Les Frères Vassellier, phototypeurs à Nantes (1903-1918)

Pour citer cet article:

Chmura Sophie, « Les Frères Vassellier, phototypeurs à Nantes (1903-1918)», cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne le 28 septembre 2018. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr, consulté le

Alphonse et Léon Vassellier

NOM : VASSELLIER, Prénom : Alphonse dit Auguste Vassellier (1864-1917)

Titre : phototypeur ; imprimeur ; photographe ; photographe-phototypeur

État-civil :

Né à Paris 12e arrondissement le 26 décembre 1864, fils de Charles Louis Victor Vassellier fumiste (Saint-Quintin, 7 janvier 1826- mort entre 1900 et 1904) et d’Annette Bouchet, marchande de quatre-saisons (Aulnat, 24 juin 1832-Paris 12e arrondissement, 1er juillet 1900), mariés à Aulnat le 22 février 1854.

Célibataire.

Décédé à Nantes le 8 avril 1917.

Signature :

Signature A V

NOM : VASSELLIER, Prénom : Léon (1868-1918)

Titre : phototypeur ; imprimeur ; éditeur photographe

État-civil :

Né à Paris 12e arrondissement le 27 septembre 1868.

Marié à Paris 12e arrondissement le 23 novembre 1904 avec Marie Louise Moëhring, baleinière (Paris 20e arrondissement, 7 juillet 1872- Nantes, 29 janvier 1923), fille de Charles Moëhring, journalier (Neuilly-sur-Seine, 10 mars 1837 – Paris, 19 août 1894) et de Thérèse Neff, blanchisseuse (Obenheim, 16 septembre 1835 - ?), mariés à Paris le 10 septembre 1864.

Décédé à Nantes le 28 mai 1918, 13 rue de la Pelleterie.

Signature :

Signature L V

Octobre 1903 : création de l’imprimerie Vassellier Frères à Nantes

En 1888, Léon Vassellier est déjà lithographe de métier. Il demeure chez ses parents 5 rue de Rambouillet à Paris. Il travaille certainement avec ses frères ainés, Charles (Paris, 14 septembre 1862 - 10 février 1899) et Auguste, tous les deux imprimeurs-lithographes. Du 20 août au 20 novembre 1898, Léon séjourne 136 rue Saint-Dizier à Nancy, ville où Albert Bergeret (1859-1932) vient de créer l’entreprise « Phototypie A. Bergeret et Cie – Nancy », spécialisée dans la production de cartes-postales[1]. À son retour à Paris, il emménage avec son frère Auguste et sa mère 70 avenue Dumesnil à Paris : son père semble avoir quitté le domicile familial. L’aîné de la fratrie, Ernest (Aulnat, 2 février 1856- ?) qui était ouvrier-fumiste avec leur père, se reconvertit comme imprimeur. Jusqu’à la mort prématurée de Charles en 1899, les quatre frères exercent ensemble comme imprimeurs-lithographes dans le 12ème arrondissement de Paris. Lors de son mariage, en novembre 1904, Léon déclare qu’il vit 1 rue de Lyon à Paris. Pourtant, en octobre 1903, il a déjà officiellement créé une imprimerie avec Auguste à Nantes. Ce dernier a pris, le 20 septembre 1903, une assurance vie et fait assurer du mobilier industriel à la Compagnie Le Soleil, 44 rue de Châteaudun à Paris pour 40 000francs[2]. Il a également contracté une deuxième assurance vie à la Compagnie d’Assurance Le Janus, 19 rue Lafayette à Paris.

Au début de l’année 1904, les deux frères sont définitivement établis 13 rue de la Pelleterie à Nantes.

Vasselier rue Pelleterie

Leur entreprise est une société en nom collectif, dont la raison et la signature sociale est Vassellier Frères, ayant pour objet l’exploitation d’un fonds de commerce d’imprimerie, de phototypie, de lithographie et toutes entreprises se rapportant à ces industries. La société est contractée pour une durée de dix-huit années entières et consécutives, commençant le 1er octobre 1903. Léon et Alphonse apportent chacun leurs valeurs et leurs connaissances industrielles, ainsi que leurs relations commerciales. Les valeurs sont estimées à la somme de deux mille cinq cent francs pour chacun, de sorte que le capital social est d’une somme d’ensemble de cinq mille francs. Lors de la création de leur Société, il est convenu entre les deux frères qu’ils « devront l’un et l’autre consacrer tout leur temps, tous leurs soins et toutes leurs aptitudes aux affaires de la Société »[3]. Il leur est interdit « pendant la durée de la Société, de faire aucune affaire pour leur compte personnel, non plus que de s’intéresser directement ou indirectement dans un établissement de même nature que celui exploité par la Société »[4]. Chacun des associés prélève mensuellement quatre cents francs pour ses dépenses personnelles, ces prélèvements sont portés au compte des frais généraux de la Société. Au cas de décès de l’un ou l’autre des associés, il est entendu que la société « serait dissoute de plein droit, mais le survivant aurait la faculté de conserver pour son compte personnel la maison de commerce sur les bases du dernier inventaire, et pour ce qui concernerait les règlements aux héritiers ou ayants droit de l’associé décédé, de la part de celui-ci dans les bénéfices depuis le dernier inventaire, il leur serait compté par le survivant une part proportionnelle de bénéfices pour le temps écoulé, en se basant sur les trois dernières années d’exercice social ou sur le temps écoulé depuis la constitution de la Société si ce temps était moindre. Dans ce cas où le décès d’un associé survenant, le survivant conserverait pour lui personnellement la maison de commerce, il rembourserait aux ayants droit ou héritiers de son ancien associé, tout ce qui lui reviendrait en capital, avances, intérêts et part de bénéfices un an après le décès, avec faculté d’anticiper chacun de ces règlements, mais pour la totalité et non en partie, à moins que les héritiers ou ayants droit y consentent ; le survivant servirait alors aux héritiers ou ayant droit de son ancien associé, des intérêts au taux de cinq pour cent l’an à dater du jour du décès »[5].

Des spécialistes de la phototypie

Lors de l’exposition de Nantes de 1904, les membres du jury de la classe de la papeterie et de l’imprimerie attribuent à « l’imprimerie phototypie de Nantes Vassellier Frères » une médaille de vermeil[6], comme à Abel Dugas (1856-1945) et à son fils Alexandre (1894- ?) qui émettent des cartes-postales depuis 1903 sous la raison sociale héliotypie Dugas, Nantes, puis en 1904 sous le nom d’héliotypie Dugas et Cie, Nantes. Autre concurrent important cette année-là sur la marché de la carte-postale à Nantes, Joseph Nozais (1879-1941), qui a créé lui aussi en 1903 sa maison d’édition J. Nozais[7].

Depuis 1900, la production de cartes postales en France est reconnue comme une véritable industrie. Les éditeurs de cartes postales se sont donc rapidement organisés. En 1904, la Chambre syndicale des éditeurs français de la carte postale illustrée est créée. En 1906, elle devient la Chambre syndicale de la carte postale et de la photogravure. La même année, les entreprises qui utilisent la phototypie se regroupent dans un Syndicat des phototypeurs. Les adhérents sont pour la plupart les pionniers techniques de la carte-postale : Albert Bergeret, Adrien Humblot (1862-1951), Ernest Le Deley (1859-1917), Gaspard-Ernest (1861- ?) et Abraham-Lucien (1865-1917) Lévy[8], Charles Collas (1866-1947),… En 1909, l’un des frères Vassellier devient le vice-président en province du syndicat des maîtres imprimeurs-phototypeurs[10], imprimeur d’art et éditeur à Paris, Antonin Neurdein (1846-1914)[11] pour Vice-Président sur Paris et Ernest Lévy comme trésorier.

Techniquement, la phototypie comporte d’autres postes que ceux d’imprimeur, ce sont ceux de préparateur, de monteur retoucheur et de photographe : le premier poste peut être rapproché de la photogravure et de l’héliographie, alors que les deux suivants ressortent directement de la photographie. En ce qui concerne la reproduction phototypique, les modes opératoires sont différents de ceux de la photogravure. En photogravure, l’industriel peut utiliser une simple épreuve photographique ou un document sur papier, alors qu’un phototypeur doit avoir le négatif original. Ce négatif est d’abord pelliculé en vue d’assurer son retournement dans le cas de l’illustration typographique. Le phototypeur prépare ensuite une dalle : à la surface d’une glace dont l’épaisseur atteint 12 ou 15 millimètres, il coule une couche homogène et égale de gélatine bichromatée. La dalle est ensuite portée dans une étuve de forme particulière, dont la température ne doit, en aucun cas, excéder 55 degrés, et où la dalle est maintenue en cuisson pendant 3 ou 4 heures ; durant ce temps la couche de gélatine acquiert un grain fin et régulier. La plaque, une fois séchée et grainée, est exposée à la lumière au travers du négatif original préalablement retourné. Il suffit de laver à grande eau la dalle phototypique, puis de l’imprégnée d’eau glycérinée, faiblement ammoniacale pour que, à l’encrage, l’encre prenne seulement sur les régions atteintes par la lumière, tandis qu’elle sera refusée par les régions maintenues à l’ombre ; les régions exposées à la lumière sous les transparences du négatif sont, en effet, devenues insolubles et imperméables, elles ne se mouillent pas, tandis que les régions maintenues à l’ombre par une opacité du négatif absorbent l’eau, se mouillent et refusent tout contact avec le corps gras qu’est l’encre d’impression. L’impression phototypique a, sur l’impression habituelle, l’avantage de n’exiger qu’un matériel extrêmement restreint. Aussi nombre de petits papetiers de province ont-ils monté dans leur arrière-boutique des installations sommaires de phototypie leur permettant d’obtenir la carte-postale d’actualité de leur région. Stratégiquement installés sur Nantes, Léon et Auguste vont travailler pour nombre d’éditeurs locaux et la presse nantaise. Ils recrutent d’ailleurs un jeune représentant, René Fourtas (Saint-Nazaire, 25 février 1892 – Nantes, 20 avril 1931) pour prendre les commandes et conseiller les commerçants ou les particuliers désirant éditer des cartes-postales.

Fourtas

Les Frères Vassellier éditeur de cartes-postales d’actualité

D’après le recensement de population fait en 1904, il apparaît que ce soit Auguste qui soit en charge de la photographie et Léon qui gère l’imprimerie[12]. Indice confirmé à la mort des deux frères : dans son acte de décès et dans les registres d’inhumations, Auguste est simplement décrit comme « photographe »[14]. Pourtant les deux frères semblent avoir pratiqué la photographie : car dans les documents de succession, Auguste est déclaré « photographe phototypeur »[15] et Léon « éditeur photographe »[16].

Outre quelques cartes fantaisies et un grand nombre de cartes-postales vues de villes et de lieux touristiques, les frères Vassellier éditent des cartes-postales sur des événements locaux, des fêtes locales - comme les Fêtes-Dieu ou les fêtes des Fleurs - aux grands moments historiques - comme les visites officielles -. La plupart des clichés de leurs cartes-postales vues sont pris lors des déplacements pour photographier les événements en question, ce qui permet de facilement les dater.

En 1904, la Revue Universelle publie deux de leurs clichés pris en 1903 lors de la construction du pont transbordeur de Nantes[17].

RevueUniverselle1904

En 1906, ils immortalisent les arrestations et les inventaires qui ont lieu à Nantes suite à la Loi de séparation de l’Église et de l’État et la visite du Ministre de l’intérieur Georges Clémenceau à la Roche-sur-Yon le 30 septembre 1906.

Séparation

Roche-sur-Yon

En février 1907, ils vont au Croisic photographier le paquebot Laos qui s’est échoué alors qu’il rentrait de Chine.

Laos 1

Laos 2

En mars et avril 1907, ils prennent des clichés de la grève des dockers à Nantes et en août, de la catastrophe des Ponts-de-Cé. 

Dockers

Ponts-de-Cé

En juin 1908, ils s’occupent de photographier et de publier des cartes-postales du voyage de Georges Clémenceau à Rennes.

Clémenceau

En août de la même année, ils couvrent la « Semaine Maritime » avec les journalistes de l’Espérance du peuple[18], journal de la Bretagne et de la Vendée publié entre 1850-1938.

Vassellier 1908

L'Espérance du peuple, 28 août 1908.

Semaine Maritime

Au mois d’août 1909, ils éditent toute une série « Souvenir du concours de gymnastique de Nantes ».

Gym

La même année, le directeur du pèlerinage du calvaire de Pontchâteau leur cède pour un temps « le monopole de la photographie et de la confection de phototypies de tous les monuments, de tous les sanctuaires et de tous les groupes de pèlerinage du Calvaire de Pontchâteau, à la condition que toutes les cartes-postales »[19] lui soient réservées.

Pontchateau

En 1910, ils immortalisent les inondations. En juillet et août, ils obtiennent un nouveau monopole  pour photographier et vendre les cartes-postales de la Gorsedd des bardes, du village breton et des fêtes de la Bretagne à travers les âges qui ont lieu à Nantes. 

Puis, en décembre, ils photographient les dégâts occasionnés par la catastrophe de la Divatte.

1910 inondations

Ingrandes

1910

Divatte

En mai 1911, l’un des deux frères, vraisemblablement Auguste, a un grave accident de voiture alors qu’il conduit les journalistes Jouny du Phare de la Loire et Couraud du Populaire pendant une course cycliste entre Le Pallet et Clisson[20]. Sans cet imprévu, une série de cartes-postales aurait pu voir le jour sur ce sujet.

En octobre 1912, ils font une série sur la réception à Nantes de Raymond Poincaré.

Poincaré

En juillet et août 1913, ils s’intéressent à la construction du pont provisoire après l’écroulement du Pont Maudit à Nantes.

Maudit

Quand en 1914, la guerre éclate, ils multiplient les cartes-postales sur le sujet.

Vasselier Guerre

En 1917, Auguste Vassellier meurt à l’Hopital Saint-Jacques à Nantes. En 1918, Léon le suit dans la tombe. Il est probable qu’il décède d’un emphysème pulmonaire à son domicile 13 rue de la Pelleterie. Sa veuve, Marie Louise Moëhring, récupère le corps d’Auguste qui avait été placé au cimetière Saint-Jacques pour inhumer les deux frères ensemble au cimetière de la Miséricorde. Leur tombe n’existe plus.

Le 29 juin 1918, Marie vend le fonds de commerce de phototypie et d’imprimerie du 13 rue de la Pelleterie aux établissements Charles Collas et Compagnie de Cognac moyennant 100 000 francs (fonds 45 000 francs, marchandises 55 000 francs). Le 11 décembre 1920, Charles Collas forme la Société en nom collectif Charles Collas et Cie, imprimerie typographique, lithographique, photomécanique, 13 rue Pelleterie à Nantes pour 5 ans[21].


[1]Biographie d’Albert Bergeret dans Chmura (S.), « MORINET (Georges, de Nantes) et d’ailleurs :

des récréations photographiques aux éditions Patriotic », in Cartes-postales de Rennes ou d’ailleurs, février 2015, http://cartes-postales35.monsite-orange.fr

[2] Archives Départementales de Loire-Atlantique : 3Q 16 5162

[3] Archives Départementales de Loire-Atlantique : 3Q 16 5162

[4] Archives Départementales de Loire-Atlantique : 4U 28 36

[5] Archives Départementales de Loire-Atlantique : 4U 28 36

[6] Bulletin de la papeterie, Paris, s.n., octobre 1904,p.151-152

[7]Biogaphie de Joseph Nozais dans Chmura (S.), « La Bretagne » scandaleuse d’Artaud et Nozais, in Cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, novembre 2015. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr

[8]À propos de Le Deley et de la famille Lévy voir Chmura (S.), « La Bretagne au stéréoscope : de la carte-stéréo à la carte-postale stéréoscopique », in Cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, juillet 2018. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr

[9] Le siège social du syndicat était installé au cercle de la librairie 117 boulevard St Germain. En 1927, les deux entités (Chambre Syndicale de la carte-postale et de la photogravure et Syndicat des phototypeurs) se regroupent en une Chambre syndicale française de la carte postale illustrée. En 1920, Longuet, toujours Président du Syndicat des imprimeurs phototypeurs et Secrétaire général de l’Union des maîtres-imprimeurs de France, estime qu’il « y a en France environ 45 imprimeries phototypiques parmi lesquelles un certain nombre comportent une seule machine, le total des machines devant être des 140 à 180 » [Paris le 12 juin 1920, lettre à René Fiquet, Conseiller municipal à Paris]. Il déclare d’autre part que « si l’on envisage la probabilité d’avenir, il peut sembler admissible qu’en France, comme cela s’est passé et se passe à l’étranger, les maisons faisant uniquement la phototypie disparaîtront et qu’il y aura des ateliers de phototypie incorporés dans des maisons de lithographie ».

[10] Denys-André ou Denis André Longuet, ingénieur des mines, puis imprimeur d’art et éditeur, né à Paris le 31 octobre 1861, décédé à Paris le 9 mars 1928, fils d’Auguste Benjamin Longuet (1821-1876) et Marie-Augustine Du Rais (1836-1901) ; marié à Saint-Quentin le 9 novembre 1896 avec Louise Charlotte Marie Basquin (1872-1955).

[11] Louis-Antonin Neurdein (1846-1914) voir la notice de la firme Neurdein sur le site de la Bibliothèque Nationale de France https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb13736447m.public

[12] Archives Municipales de Rennes, recensement Nantes, canton 1, 1906.

[13] Archives de Nantes : 1E 2330.

[14] Archives de Nantes : 1E 2345.

[15] Archives Départementales de Loire-Atlantique : 3Q 16 5162

[16] Archives Départementales de Loire-Atlantique : 3Q 16 5178

[17] Revue universelle : recueil documentaire universel et illustré, Paris, Larousse, 1904, p. 92-94.

[18] L’Espérance du Peuple, 27 août 1908.

[19] L’Espérance du Peuple, 30 août 1919.

[20] La Gazette de Château-Gontier, 25 mai 1911.

[21] Chambre syndicale des fabricants de la photographie, L’informateur de la photographie, Organe de la Chambre Syndicale des fabricants et négociants de la photographie, 1921, p.12.