La famille Gilbert :

une dynastie de photographes

en Ille-et-Vilaine

N.B. : 

Cet article contient une photographie issue des collections du Musée de Bretagne à Rennes (Marque du domaine public), ainsi que des liens vers le portail des "collections en partage" de ce musée.

Dans le journal La Lumière du 24 août 1851, le critique d’art Francis Wey (Besançon, 12 août 1812 – Paris, 9 mars 1882) écrit un article sur quelques applications nouvelles et curieuses, qui « précipitent l’avènement commercial de la photographie »[1]. Il cite en particulier une fantaisie du photographe marseillais Louis Dodéro (Gènes, 6 septembre 1824 – Fours-les-Plages, 18 décembre 1902) qui, dans une lettre adressée au journal, « raconte avec bonhomie que s’étant avisé de mettre au lieu de son nom, son portrait sur ses cartes de visite, ce caprice a été gouté, a trouvé des imitateurs, et, par là, popularisé la découverte dans le pays »[2]. Dodéro, grâce au processus du négatif sur plaque de verre au collodion humide avec un report sur papier albuminé inventé en 1850 par Louis Désiré Blanquart-Evrard (Lille, 2 août 1802- 28 avril 1872), est le premier à produire des portraits photographiques au format dit carte-de-visite. En 1854, André Adolphe Eugène Disdéri (Paris, 28 mars 1819 – 4 octobre 1889) dépose un brevet permettant la réalisation de huit clichés sur la même plaque de verre. Les photographies obtenues, d’un format qui ne dépasse pas 5,2 cm sur 8,7 cm, sont collées sur un carton qui adopte le format d’une carte de visite. Le nom du photographe apparaît imprimé sous la photo et la publicité du studio est apposée au dos. Très vite le procédé est adopté par de nombreux photographes. À Rennes, un des tous premiers à créer un atelier de photographies est un membre de la famille Gilbert, famille qui va avoir une influence certaine sur le développement de la photo-carte vue et de la carte postale photographique.


[1] et [2] La Lumière, 24 août 1851, p. 115.

N.B.: L'accès à ces pages est libre et gratuit, mais les règles qui régissent l'édition concernant le droit de citation sont valables ici aussi! Les textes et les images qui lui sont empruntés devraient être suivis de la mention Chmura Sophie, « La famille Gilbert : une dynastie de photographes en Ille-et-Vilaine », in cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne le 8 décembre 2017, http://cartes-postales35.monsite-orange.fr, consulté le .

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François et Pierre Gilbert : une première génération d’artistes peintres photographes

GILBERT François Marie

Marin ; peintre-photographe ; propriétaire

Né à Cancale le 8 août 1821, fils de Jean Joseph Gilbert (Cancale, 28 juillet 1786 – 16 mars 1872), marin et Marie Hautchamp (Cancale, 18 novembre 1790 – 28 août 1822), mariés à Cancale le 27 novembre 1815.

Marié à Cancale le 24 octobre 1849 à Léopoldine Clotilde Pissenier (Cancale, 12 mars 1823 – Saint-Servan-sur-Mer, 26 mars 1900), fille d’Eugène Pissenier, garde-champêtre (Tournay, 21 octobre 1789 – Cancale, 18 novembre 1859), et Clotilde Madeleine Menier (Paramé, 19 novembre 1787 – Cancale, 18 mars 1860) mariés à Paramé le 13 novembre 1820.

D’où

1°) Félicité Marie Joseph (Cancale, 15 septembre 1850 – avant 1856)

2°) Jean Joseph Léopold (Cancale, 11 août 1851 – 9 avril 1856)

3°) Eugène Pierre Gilbert (Cancale, 28 octobre 1854 – Cancale, 1er avril 1903) artiste peintre photographe, marié à Saint-Servan le 21 octobre 1880 avec Émilie Alexandrine Jamet (1860-1886) ;

4°) Léopoldine Françoise Gilbert (Cancale, 12 juin 1856- Saint-Servan, 18 mars 1919), artiste peintre photographe mariée à Saint-Servan le 21 août 1880 avec Aimable Auguste Bonnesoeur (Tinchebray, 24 mai 1848 – Saint-Servan, 10 janvier 1913), artiste peintre photographe.

5°) François Auguste Gilbert (Granville, 16 février 1860 – Reims, 4 décembre 1934), marin, capitaine au long-cours, en couple a.) avec Henriette Pauline Augustine Quesnel (Honfleur, 28 juin 1873 - Flers, 9 décembre 1948), caissière, d’où Henri François Paul Gilbert, né Quesnel, reconnu le 8 novembre 1897 (Fécamp, 27 juin 1897 – Beaumont-sur-Sarthe, 13 juillet 1964), photographe à Flers, marié a.) à Flers le 26 avril 1927 avec Paul Lecomte, b.) à Flers le 3 février 1941 avec Louise Lecordier ; marié b.) à Cancale le 21 mars 1898 avec Victorine Françoise Charpentier (1873-1959) ;

6°) Raphaël Eugène Gilbert (Laval, 15 février 1862 – Rennes, 31 mars 1913), marié a.) à Rennes le 8 avril 1890 avec Marie Louise Lemonnier (1860-1894), b.) à Cancale avec Marie Françoise Charpentier (1868-1958)

Décédé à Cancale le 17 janvier 1892.

GILBERT Pierre Louis

Marin ; photographe

Né à Cancale le 18 mai 1829, fils de Jean Joseph Gilbert (Cancale, 28 juillet 1786 – 16 mars 1872), marin et Marie Louise Gidouin (Cancale, 20 juillet 1791 – 19 septembre 1849), mariés à Cancale le 6 janvier 1823.

Marié à Granville, le 27 février 1862 avec Marie Louise Guérin, sage-femme (Granville, 2 novembre 1835 - ?), fille Guy Guérin, propriétaire et de Louise Françoise Quinette, sage-femme. Son beau-frère, Louis-Marie Guérin (Granville 25 septembre 1826 - ) était photographe au 20 rue Lecampion à Granville.

D’où

1-1°) Pierre Louis Gilbert (Granville, 30 novembre 1862- avant 1885) ;

1-2°) Marie Louise Gilbert (Granville, 30 novembre 1862- ?) ;

2°) Louise Françoise Gilbert, couturière (Coutances, 28 octobre 1866 - Paris, 10 novembre 1897), mariée avec Félix Augustin Laurent (1864-1902) ;

3°) Gratienne Eugénie Marie Gilbert (Coutances, 14 août 1869- ?) ;

4°) Jeanne Emilie Gilbert (Granville, 2 avril 1873- ?).

Décédé à Granville le 31 avril 1885.

François Gilbert débute une carrière comme marin à Cancale. En 1856, à 35 ans, il est installé comme photographe à Rennes 6bis rue Belair avec sa femme et son fils Eugène. Sa nièce Marie Joséphine Madiou[1] et un domestique de 15 ans, nommé Louis Lessars, vivent avec eux. Le terrain du 6bis rue Belair vient d’être construit par Hippolyte Richelot, doyen honoraire de la Faculté de droit de Rennes et ancien membre du conseil général du département d’Ille-et-Vilaine. L’ensemble consiste en un « magasin sur la rue avec portes à l’est et au nord, chambres à coucher derrière, imposte au sud et porte à l’est. Deux mansardes, l’une au sud, l’autre au nord. Cellier sous le magasin dans le jardin un corps de bâtiment à rez-de-chaussée et grenier au-dessus. Le jardin sur lequel existe un puits muni d’une pompe »[2].

6Bis Ainé

François Gilbert semble avoir exercé la photographie comme un complément professionnel puisqu’il est également déclaré comme marin en avril 1856 à Cancale et recensé comme marin 75 rue des juifs à Granville jusqu’en 1858. En 1859, il quitte le 6 rue Belair qui va être occupé par les photographes Auguste Colas dit Baudelaire (Saint-Pierre La Martinique, 1830 – Lille, 18 décembre 1880) et Alphonse Joseph Bousseton (Châteauroux, 5 octobre 1823 – Paris, 4 septembre 1880).

Le magasin est acheté en 1876 par le photographe Mathurin Le Michel et son épouse Jeanne Marie Poisson.

En 1864, Le Michel avait succédé au photographe François Marie (Granville, 29 juillet 1826 – Laval, après 1901) , qui avait quitté Granville pour Rennes en 1861 avec son frère Jules Pierre (Granville, 12 juin 1840 – Pitesti [Roumanie], 1er décembre 1895). Pour autant Le Michel se disait successeur de Gilbert.

MARIE Rennes Laval

LE MICHEL succ

Le Michel 1864 1

François Gilbert s’est toujours défini comme un peintre-photographe. Il quitte Granville en 1862 pour Laval où il travaille avec son frère , mais revient sur Cancale en 1862 et 1863 avant de s’installer à Saint-Servan vers 1865 où il est connu comme artiste peintre photographe. En 1866, son épouse et ses enfants vivent à Cancale chez Jean Gilbert à la Broussetière. François meurt à Cancale en 1892.

Laval Gilbert Frères

Pendant toute sa carrière il avait pour raison sociale « Gilbert Ainé », afin de distinguer de son demi-frère Pierre qui travaillait également comme photographe. Entre 1863 et 1873, ce dernier travaille à la fois sur Granville et Coutances.

Gilbert tampon

Gilbert Coutance

Gilbert Granville

Plusieurs photographes granvillais avaient une succursale à Coutances, comme Ulysse-Arthur Godard (Voves, 10 septembre 1848 - 1er avril 1896). En 1874, Pierre Gilbert est à Orléans et en 1875 à Châteaudun. En 1880, il est domicilié à Granville où il meurt en 1885.

[1] Née à Cancale le 4 novembre 1847, décédée à Cancale le 6 avril 1881, fille de Marie Jeanne Olive Gilbert (Cancale, 26 septembre 1816 - 24 octobre 1900), ménagère et de Hyacinthe François Madiou, (Cancale, 20 mai 1797- 7 novembre 1891), marin Terre-Neuvas.

[2] Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine 4Q4/616.

Raphaël, Eugène et Léopoldine Gilbert : l’affirmation d’une vocation familiale

GILBERT Eugène Pierre

Peintre, photographe

Né à Cancale le 28 octobre 1854.

Marié

1°) à Saint-Servan le 21 octobre 1880 avec Emilie Alexandrine Jamet (1860- Paris, 15 novembre 1886), fille de Théodore Jamet et d’Émilie Camus

D’où

a.) Maurice Gilbert né à Saint-Servan le 7 août 1880 ;

b.) Gabrielle Emilie Gilbert 31 janvier 1883 décédée à Saint-Servan, le 27 septembre 1960, mariée en 1908 à Charles Barbotin (1879-1941)

2°) à Lanhelin le 31 août 1892 avec Marie Joseph Drolon (Lanhélin, 14 juin 1871 - ? ), ménagère, fille de François Drolon (Lanfains, 3 octobre 1837 - Lanhélin, 22 février 1886) et Jeanne Marie Bouvet (Baguer-Morvan, 4 mars 1843 - Dol-de-Bretagne, 28 novembre 1905) ; mariée en seconde noce à Besançon le 17 mars 1919 avec Clément Jean Louis Jeannenot (1876-1947), employé de commerce et photographe.

Décédé à Cancale le 1er avril 1903.

GILBERT Léopoldine Françoise

Artiste peintre photographe

Née à Cancale le 12 juin 1856.

Mariée à Saint-Servan le 21 août 1880 avec Aimable Auguste Bonnesoeur (Tinchebray, 24 mai 1848 – Saint-Servan, 10 janvier 1913), artiste peintre photographe, fils d’Aimable Napoléon Bonnesoeur (Ménil Cibout, 19 octobre 1910 - Tinchebray, 13 mai 1853), marchand et Victoire Geneviève Besnard (Saint-Jean-des-Bois, 11 avril 1814- ?), marchande, mariés à Tinchebray le 28 janvier 1839.

Décédée à Saint-Servan, le 18 mars 1919.

GILBERT Raphaël Eugène

Photographe

Né à Laval le 15 mars 1862

Marié à Rennes le 8 avril 1890 avec Marie Louise Charpentier (Rennes, 1860-1894), fille de François Jean Charpentier (1829-1905) et Marie Françoise Esnoux (1840- ?)

D’où

1°) Raphaël Gilbert (Rennes, 1891- ?) ;

2°) René Giblert (Rennes, 1892- ?) ;

3°) François Gilbert (Rennes, 1894- ?) ;

4°) Eva Gilbert (Cancale, 1896- ?)

Décédé à Rennes le 27 mars 1913

Trois des enfants de François Gilbert vont suivre la vocation de leur père. C’est sans doute lui qui les forment à la peinture et à la photographie à Saint-Servan, 30 Grande rue.

Après avoir travaillé avec son père, puis avec son frère Eugène jusqu’en 1886, Léopoldine Gilbert, artiste peintre photographe, accompagne son mari Aimable Auguste Bonnesœur dans la bonne marche du studio familial situé entre la rue Lepomellec et Laurent à Saint-Servan.

Gilbet ainé

Auguste Bonnesoeur avait débuté comme ferronnier en 1868. En 1874, il était ouvrier chauffeur en Charente Inférieure. Inscrit dans la Marine le 7 mai 1877, il va faire son service au Havre. En 1880, au moment de son mariage avec Léopoldine, il vit rue de la Gare à Flers où il exerce comme artiste peintre photographe. Les dos de ses photo-cartes révèlent qu’il a trois succursales à la Ferté-Macé, Mayenne et Tinchebray. Avant tout portraitiste, Bonnesoeur, était spécialisé dans les portraits d’enfants, mais également dans la reproduction de tableaux, la photo-peinture, le dessin, la miniature et la sculpture de portraits-bustes en médaillon.

Bonnesoeur Flers

En 1874, Eugène Gilbert débute comme peintre à Saint-Servan avant de s’engager volontaire pour cinq ans comme apprenti marin à Brest. Officiellement, il revient à Saint-Servan en 1879. Il dirige la « Maison E. Gilbert » et exerce comme artiste peintre, probablement en coopération avec sa sœur Léopoldine.

Gilbert StS 2

E Gilbert StS

En 1886, suite à la mort de son épouse, Émilie Jamet, il quitte Saint-Servan pour Cancale. Il laisse à sa sœur ses deux enfants. En 1892, il se marie en deuxième noce avec Marie Drolon originaire de Lanhélin. En 1895, il réside à Châteaubriant, mais en 1896, il emménage chez sa belle-mère à Bonnemain, village de Villeneuve où il travaille comme peintre en collaboration avec deux de ses beaux-frères, François (Lanhélin, 2 septembre 1869 - ?)[1] et Aristide, déclarés comme photographes. À la toute fin des années 1890, Eugène est domicilié 2 rue de l’Alma à Rennes où il travaille comme photographe sous les raisons sociales « Photographie Eugène » ou « E. Gilbert Ainé ». Il est vraisemblable qu’il remplace son frère Raphaël qui a quitté cette adresse pour un atelier neuf 4 place de la Gare.

En 1882, Raphaël Gilbert réside à Saint-Servan. L’année suivante, il s’engage volontairement à la Mairie de Laval pour cinq ans dans les équipages de la flotte de Brest. En 1884, il est breveté torpilleur et est envoyé en expédition au Tonkin du 23 mars 1885 au 1er juillet 1886. En mai 1887, il a droit à un congé renouvelable. En août et septembre 1889, il exécute une période d’exercices aux équipages de la Flotte à Brest. En mars 1890 et en 1891, il est indiqué comme photographe au 2 rue de l’Alma à Rennes.

2 alma

L’adresse est connue car des grands noms de la photographie rennaise y ont œuvré : tout d’abord vers 1861, Charles Georges Frédéric Mevius (Leicester, 1824 - ?), puis en 1885, son fils, Frank Ernest Mevius (Rennes, 12 février 1861-?) , enfin, entre 1876-1877, Jean Marie Joseph Guyot (Liffré, 6 octobre 1855 - Châteaubriant, 11 décembre 1890), qui avait des succursales à Dinan, Lorient et Brest.

Mevius

En 1886, la revue Le Panthéon de l’Industrie avait consacré un article à l’atelier du fils Mevius, expliquant que « l’emplacement a été merveilleusement choisi. Isolée au milieu d’un jardin, la maison, dont les ateliers photographiques occupent tout le premier étage et une partie du rez-de-chaussée, se trouve en pleine lumière, loin de tout édifice qui puisse lui dérober une partie du jour, et à l’abri de toute éventualité capable de modifier cette situation. Les dispositions des ateliers ont été très habilement conçues pour compléter ces avantages naturels. Nous ne dirons rien des ateliers de manipulations, où nous pourrions cependant signaler un très ingénieux appareil de lavage pour les épreuves positives (appareil abrégeant la main-d’œuvre dans des proportions considérables), et un appareil spécial aussi, pour les clichés ; ni de la chambre noire, ni des salons d’attente, etc., etc., dont l’installation est remarquable, mais qui interviennent peu, en somme, dans le résultat final. Nous ne saurions en dire autant des deux salons de pose dont l’un, orienté au nord, est destiné à l’exécution des groupes et des simples portraits de plein air, avec mise en scène d’arbres, de rochers, etc., etc., et l’autre, recevant le jour du nord et de l’est, est réservé aux portraits d’intérieur en pied ou en buste. Ces deux salons, exclusivement destinés à la pose, sont puissamment éclairés. Ils sont placés en retour d’angle, contre une pièce carrée où est installé l’objectif, qui peut être ainsi dirigé à volonté vers l’un ou l’autre des deux salons de pose »[2].

Vers 1893, Rapahël photographie des dessins d’architecture produits par l’ingénieur Alexandre Guidet (Saöne, 19 janvier 1841 – Rennes, 12 avril 1912), dont l’élévation de l’immeuble dit « l’estaminet rennais», bâti en 1895 pour Monsieur Laisné, 4 place de la Gare (actuel 1 place de la Gare). Raphaël va y installer un atelier appelé « Photographie R. Gilbert ».

Duguesclin

R Gilbert phot

Carte postales à comparer avec la photographie conservée au Musée de Bretagne à Rennes de la place de la Gare, numéro d'inventaire : 993.0085.4 (ci-dessous) où l'on voit l'enseigne "Photographie R. Gilbert".

02-9148s

Entre 1900 et 1901, il succède au photographe Jean Baptiste Joseph Graveleau dit Baptiste Graveleau/Gravelot (La Chapelle Largeau, 23 octobre 1843 – Rennes, 4 mars 1927) au 21 boulevard de la Liberté. Graveleau avait acquis en 1895 le terrain situé à l’encoignure du boulevard de la Liberté et de la rue du Vieux-Cours sur lequel il fit édifier « I. 1° Partie ouest - une maison d’habitation construite en pierres, couverte en ardoises, composée : au rez-de-chaussée d’un vestibule carré, pavé en céramique, petite pièce derrière, éclairé sur la cour. Escalier, partie en marbre et partie en bois pour le service des caves et petit couloir donnant accès à la cour derrière. Au premier étage : une pièce à feu et cabinet derrière éclairé sur la cour. Au deuxième étage : deux chambres à feu et deux cabinets. Trois mansardes au-dessus. Water closet au premier étage. Deux caves. II. Partie est – 2° Au rez-de-chaussée, grande pièce sans sous-sol, actuellement à usage de salle au café, couloir entre cette salle et la maison ci-dessus. Au-dessus de cette salle grande pièce vitrée actuellement à usage d’atelier de photographie, avec petit cabinet noir et water closet. Escalier desservant le deuxième étage et les mansardes de la maison ci-dessus, partant de l’extrémité sud du couloir ci-dessus. En façade sur la rue du Vieux Cours : 3° Bâtiment construit en pierres et briques, couvert en ardoises, comprenant : au rez-de-chaussée, deux pièces d’habitation. Au premier étage, deux pièces et un cabinet se desservant par l’atelier photographique et l’escalier boulevard de la Liberté. Au deuxième et troisième étages, deux pièces d’habitation et un cabinet, grenier au-dessus. Escalier au premier étage pour le service des étages supérieurs. Water closets au rez de chaussée et au premier étage. Deux caves. 4° Petite cour derrière. Les constructions ci-dessus, de forme triangulaire, à l’angle nord-est de laquelle existe une petite cuisine, couverte en zinc »[3]. Graveleau vivait encore 31 rue Gurvand à Rennes en 1896, avant de partir à Chantenay-sur-Loire dans un atelier 47 rue Bourgainville, et ce, jusqu’en 1906 au moins.

Graveleau Gilbert succ

En 1911, Gravelot revient vivre à Rennes 17 rue du Vieux-Cours. En 1901, Raphaël est recensé comme photographe 21 boulevard de la Liberté et forme un jeune du nom d’Abel Morfoisse (Rennes, 29 janvier 1885- ?) qui deviendra photographe professionnel à Cherbourg à partir de 1912 après avoir voyagé à Limoges (1909), Rennes (1910), Alençon (1911), Mirande (1911) et Toulon (1911). Après la Grande Guerre, Morfoisse s’installe à Chalon-sur-Saône (1919), puis Angoulême (1920), Montluçon (1921) et Paris (1922).

Raphaël travaille comme photographe boulevard de la Liberté jusqu’en 1911. Son nom et celui de Graveleau ont toujours été associés dans la raison sociale du fonds de commerce de photographie cédé le 26 décembre 1911 au photographe Pierre Marie Désiré Le Breton (Vers1871 - Rennes, 7 décembre 1925)[4].

LE BRETON

 

[1] François Drolon était clerc de notaire avant son service militaire en 1890. Apparemment il aurait voyagé en Loire Inférieur en février 1895, peut-être chez sa sœur à Châteaubriant. En 1898, il réside à Rennes au 30 rue de Châteaudun, puis en 1899, il part pour Nantes.

[2] Robert (E.), « Un atelier de photographie à Rennes », in Le Panthéon de l’Industrie, 1886, p. 304.

[3] Archives départementales d’Ille-et-Vilaine 4Q4/2162.

[4] Ouest-Éclair, 7 janvier 1912.

Auguste Bonnesoeur et les frères Drolon : des précurseurs de la carte postale

François Gilbert avait édité des photo-cartes vues de Saint-Servan et de Saint-Malo.

Gilbert ainé St S phot

Avant son arrivée à Saint-Servan, son gendre, Auguste Bonnesoeur s’était déjà essayé à la prise de photographies hors studio et avait publié des photo-cartes vues, ainsi que des cartes-stéréos de Flers et Domfront.

Il profite vite du succès touristique de Saint-Malo et de Saint-Servan pour vendre des photo-cartes vues.

Bonnesoeur StS

A-Bonnesoeur

Certains de ces clichés sont utilisés par l’éditeur-photographe Émile Hamonic (Moncontour, 26 août 1861 – Saint-Brieuc, 24 juillet 1943) de Saint-Brieuc, entre autres pour sa série de cartes postales sur Théodore Botrel.

Bonnesoeur Botrel

En 1905, il se rend à Saint-Cast le jour même de la découverte des premiers cadavres du naufrage du vapeur le Hilda[1] : il « reproduit l’aspect de l’église où les victimes avaient été transportées. Sur les photographies exposées à la vitrine, près de la mairie, les malheureux sinistrés sont représentés dans l’attitude effrayant de la suprême angoisse. Peut-être M. Bonnesoeur en fera-t-il imprimer des cartes postales destinées à perpétuer ainsi le plus vibrant souvenir de la catastrophe »[2]. Il est très possible que les clichés de la série imprimée par Henri Le Maillot (H.L.M.) « Saint-Cast – Naufrage du "HILDA"», soient de Bonnesoeur.

HLM

Le photographe Jules Dorsand (Niort, 14 octobre 1851 –Saint-Servan-sur-Mer, 16 juillet 1935) succède à Bonnesoeur après avoir fait une carrière importante à La Châtre et à Châteauroux.

Dorsand Bonnesoeur

[1] Le vapeur « le Hilda » long de 80 mètres, de 489 tonnes dont les machines développaient une puissance de 1 500 chevaux vapeur avait été construit à Glasgow en 1892. Il pouvait recevoir 550 passagers. Ce steamer faisait le service entre Southampton – Guernesey-Jersey - Saint-Malo et appartenait à la compagnie London et South-Western Railway. Le naufrage du Hilda le 19 novembre 1905 fit 128 victimes.

[2] Ouest-Éclair, 2 décembre 1905.

Eugène et Raphaël Gilbert sont surtout connus comme portraitistes et semblent avoir toujours travaillé en studio. Eugène a certainement eu un rôle dans la formation professionnelle de ses beaux-frères, en particulier Jules et Aristide Drolon qui vont travailler ensemble à Dol-de-Bretagne à partir de 1903.

DROLON Jules

Photographe

Né à Lanhélin, 15 novembre 1874.

Marié, puis divorcé.

DROLON Aristide Ernest Joseph

Photographe

Né à Lanhélin le 9 juillet 1879.

Marié à Cancale le 6 décembre 1906 avec Marie Francisca Grenier (Cancale, 9 octobre 1883-), fille de Durand Michel Grenier (Saint-Benoît-des-Ondes, 15 août 1839 – Cancale, 2 octobre 1906) chaudronnier ferblantier et Marie Jeanne Parnet (La Gouesnière, 12 mars 1847 – Cancale, 12 août 1892), mariés le 14 décembre 1869.

Après avoir exercé comme photographe à Bonnemain, Jules Drolon s’installe rue du Moulin à Dol-de-Bretagne en novembre 1900. Il a une succursale rue de la Gare. Il obtient en septembre 1901 un brevet de vélocipédiste. Il est mobilisé dès le 20 août 1914 et va servir comme photographe dans l’aviation à partir de février 1920. Aristide aide son frère à partir du mois d’août 1903. Ils exercent sous les raisons sociales « Photographie d’art A. & J. Drolon » et « Photographie moderne Drolon Frères », même s’il leur arrive de signer indépendamment leur production. Aristide est rappelé à l’activité avant Jules, le 1er août 1914. Il sert également dans l’aéronautique.

cdv drolon

Drolon 1

Jules et Aristide ne sont pas seulement des photographes de studio. En tant que spécialistes des photographies de groupe, ils se distinguent par leur édition de cartes postales photographiques des habitants de Dol-de-Bretagne, ainsi que des villes et villages alentours (Baguer-Morvan, Baguer-Pican, La Boussac, Saint-Broladre, Lanhélin, Bonnemain, Cherrueix, Le Tronchet, Le Vivier-sur-Mer, le Mont-Dol, Lillemer, Meillac, Miniac, Pleguer, Roz-sur-Couesnon, Sains, Saint-Georges-de-Gréhaigne, Sains, Saint-Léonard, Cuguen, Tressé, Épiniac). Leurs clichés sont très posés et témoignent d’événements locaux, voire familiaux, tout en mettant en valeur chaque lieu.

Miniac

Marcillé

Romillé

Trieuses