du deuxième étage au troisième étage

En comble

Un grenier divisé en plusieurs parties »[14].

Outre cet ensemble, la vente comprend la Maison Laperche, place des Lices dont les pièces communiquent avec le magasin en premier sous-sol et au rez-de-chaussée, ainsi qu’avec les galeries du premier étage. Guillemot récupère également une location rue de la Poulaillerie (actuelle rue de Penhoët), dite location Oger, constituée du premier étage et du grenier d’un local alors connu sous le nom d’ancien théâtre[15], que son oncle et sa tante louaient depuis le 1er décembre 1875.

Le 28 avril 1896, Nicolas Couvreur cède sa part sociale au profit de son gendre. « A. Guillemot » appose son nom au Grand Bazar Parisien de Rennes. La même année Guillemot, acquiert diverses maisons autour du Grand Bazar Parisien[16], dont la maison du Casse-Cou, derrière le n°9 place des Lices (autrefois n°7 et plus anciennement n°33).

AG Grand Bazar itinéraire

Page de couverture provenant d'un guide contenant la marche des trains offert par le Grand Bazar Parisien, Rennes, rue Rallier, 7 et Place St Michel, 10. A.G [Alfred Guillemot]  Datation : 1896-1897.

À partir de 1897, au nom du « Grand Bazar Parisien de Rennes » s’adjoint le nom des « Nouvelles Galeries ». En effet, face à la concurrence et l’appellation de Grand Bazar ne répondant plus au type des grands magasins créés, Canlorbe et Demogé décident en 1897 de transformer la « Société des Grands Bazars Réunis » en la « Société française des grands bazars et nouvelles galeries réunis ». En 1899, le nom est simplifié en « Société française des nouvelles galeries réunies »[17].

Entête AG

GB et NG pub

Les bâtiments rue Rallier sont abandonnés en 1930 suite à l’inauguration des nouveaux magasins des Nouvelles Galeries à l’angle de la rue de Rohan et le quai Duguay-Trouin par les successeurs de Guillemot. Comme le signalait en 1928 le journal Ouest-Éclair ce n’était « un secret pour personne que, depuis de nombreuses années, les propriétaires du Bazar Parisien avaient l’intention de transporter leurs magasins de la rue Rallier en un quartier plus central. La guerre survint, il fallut attendre… »[18].

OE 22 octobre 1930

Ouest-Eclair, 22 octobre 1930.

NG

Les bâtiments de la rue Rallier n’existent plus de nos jours.

D’ailleurs, rares sont les traces qui perdurent des bâtisses qu’Alfred Guillemot a connu de son vivant. Après avoir vécu des années au 7 rue Rallier, Guillemot avait emménagé faubourg de Paris, actuelle avenue du Général Leclerc, dans un domaine dont il subsiste la maison de maître aujourd’hui surnommée la « Folie Guillemot ».

Le 11 mars 1898, Guillemot achète pour 42,000 francs à Jules Pierre François Marie Marçais (Rennes, 28 décembre 1816 –21 mars 1900 ), marchand en gros, veuf de Louise Aimée Hyacinthe Jolys (Rennes, 31 janvier 1820 – 15 décembre 1897 ), une propriété nommée La Piquetière située 78 faubourg de Paris consistant en « une maison de maître composée de rez de chaussée premier étage mansardes et grenier, une cave au dessouslatrines dans la cour communiquant avec la maison par une galerie, puits avec pompe. Un bâtiment servant de logement de jardinier comprenant cuisine salle cabinet et pièce de décharge avec écurie. Petite cour et petit jardin clos par une clairevoie sur la route, une remise à l’est de l’entrée, à la suite une vaste orangerie et une serre avec ses appareils de chauffage. Au devant de la maison principale et de l’orangerie, une cour. A l’est de la dite cour, jardin d’agrément et pelouses plantés de beaux arbres avec balcons sur la grande route. En contrebas et au sud du jardin et des pelouses, un jardin potager planté d’arbres fruitiers et d’agrément avec charmilles, s’étendant jusqu’à la rivière La Vilaine avec terrasses, un bateau sur la rivière abrité par un hangar. Un puit, un pavillon attenant à une vaste serre deux hangars.

Le tout d’une superficie d’environ quatre vingt dix ares quatre vingt quatorze centiares au cadastre de la ville de Rennes sous les numéros 415, 416, 417 de la section M. Et généralement toutes dépendances de la dite propriété avec les fleurs et plantes vertes qui s’y trouvent sans aucune autre exception ni réserve que celle-ci après indiqués.

Ne fait pas partie de la présente vente et sont au contraire expressément réservés par Monsieur Marçais douze camélias, deux cents géraniums, trente six pots de fleurs diverses et un palmier, le tout à son choix, une statue (le joueur de flute) avec son socle se trouvant sur la pelouse ; les chaises de jardin et deux cabines et tout le mobilier garnissant la propriété. »[19]

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Détail du cadastre des domaines du Prégaudais et de la Piquetière à partir du document original de la section M3 de la Piletière 1848 (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine).

Puis, le 24 décembre 1900, Guillemot acquiert auprès de Paul Louis Clément (Rennes, 25 août 1857 - ?), ancien commissaire-priseur et sa femme Berthe Félicie Marie Neveu (Laval, 26 septembre 1868 - ?), la propriété de la Prégaudais située au Tertre de Joué, au n°74 et 76 du faubourg de Paris, propriété qu’il avaient acquis en février 1900, dont Paul Banéat disait qu’elle joignait le « coté Est du chemin du Moulin de Joué, dont elle n’était séparée que par une cour verte ; une grande cour close et un portail se voyaient entre elle et la route de Paris ; un jardin à terrasses s’étendait au sud. La maison comprenait trois chambres hautes ; au sud étaient une petite serre ou orangerie, surmontée d’une galerie, et au nord, dans la grande cour, une écurie et une remise de carrosse »[20]. Selon l’acte de vente passé entre Guillemot et Clément, la propriété comprenait « 1° une maison construite en pierres et couverte en ardoises à l’angle du faubourg de Paris sur lequel elle porte le numéro soixante quatorze et du chemin du moulin de Joué, composée de trois pièces au rez de chaussée et au premier étage, mansardes au dessus Petite cour au nord est de cette maison au fond de cette cour un cellier construit en pierres et couvert en ardoises.

2° Autre maison construite en pierres et pans de bois couverte en ardoises portant le numéro soixante seize du faubourg de Paris composée de deux pièces au rez de chaussée deux pièces et un cabinet au premier étage et trois mansardes au dessus. Grande cour à l’ouest de cette maison une porte cochère et petite porte d’entrée sur le faubourg de Paris. Dans cette cour au nord : un hangar établi sur poteaux et couvert en ardoises adossé au cellier […] à l’ouest le long du chemin du Moulin de Joué un grand bâtiment construit en pierre et couvert en ardoises composé de cellier, remise et écurie avec grenier sur le tout. A la suite vers sud de ce bâtiment une maison construite en pierre et couverte en ardoises servant d’habitation au jardinier et comprenant une pièce et un cabinet au rez de chaussée, trois pièces au premier étage grenier au dessus.

Au milieu de la cour et faisant face au portail d’entrée une maison en construction, construite en pierres, au sud de cette construction, petit bâtiment construit en pierres et couvert en ardoises autrefois à usage de buanderie et comprenant une cave, une pièce et grenier au dessus.

Petit appentis au sud du petit bâtiment dont on vient de parler sous lequel se trouvent le puits et une grande auge en granit.

3° un grand jardin à la suite vers sud de la grande cour dont il a été ci-dessus question Dans ce jardin une grande serre, un hangar sur poteaux en fonte et couvert d’ardoises, une fosse morte avec siège de latrines. Les objets partis aux numéros un deux et trois qui précèdent sont partis au cadastre de la commune de Rennes sous les numéros 418, 419 S et 610/418 de la section M pour une contenance de soixante six ares soixante six centiares.

Ils sont bornés au nord par le faubourg de Paris à l’ouest par le chemin du moulin de Joué à l’est par la propriété de l’acquéreur mur mitoyen au sud par celle de Monsieur Prodhomme mur aussi mitoyen.

4° une parcelle de terrain en jardin et divisée en deux parties par une haie d’épines au bas du chemin du moulin de Joué et au bord de la rivière La Vilaine

Dans la partie ouest de la parcelle dont on vient de parler un petit bâtiment couvert en ardoises sous lequel existe un puits et un manège destiné à monter l’eau au jardin dont il a été ci-dessus question la dite parcelle de terrain est partie au cadastre sous les numéros 428 S et 610/428 section M pour une contenance de treize ares trois centiares. »[21]

Cet achat coûte 50,061 francs et 5 centimes à Guillemot, ainsi que le paiement « d’une somme égale à celle pouvant être due actuellement, à raison des travaux faits par [Paul Clément], de leurs approvisionnements et de leurs plans et projets, aux entrepreneurs, architectes et jardinier qui ont élevé la maison en construction faisant partie des bien présentement vendus et change le nivellement et l’aménagement du jardin le tout depuis que monsieur Clément a acquis a surplus des biens présentement vendus »[22], soit 11,037 francs et 25 centimes. Les travaux de cette maison de maître avaient commencé en octobre 1900. Ils avaient été dirigés par l’architecte rennais Julien Ballé (Rennes, 29 octobre 1864 – 9 février 1942) qui avait fait appel à l’entrepreneur Paul Richier (Rennes, 29 février 1864 - 21 mars 1941) de Rennes ; au couvreur Lelièvre (6 rue des Carmes à Rennes) ; à Delanneau et Traras, charpentiers (49 quai de la Prévalaye à Rennes) ; à René Bouault, pépiniériste à Rennes faubourg de Fougères. Quand Guillemot achète la Prégaudais, Ballé estime les travaux déjà entrepris à 18,270 francs.

Le domaine acheté par Guillemot, composé des acquisitions faites de Jules Marçais et Paul Clément, va porter le nom de La Piquetière. Guillemot va continuer les travaux déjà entrepris par Clément et en octobre 1901, l’entrepreneur Poivrel fait une demande d’alignement pour l’architecte Frédéric Jobbé-Duval (1846-1929). Les matrices cadastrales signalent des constructions neuves en 1907 et 1909, à savoir, la maison du jardinier, puis la conciergerie, les écuries, la remise et une chambre, constructions qui correspondent au bâtiment situé à l’angle nord-ouest et sur la longueur ouest de la parcelle. D’après le recensement de population de 1906, la famille Guillemot avait trois jardiniers, deux gouvernantes et trois domestiques.

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Moulin de Joué

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Cadastre d'après un plan de 1919.

La Piquetière, vendue le 11 octobre 1950 à l’État français, plus exactement au secrétariat de l’Enseignement Technique du Ministère de l’Éducation Nationale, comprenait « I. Maison de maître construite en pierres, couverte en ardoises, composée de sous-sol, rez-de-chaussée surélevé avec perron premier étage deuxième étage en partie mansardé et troisième étage sur partie seulement. Jardin d’hiver au pignon Est. Terrasse dans la partie Sud Est à hauteur du rez-de-chaussée, avec débarras en dessous. . Vaste cour au Nord. III. A l’Ouest de cette cour un corps de bâtiment, construit en pierres, couvert en ardoises, à usage de conciergerie remises et écurie, avec grenier au-dessus, et le logement du jardinier. IV. Au nord de la même cour un bâtiment construit en pierres et en briques, couvert en ardoises, non clos sur le devant servant de préau et garage de bicyclettes. V. A l’Est de la maison et de la cour ci-dessus jardin d’agrément et pelouses. VI. Au Sud et en contrebas de tous les bâtiments et du jardin d’agrément, jardin potager, pelouse et parc s’étendant au Sud-Est jusqu’à la rivière La Vilaine. Le tout d’un seul tenant, clos de murs figure à la matrice cadastrale de la ville de Rennes sous les numéros 415, 416, 418, 610/418, 419p de la section M ; pour une contenance de un hectare cinquante quatre ares quatre vingt treize centiares »[23].

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Photographie aérienne 1950-1965, géoportail.

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Cadastre d'après le plan du canton nord-ouest, section BL, 1970 (Archives municipales de Rennes, 1G379)

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Façade nord de la maison de maître de la Piquetière d'après une photographie de 2003. 

Façade sud de la maison de maître de la Piquetière d'après une carte postale antérieure à 1910.

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Maison de maître de la Piquetière dite "Folie Guillemot", octobre 2017.


Concernant la maison de maître, la presse rennaise du début du 20ème siècle la définissait comme un « ravissant hôtel »[24]. Le domaine de La Piquetière, « délicieuse propriété sur la route de Cesson »[25], n’était ni un parc urbain, ni une maison de campagne, mais un entre deux idéalement situé sur la route qui mène du centre-ville de Rennes à la campagne cessonnaise, un site boisé et fleuri où le décor de la maison de maître faisait écho aux jardins et au parc qui le composaient.

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Décors en terres cuites ou vernissées.

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Ferronneries.

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GRIFFON : « généralement cet animal fantastique offre dans ses contours, ses formes et ses détails, quelque chose de sévère et de léger ensemble, dont le caractère, favorable à la sculpture, s’allie heureusement avec l’architecture, et y produit un effet large et piquant. Le griffon est devenu dans l’architecture moderne, ainsi que quelques autres créations allégoriques de l’antiquité, un simple objet d’ornement auquel l’œil s’est habitué, et qui est passé en usage dans cette sorte de langage de la décoration, dont on est convenu de ne pas trop scruter ni les éléments ni les raisons », Quatremère de Quincy (A.), Dictionnaire historique d'architecture : comprenant dans son plan les notions historiques, descriptives, archéologiques, biographiques, théoriques, didactiques et pratiques de cet art, Volume 1, Librairie d'Adrien le Clere, 1832, p. 692.

Les éditions « A.G. » et la construction d’une image de la ville de Rennes

Le lundi 25 janvier 1909, la rumeur envahie la ville de Rennes : la veille, Alfred Guillemot a trouvé une mort horrible dans un accident d’automobile[26]. Il était alors surtout connu pour avoir fondé dans les principales villes de Bretagne, notamment à St-Malo, Fougères, Dinan, St-Brieuc, des succursales de sa maison de Rennes[27]. De notoriété, « sous des dehors un peu brusques, M. Guillemot cachait un cœur excellent. Il était très estimé à Rennes, et très aimé de son nombreux personnel »[28].

St Malo

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Dinard

Succursales de Saint-Malo (carte postale éditée après la mort d'Alfred Guillemot) et de Dinard.

Lors de son enterrement, les employés de la maison de Rennes et des succursales des autres villes se tenaient dans le parc de la Piquetière et, tout le long de la route qui menait à l’église Notre-Dame, ses amis les plus proches, ceux qui avaient connu les moments importants de sa vie rennaise, pour la plupart témoins de la naissance de ses enfants,tenaient les cordons du poêle : Eugène Angot ( vers, 1870 - 1942), notaire au 10 rue de Toulouse à Rennes ; Sébastien Le Moniet (1865 - ? ), professeur à l’École de Médecine de Rennes ; Ange Colombo (1868 –1920), opticien et électricien, Georges Zwingesltein (1865 - 1924), négociant tanneur et industriel au Moulin de Trublet ; Joseph Poivrel (1868 - 1934), entrepreneur de travaux publics ; et Louis Colleu (1860 - 1922), négociant en vins et spiritueux. Parmi eux, Colombo a joué un rôle particulièrement important dans la création des cartes postales « A.G. ».

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"A. Guillemot / 24 janvier / 1909 // Hommage / reconnaissant / du personnel", chapelle funéraire de la famille Guillemot, cimetière du Nord de Rennes.

Alfred Guillemot a très tôt fait confiance au medium photographique et à ses dérivés comme produits commerciaux. Pendant la Foire nationale et régionale de l'industrie du commerce et des beaux-arts de 1887, le Grand Bazar Parisien propose à la vente des carnets sous cartonnage toilé rouge décoré d’arabesques contenant douze vues lithographiées de Rennes obtenues d’après photographies. Les images étaient éditées par « Eugène Lévy & frère, Paris »[29] et imprimées par « Jacobi & Zobel » de Dresde[30]. La reliure rouge rappelle le code couleur de la reliure industrielle de la collection dédiée aux guides de voyageurs de la Bibliothèque des Chemins de fer de la Maison Hachette[31]. L’éditeur « Eugène Lévy & frère » utilisait également des reliures vertes rappelant la série traitant de l’histoire et des voyages. Le choix de l’iconographie (le Champ de Mars pendant l’exposition 1887 ;l’Église Notre-Dame ; vue des quais ; le Théâtre ; vue de l’hôtel de ville ; Palais de l’Université ; le Thabor ; la Cathédrale ; vue du Lycée ; Château de la Prévalaye, près Rennes ; le Palais de Justice ; les serres du Jardin des Plantes), correspond au choix des lieux et bâtiments mis en avant (en gras dans le texte) dans les Guides-Diamants, ouvrages moins détaillés et moins encombrants que les Guides Joanne, à savoir le Lycée, le Palais Universitaire, les Musées, l’Hôtel de Ville, le Palais de Justice, la Cathédrale, la Porte Mordelaise, Notre-Dame, le Thabor et le Château de la Prévalaye[32].

Les Guides-Diamants des années 1890 décrivent Rennes comme suit : « Rennes a conservé l’aspect sévère et froid de l’ancienne cité parlementaire. La Ville-Haute, en effet, est en grande partie moderne ; elle a été reconstruite après le grand incendie de 1720. Si les maisons furent rebâties dans un style uniforme avec un granit gris ou même noirâtre qui assombrit la ville, les places du Palais, de l’Hôtel-de-Ville et les rues avoisinantes sont dignes d’une grande cité. Mais tout autour de cette partie centrale, si régulière, se serrent et s’enchevêtrent les rues étroites, noires, mal pavées et tortueuses de la vieille cité, que les flammes avaient épargnées. Les places Sainte-Anne et des Lices, les alentours de la cathédrale, les rues Saint-Malo, d’Antrain et quelques autres, peuvent donner encore une idée de ce qu’était la Ville-Haute au XVIIe et au XVIIe s. La Ville-Basse a également conservé, en partie du moins, son ancien caractère (dans la rue Vasselot, maison du XVe s., au n°38, et enseigne de 1604, au n°22). En traversant la ville, la Vilaine coule, dans un profond canal de granit, mais les quais qui longent cette rivière sont larges, spacieux et garnis d’élégantes maisons. Une journée suffit pour voir Rennes. Le matin sera consacré à la visite intérieure du palais de justice et aux promenades ; l’après-midi, aux musées. Ce sont les trois curiosités de la ville. Les reste du temps peut être employé à  voir la cathédrale et la porte Mordelaise, qui l’avoisine. Tous les autres monuments sont d’un intérêt secondaire ».

Après 1887, le Bazar Parisien va continuer à vendre des carnets non toilés édités par Eugène Lévy et Frère.

Carnet

Carnet 1

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En 1895 et 1896, le Grand Bazar Parisien met en vente une édition spéciale du France-Album de l’arrondissement Rennes, 28ème album de la collection créée par le dessinateur A. Karl en 1893. Les France-albums étaient publiés tous les mois, et ce, jusqu’en 1903. Karl, de son vrai nom Alphonse Dieudonné Carmagnolle (1849-1904), était un dessinateur connu pour les illustrations pittoresques qu’il avait produit pour de nombreux livres de voyages et de géographie. En 1893, il s’était donné « pour mission de réunir en une série de petits albums, très soignés, très pratiques et d’un prix modéré, les curiosités pittoresques, monumentales, ethnographiques de toutes les villes de France »[33]. Il voulait par la réunion de ses albums faire « l’inventaire complet de toutes les richesses de la France […] chaque mois, un petit album se rapportant à une région ayant pour centre un chef-lieu d’arrondissement et donnant l’image fidèle des monuments, des sites et des curiosités contenus dans les environs »[34]. Cette collection devait compléter « l’insuffisante illustration des livres géographiques, historiques ou descriptifs qui signalent des curiosités sans en donner la représentation désirée ; [être] le vade-mecum des touristes et leur guide le plus sûr en les mettant à l’abri des déceptions qui causent si souvent les descriptions exagérées ou insuffisantes, [être] conservés comme souvenir des pays parcourus »[35]. L’album de l’arrondissement de Rennes, créé en avril 1895, contient 65 vues dessinées, une notice écrite par Lucien Decombe (1834-1905), conservateur du musée d’Archéologie de Rennes, ainsi qu’une carte du département. L’édition spéciale faite pour Guillemot, imprimée à Paris par les imprimeurs typographes C. Marechal et J. Montorier[36], contient trois publicités pour le Grand Bazar Parisien. Même si Karl se vantait de faire des dessins sur nature, la plupart étaient faits « d’après des documents authentiques »[37], c’est-à-dire à partir de photographies, plus particulièrement celles des Sociétés photographiques locales. C’est le cas pour le France-Album de Rennes où les dessins sont clairement obtenus à partir de photographies fournies par la Société Photographique de Rennes, dont les clichés déjà utilisés dans le livre d’Adoplphe Orain (1834-1918), Au pays de Rennes, publié en 1892 chez Hyacinthe Caillère. Cet ouvrage avait été commandé par la Société Photographique « comme un nouveau témoignage, avec preuve à l’appui, en faveur [du] beau Pays de Rennes »[38]. Le choix de l’iconographie n’est plus ici seulement dicté par les normes des guides touristiques parisiens, mais par l’intérêt local pour le patrimoine historique rennais et pour les nouvelles constructions marquant la modernité de la ville afin de prouver que Rennes n’est pas ce lieu « point pittoresque, banal, sans lettres, sans sciences, sans industrie ; un pays mort, où l’on s’ennuie, dans les brouillards du ciel et la monotonie de l’existence : rien à voir, rien à faire. Le touriste y languit et l’habitant y sèche »[39].

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Orain (A.), Au pays de Rennes, Rennes, Hyacinthe Caillère, 1892, cliché de Désiré Fenaut, p. 195.

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Orain (A.), Au pays de Rennes, Rennes, Hyacinthe Caillère, 1892, cliché de Alfred Savary, p. 156 et cliché de Désiré Fenaut, p. 129.

En 1897, le Grand Bazar Parisien met en vente un album de 38 phototypies Rennes. Grand Bazar Parisien & Nouvelles Galeries 7 & 9, rue Rallier 10, place St Michel, imprimé par la maison « Phototypie Delagrange et Magnus »[40]. Cet album contient des clichés identiques à l’album Rennes. Binda Opticien-éditeur de douze phototypies édités par l’opticien François Binda (1853-1913) grâce aux phototypographes Émile Delagrange (1869- après 1906) et Léon Magnus (1860-1916), 10 rue Granvelle à Besançon. L’iconographie de l’album du Grand Bazar est aussi riche que celle du France-Album, mais cette fois avec de vraies phototypies. Certains clichés sont sans doute d’Ange Colombo qui travaille pour Binda depuis 1886. Ils sont utilisés dans les toutes premières cartes postales « A.G. ».

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Colombo et Guillemot vont souvent collaborer ensemble sur différents projets, qu’il s’agisse de l’édition par la carte postale de clichés photographiques, de l’électrification du Grand Bazar Parisien[41] et de la mise en place d’un théâtre en son sein pour des projections cinématographiques[42], voire même, de la création d’objet décoratif électrique[43]. Colombo « pour qui l’électricité n’est qu’un jeu, a montré à Rennes […] que toutes les difficultés de l’électricité pouvaient être vaincues »[44]. Quand l’électricité a gagné suffisamment de bâtiments rennais, des cartes postales « A.G. » titrées Rennes la nuit sont publiées.

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Ouest-Eclair, 4 juin 1905.

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L’ensemble de la collection « A.G. » garde l’esprit des albums de la fin du 19ème siècle, oscillant entre le pittoresque et la modernité, présentant tout aussi bien les vieilles maisons du Pont Saint-Martin que les nouveaux bâtiments de l’École Nationale d’Agriculture, le vieil escalier de la rue Vasselot que l’ensemble du tout nouvel Hospice Pontchaillou.

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Quelques séries de la collection sont consacrées à des événements locaux, la plupart du temps, des événements liés à la vie d’Alfred Guillemot comme les promenades de l’Union Vélocipédique du Grand Bazar ou, plus tragique, le désastreux incendie de la Piletière.

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UVGB 1908

Le 4 février 1906, l’Asile des Petites Sœurs des Pauvres, voisin de la Piquetière, prend feu. Alfred Guillemot est le premier à venir sur le lieu pour sauver des pensionnaires. Le 20 mai 1906, le Journal Officiel annonce qu’il reçoit une mention honorable pour s’être dévoué et exposé « pour organiser le sauvetage et circonscrire le feu au cours d’un violent incendie survenu dans un hospice où se trouvaient trois cent vingt vieillards »[45]. La série de cartes est surtout consacrée à l’impressionnant enterrement des victimes : « Jamais [...] cérémonie plus imposante, plus solennellement triste, que celle des funérailles des infortunées victimes du sinistre de la Piletière, n’avait eu lieu à Rennes. La ville entière, frappée de stupeur par la catastrophe qui s’abattit sur le paisible asile du faubourg de Paris, semblait avoir pris le deuil. Les magasins du quartier avaient fermé leurs volets. Ces auvents clos donnaient à la rue, emplie d’une foule pieuse et muette, un caractère de profonde tristesse, qui déteignait sur les habitants, sur les visages desquels se lisait l’expression d’une émotion non contenue »[46].

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Autres séries ou cartes événementielles qui ont connu un certain succès, celles des Fêtes des Fleurs. « C’est en 1899 qu’eut lieu la première Fête des Fleurs de Rennes. Le Comité d’alors chargé de la traditionnelle mascarade de la mi-Carême eut l’idée de la reculer et de la transformer en fête fleurie. Cette innovation fut très appréciée et l’expérience obtint un plein succès »[47]. Les voitures fleuries du Grand Bazar Parisien et Nouvelles Galeries ont souvent été remarquées durant ces festivités, comme la barque sicilienne de 1903, garnie par Guillemot lui-même comme en témoigne un journaliste : « M.Guillemot a démonté toute la carrosserie de son automobile et sur le châssis il a construit une barque sicilienne du plus gracieux effet. Elle est toute en roses roses ; les bords sont garnis de guirlandes magnifiques ; l’arrière est surmonté d’un buisson de verdure. Au centre un mât avec une voile napolitaine, artistiquement repliée ; quatre cordages avec de nombreux pavillons multicolores. Sur la flamme, les initiales N.G. et en haut de la voile les mots : Nouvelles Galeries. Véritablement, M. Guillemot a fait preuve d’un goût tout à fait artistique. Et il a voulu que ses charmants petits matelots fussent vêtus à la napolitaine »[48] ; ou la pirogue sicilienne de 1905, également montée sur l’automobile du Bazar, avec une coque en roses naturelles[49]. En 1907, le Grand Bazar participe au concours de fenêtres et balcons fleuris, ce qui ne manque pas d’être mis en valeur en carte postale.

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Ouest-Eclair, 3 juillet 1904.

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Ouest-Eclair, 4 juin 1905.

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Même si le Grand Bazar Parisien vend des cartes postales depuis 1898 et que les éditions « A.G. » se développent dès 1900, c’est en 1906 et 1907 qu'un nombre important de cartes postales sont émises par le Bazar, dont l’édition spéciale de séries sur les obsèques du Cardinal Labouré le 26 avril 1906, les Fêtes Bretonnes liées au Concours National Agricole du 5 au 10 juin 1906 et la Grande Fête diplomatique en l’honneur de S. M. Sisowath, cortège humoristique organisé par l’Union sportive des Étudiants le 7 mars 1907.

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Oberthur 1906

"Visiter à Rennes: Le Palais de Justice, le Thabor, les Musées, l'Ecole nationale d'Agriculture, l'Ecole de Laiterie de Coëtlogon, l'Eglise Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, la Cathédrale, etc.", tous ces lieux figurent sur des cartes postales "A.G.".

Carte postale de l'affiche produite par l'imprimerie Oberthür pour la Fête Bretonne et la cavalcade organisées lors du Concours National Agricole des 7, 8, 9 et 10 juin 1906.

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Multi-vues "A.G.", circulé en 1906.

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À la mort de Guillemot, son épouse prend sa succession à la tête du Grand Bazar et Nouvelles Galeries de Rennes et de ses succursales. Le nom de « Vve A. Guillemot » est apposé à celui des magasins. Il est donc possible de trouver des cartes « A.G. » en circulation jusque dans les années 1915-1916.

[1] « Une success-story familiale depuis 1893 », in Ouest-France, 31 juillet 2013.

[2] Archives municipales de Rennes : 1F4/41.

[3] Quentin Léon Démogé, dit Léon Démogé, (La Neuveville-sous-Chatenois, 22 août 1836 – Doville, 27 avril 1886).

[4] Marie Denise Bertrand (Auxerre, 6 mars 1850 – Caen, 26 mai 1936)

[5] Archives municipales de Rennes : 1F4/45.

[6] Marie Isabelle Demogé (Rennes, 30 avril 1870 -), Jeanne Caroline Demogé (Rennes, 29 juin 1876 - ), Léon Maurice Demogé (Rennes, 3 octobre 1882 - ).

[7] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine 4Q 4/1104.

[8] L’entreprise Poivrel a compté trois entrepreneurs. Jusque vers la fin du 19ème siècle, il s’agissait de l’entreprise Poivrel Frères, dirigée par François Pierre Marie Poivrel (Rennes, 27 mars 1828 - 1er décembre 1907) et Jean-Marie Joseph Aimé Poivrel (Rennes, 6 mars 1825 -1909). Joseph Prosper Poivrel (Rennes, 4 mars 1868 - Paris, décembre 1934), entrepreneur, concessionnaire Hennebique, prend la succession de son père, François Poivrel. Au tournant du siècle, l’entreprise s’est appelée Poivrel Fils.

[9] Orain (A.), Au pays de Rennes, Rennes, Hyacinthe Caillère, 1892, p. 118.

[10] Marie Henri Théodore Aumas, (Noizay, 18 mai 1846 - ?), architecte 68 avenue Thiers au Mans (Archives départementales de la Sarthe, 1M1/1180), cité in Revue mensuelle du Touring-Club de France, janvier 1895, p. 554 et Bulletin de la Société d’agriculture, sciences et arts, 1881, p. 363. Son épouse Lucie Arpin décède en janvier 1934 en Eure-et-Loire. Son fils René Aumas était courtier en métaux.

[11] Paris-capital. Journal financier, 16 décembre 1891, p.4, colonne 2. , dont le siège social était 66 rue des Archives à Paris

[12] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 6U1/189-190.

Zephyrin Couvreur ouvre son premier Grand Bazar Français sur la Hoogstraat à Rotterdam en 1871. Cinq ans plus tard, un de ses frères ouvre un commerce sur la Reguliersbreestraat à Amsterdam. En 1921, la famille Couvreur décide de fusionner les sociétés de Rotterdam et d’Amsterdam. En 1925, les Grands Bazars Français prennent le nom de Galeries Modernes.

[13]Archives commerciales de la France : journal hebdomadaire, 18 octobre 1893, p. 1245.

[14] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine 4Q4/1104.

[15] Il s’agissait du n°16 rue de Penhoët où se trouvait « dès 1598 un jeu de paume nommé la Fraconasière. En 1659 on y trouvait le jeu de paulme du Cygne, qui servait aussi aux représentations théâtrales, il fut transformé exclusivement en salle de spectacle en 1797. L’intérieur fut complètement refait et on le retourna bout pourbout, le public y pénétra par une allée débouchant sur la rue du Champ-Jacquet, et les artistes par la rue de la Poulaillerie. – Cette salle fut abandonnée en 1836, lors de la construction du Théâtre actuel, et servit de magasin. Elle a été réduite et absolument transformée en 1906 », in Banéat (P.), Monographies des villes et villages de France Le Vieux Rennes, Paris, Le livre d’histoire, 1999, p. 443. Le n°16 rue de Penhoët communiquait avec le n°25 rue du Champ-Jacquet avec une porte flanquée de colonnes, à l’endroit où se trouvait les jardins du Petit Trianon qui dépendait de l’hôtel de Robien (22 rue du Champ-Jacquet) et dont les serres étaient occupées par le cabaret l’Alcazar. L’ensemble est détruit en octobre 1905.

[16] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine 4Q4/1203 ; 4Q4/1209.

[17] Au cours de son extension, cette société va, à maintes reprises, se trouver en concurrence avec la Société anonyme Paris-France, fondée en 1898, qui poursuivait la réalisation d’un objet social analogue au sien. Pour mettre fin à cette concurrence, des accords sont conclus entre ses deux sociétés rivales. Un projet de fusion est même élaboré. Les deux sociétés forment le 11 juillet 1906 une filiale, la Société française des Magasins modernes, qui devait absorber progressivement les deux sociétés fondatrices et à laquelle étaient réservées toutes les créations d’établissements nouveaux. Dans les faits, les Nouvelles Galeries réunies et Paris-France ont apporté un certain nombre de leurs succursales à leur filiale, mais le projet d’absorption a dû, pour des raisons fiscales, être abandonné. De nouveaux accords sont conclus en 1922 ; ils règlent, jusqu’en 1939, les rapports des Nouvelles Galeries réunies de Paris-France et des Magasins modernes, resserrant la liaison entre les deux premières sociétés.

[18] Ouest- Éclair, 11 janvier 1928.

[19] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine 4Q4/1248.

[20] Banéat (P.), Monographies des villes et villages de France Le Vieux Rennes, Paris, Le livre d’histoire, 1999, p.437.

[21] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine 4Q4/1342.

[22] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine 4Q4/1342.

[23] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine 2030W459. Le secrétariat de l’Enseignement Technique était représenté par Erneste Le Strat, Directrice du Centre d’apprentissage de la Piquetère. La maison est alors à l’adresse du 116 Avenue du Général Leclerc.

[24] Ouest- Éclair, 23 décembre 1902.

[25] Ouest-Éclair, 3 juillet 1906.

[26] Ouest-Éclair, 26 janvier 1909. Le Temps, 26 janvier 1909 : « On nous mande de Rennes que M. Guillemot, propriétaire du Grand Bazar Parisien de cette ville, vient de trouver la mort dans un accident d’automobile. Il revenait vers quatre heures et demie de la chasse, avec deux amis : MM. Le Moniet, professeur à l’école de médecine, et Angot, notaire à Rennes ? L’automobile allait bon train, lorsqu’un pneumatique éclata. Le chauffeur bloqua trop brusquement les freins ; la voiture fit une embardée, découvrit une courbe brusque et versée. Le docteur Le Moniet fut projeté ; MM. Guillemot et Nagot furent pris sous la voiture. Ce dernier parvint à se dégager sans blessures graves. Le docteur Le Moniet et le chauffeur étaient indemnes ; mais M. Guillemot avait le crâne ouvert, la cervelle à nu ; un œil pendait de l’orbite sur la joue, la mâchoire était fracassée, la poitrine défoncée : il ne vivait plus ».

[27] Ouest-Éclair, 25 janvier 1909.

[28] Ouest-Éclair, 26 janvier 1909.

[29] Eugène et Arthur Lévy étaient probablement originaires de Bavière. Arthur décède à 43 ans le 2 février 1908 au 4 rue de l’entrepôt à Paris.

[30] En 1865, Joseph Moritz Zobel quitte Krotoschine, alors en Prusse, pour Dresde. Il intègre l’entreprise de cartonnage Jacobi, « Cartonnagenfabrik Jacobi », qui va vite devenir l’entreprise « Jacobi und Zobel ». En 1871, Zobel acquiert la nationalité saxonne. Cette même année l’entreprise déménage sur la Struvestrasse à Dresde. Zobel ferme le site en 1890 pour créer une usine sur Seidnitzer Strass nommée « Kunstanstalt für lithographie und Steindruck Moritz Zobel ». Elle employait 90 ouvriers, tailleurs, imprimeurs, lithographes etcommis de bureau. Ils étaient spécialisés dans la vente d’imprimés sous forme d’affiches, de dépliants.

[31] En 1851, Louis Hachette, revenant de Londres où il était allé visiter l’Exposition universelle, décide d’imiter le libraire-éditeur anglais W. H. Smith qui, à partir de 1848, avait négocié avec les compagnies anglaises de chemin de fer l’installation de kiosques où seraient vendus livres, journaux et tous objets utiles aux voyageurs. Pour ce public et ces points de vente nouveaux, Smith créa même une collection spéciale d’ouvrages. Hachette commercialise la collection « Bibliothèque des chemins de fer » qui se décline en sept séries : la rouge consacrée aux guides de voyageurs, la verte traitant de l’histoire et des voyages, la crème dédiée à la littérature française, la jaune à la littérature ancienne ou étrangère, la bleue à l’agriculture et l’industrie, la rose aux enfants et la saumon aux ouvrages divers.

[32] Exemple utilisé : Joanne (A.), Bretagne, collection des Guides-Joanne Guides-Diamant, Paris, Librairie Hachette et Cie, 1892, p. 28-35.

[33]L’univers Illustré, 30 mars 1895, p. 203.

[34]L’univers Illustré, 30 mars 1895, p. 203.

[35] Revue de géographie, janvier 1896, p. 73.

[36] La Société Maréchal et Monturier, 16 passage des Petites Écurie, est liquidée le 1er octobre 1897, Maréchal continue seul, in Le Bulletin de la presse française et étrangère : organe professionnel des publicistes, 6 octobre 1897, p. 199 et Journal des papetiers en gros et en détail, des imprimeurs et des libraires, des relieurs et des cartonniers, 1er octobre 1897, p. 521.

[37] Revue de géographie, janvier 1896, p. 73.

[38] Orain (A.), Au pays de Rennes, Rennes, Hyacinthe Caillère, 1892, p. II.

[39] Orain (A.), Au pays de Rennes, Rennes, Hyacinthe Caillère, 1892, p. III.

[40] Depuis 1896, l’atelier photographique Delagrange et Magnus était spécialisé dans la reproduction d’objets en tous genres, l’illustration d’ouvrages et de publications par la phototypie, plus particulièrement les cartes postales avec vues en phototypie et les albums touristiques. Archives commerciales de France, journal hebdomadaire, 20 décembre 1905, p. 10.

[41] Guillemot a été le premier à installer l’électricité dans son magasin à Rennes en 1902, avant même l’électrification du théâtre. Ouest-Éclair, 25 juillet 1902.

[42] Le Rennais, 8 au 14 janvier 1904. Ouest-Éclair, 11 décembre 1903.

[43] Exemple : la tulipe électrique en cristal rouge. Ouest-Éclair, 5 janvier 1903

[44] Ouest-Éclair, 23 décembre 1902.

[45] Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 20 mai 1906, p. 3507.

[46] Ouest-Éclair, 8 février 1906.

[47] « Notice sur la Fête des Fleurs à Rennes », in Programme de la Fête des Fleurs, 26 et 27 mai 1912, Imprimerie L. Caillot & Fils, n.p.

[48]Ouest-Éclair, 3 juillet 1903.

[49]Ouest-Éclair, 4 juin 1905.