Histoire d’une carte-postale

En Bretagne ! – 1901

Deux personnes âgées demandent l’aumône sous un écriteau où le passant peut lire que« La mendicité est interdite – arrêté préfectoral du 14 Xbre 1897 ». S’agit-il d’une carte-postale touristique parmi tant d’autres qui ne donnent à voir qu’un pittoresque théâtralisé ?

mendiants

Pour citer cet article :

Chmura Sophie, « Histoire d’une carte-postale : En Bretagne ! – 1901», cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne le 23 juin 2019. https://cartes-postales35.monsite-orange.fr, consulté le

Cet article contient des images issues des collections du Musée de Bretagne à Rennes (Marque du domaine public).

Le cliché de cette carte-postale a été exécuté entre 1898 et 1900 par Zacharie Le Rouzic (1864-1939)[1], alors gardien du musée de Carnac ouvert en 1882 pour présenter les collections de l’antiquaire James Miln (1819-1881). Entre 1887 et 1891, Le Rouzic vend aux visiteurs des photo-cartes vues d’un photographe d’Auray, vraisemblablement Joseph Coupé (1834-1895)[2]. Face à l’intérêt que cela suscite, il décide d’acquérir une chambre photographique pour produire ses propres clichés[3]. Durant toute la fin du 19ème siècle, il s’évertue à faire un inventaire des monuments mégalithiques de Carnac et des principaux sites caractéristiques des environs. Il s’intéresse également aux scènes de vie quotidienne. Très vite repéré comme le seul photographe sur Carnac, il se fait rémunérer pour photographier des mariages et des fêtes. En 1900, alors que s’amorce la création de la station Carnac-Plage qui va attirer un nombre important de voyageurs, Le Rouzic décide de publier ses photographies sous la forme de cartes-postales. Ses toutes premières cartes sont éditées par Émile Hamonic (1861-1943) photographe à Saint-Brieuc qui, dans une lettre datée du 20 janvier 1901, explique à Le Rouzic : « Pour vous remercier de votre aimable envoi, je vous adresse quelques nouvelles cartes à titre gracieux. Peu à peu, j’éditerais les monuments mégalithiques, mais on m’en demande peu. Ceux-ci sont très bien. J’éditerais avec plaisir certains de vos clichés, mais surtout des pardons, des types, etc…, tout ce que vous voudrez m’envoyer… Envoyez-moi aussi ce que vous pouvez de fantaisies, monuments, pardons, etc… Les deux mendiants sont très bien, mais, pour les tirer, envoyez-moi donc je vous prie une épreuve moins tirée. C’est trop foncé. La noce est un peu trop posée. Un instantané à table, lorsque c’est dehors, serait plus intéressant »[4]. Hamonic cherche des paysages originaux et des sujets insolites, mais également les « bretonneries » dont sont friands les touristes et qui ont fait le succès pictural de la Bretagne durant tout le 19ème siècle : scènes côtières –retour ou départ du pêcheur-, rurales –récoltes et fenaisons-, villageoises ou urbaines –marchés, sorties de messe, pardons- et surtout des scènes en costumes. Les éditeurs de cartes-postales ont alors du mal à se libérer de l’image pittoresque et folklorique, construite par la littérature de voyage du 19ème siècle, d’autant plus que les plaquettes touristiques et les guides exploitent toujours les éléments iconographiques les plus connus de la province pour orienter les touristes dans une Bretagne « toujours respectueuse du culte des ancêtres, des traditions du passé, rude pays où le voyageur se bretonnise au contact des indigènes que semble défendre de toute mode, de tout entraînement mondain, de tout parisiannisme nivelant, leurs solides clochers de pierre, leurs antiques calvaires, leur terre granitique »[5].

0032014

Les guides essayent de faire coïncider les meilleures périodes de voyage avec les fêtes du calendrier religieux et les fêtes paysannes. L’affiche En route vers le pardon entraine le voyageur vers la Bretagne pittoresque avec costumes, sonneurs et mendiants. Le drapeau tricolore rappelle au voyageur qu’il est bien en France dans une contrée à l’aune du passéisme.

Affiche touristique pour les Chemins de fer de l'Etat, collections du Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 993.0040.1 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo259313

Pauvres et mendiants de Bretagne

Sous la plume des écrivains et des voyageurs du 19ème siècle, la pauvreté apparaît comme un des éléments de l’identité bretonne. Dans la plupart des textes qui parlent de la société et de la culture bretonne, pauvres et mendiants sont largement confondus, et même si dans la langue bretonne les deux mots sont distingués respectivement par paour et klasker-bara, le premier terme recouvre souvent le second[6].

En 1886, l’éditeur Charpentier publie l’œuvre posthume Par les champs et par les grèves (voyage en Bretagne) de Gustave Flaubert[7], voyage accompli en compagnie de Maxime Du Camp de mai à juillet 1847[8]. Bien que dans ses notes préliminaires Flaubert explique qu’il ne va pas orienter son texte vers le commentaire politique parce qu’il n’a « jamais soupiré à propos des ravages des révolutions ni des désastres du temps»[9] et qu’il se perçoit comme un des « contemplateurs humoristiques et des rêveurs littéraires »[11], sa narration témoigne des transformations sociales, culturelles et politiques qui ont eu lieu pendant la Monarchie de Juillet. Dans un passage sur le marché de Rosporden, il parle de la pauvreté de la population bretonne et raconte que « Nulle part donc vous ne rencontrez comme chez nous de ces gros fermiers cossus, ventrus, à la face avinée, à la sacoche bourrée d'argent, qui s'en viennent aux foires de campagne, y font grand bruit, y marchandent longuement, se disputent en criant, se tapent dans la main, braillent dans les cafés en jouant aux dominos, s'emplissent de viandes et d'eau-de-vie, boivent jusqu'à trente demi-tasses en un jour, et ne s'en retournent que bien tard dans la nuit, tout en s'endormant sur leur bidette qui trottine lentement le long du chemin jusqu'à ce qu'elle s'arrête d'elle-même à la barrière de la cour, en reconnaissant la bonne écurie où elle a de la litière jusqu'au ventre. Mais le paysan breton repart à jeun, il eût été trop cher de manger dehors; il va retrouver sa galette de sarrasin et sa jatte de bouillie de maïs cuite depuis huit jours dont il se nourrit toute l'année, à côté des porcs qui rôdent sous la table et de la vache qui rumine là sur son fumier, dans un coin de la même pièce. D'ailleurs pourquoi serait-il gai ? Qu'a-t-il rapporté du bourg ? S'il a vendu son cheval, il lui faudra maintenant porter les fardeaux et traîner lui-même la charrue, belle avance A quoi lui sert le peu d'argent qu'il en a retiré ? est-ce que tout à l'heure ou demain ou la semaine qui s'approche on ne va pas venir le lui demander dans une langue qu'il n'entend pas, au nom de la loi qu'il ignore ? Est-ce la peine d'en gagner ? aussi travaille-t-il peu, mal, d'une façon ennuyée et sans s'inquiéter s'il pourrait mieux faire. Méfiant, jaloux, ahuri par tout ce qu'il voit sans comprendre, il s'empresse donc bien vite de quitter la ville, le bourg, et de regagner sa chaumière cachée sous des arbres touffus, derrière la haie compacte, et là il se resserre étroitement dans la famille, à son foyer, auprès de son recteur, aux pieds du saint de l'église, et il y concentre son cœur qui, condensé sur lui-même, se double d'énergie. De tout ce qui se passe il ne sait rien, si ce n'est qu'à vingt ans son fils s'en ira se battre, puis qu'il y a une ville qui s'appelle Paris et que le roi de France est Louis-Philippe dont il vous demandera des nouvelles, par interprète, en s'informant s'il vit encore, si vous le voyez souvent, et si vous dînez chez lui. Quoi qu'il soit, l'étranger pour eux est toujours quelque chose d'extraordinaire, de vague et de miroitant dont ils voudraient bien se rendre compte; on l'admire, on le contemple, on lui demande l'heure pour voir sa belle montre, on le dévore du regard, d'un regard curieux, envieux, haineux peut-être, car il est riche, lui, bien riche, il habite Paris, la ville lointaine, la ville énorme et retentissante. Dès que vous arrivez quelque part, les mendiants se ruent sur vous et s'y cramponnent avec l'obstination de la faim. Vous leur donnez, ils restent; vous leur donnez encore, leur nombre s'accroît, bientôt c'est une foule qui vous assiège. Vous aurez beau vider votre poche jusqu'au dernier liard, ils n'en demeurent pas moins acharnés à vos flancs, occupés à réciter leurs prières, lesquelles sont malheureusement fort longues et heureusement inintelligibles. Si vous stationnez, ils ne bougent; si vous vous en allez, ils vous suivent; rien n'y remédie, ni discours, ni pantomime. On dirait un parti pris pour vous mettre en rage, leur ténacité est irritante, implacable. Comme on se prend à regretter alors les bonnes bassesses facétieuses du mendiant italien, faisant la roue devant votre carriole en vous traitant d'excellence, et l'aimable gueuserie insolente du gamin de Paris qui vous demande votre bout de cigare en vous appelant général et qui le ramasse dans la boue en vous riant au nez ! La pauvreté du Midi n'a rien qui attriste, elle se présente à vous pittoresque, colorée, rieuse, insouciante, chauffant ses poux à l'air chaud et dormant sous la treille; mais celle du Nord, celle qui a froid, celle qui grelotte dans le brouillard et patauge nu-pieds dans la terre grasse, semble toujours humide de pleurs, engourdie, dolente, et méchante comme une bête malade. Ils sont si pauvres la viande pour eux est un luxe rare. Un de nos guides nous disait « C'est mon plus grand bonheur, comme je tape dessus quand j'en attrape ! » Pour le pain, on n'en mange pas non plus tous les jours. Notre postillon de Locminé n'en avait point goûté depuis huit mois. Une telle existence n'embellit pas les races; aussi rencontre-t-on quantité d'estropiés, de manchots, d'aveugles-nés, de bossus, de dartreux, de rachitiques; ainsi que les chênes dont les chétifs s'étiolent au vent de la mer et dont les robustes n'en poussent que mieux, se durcissent aux gelées, ceux qui ont traversé toute cette misère sans y rien laisser n'en paraissent que plus sains, plus droits et plus solides. Ce sont ceux-là que vous voyez passer devant vous, si austères et si forts, taciturnes sous leurs longs cheveux comme leur pays sous sa sombre verdure »[12].

Avec l’inauguration de la ligne de chemin de fer qui mène en Bretagne en avril 1857, le journal L’Illustration va publier quelques articles sur la province « contrée classique de la superstition et de la sainte ignorance » où le passage du train « va introduire les usages et les habitudes qui doivent bientôt faire rentrer la Bretagne dans le concert de notre civilisation »[13]. Dans un texte paru le 11 juillet 1857, - publication qui va d’ailleurs inspirer l’écrivain et photographe Charles Géniaux (Rennes, 12 octobre 1870 – Nice, 19 mars 1931) pour son paragraphe sur les mendiants dans La Bretagne vivante en 1912[14] -, les lecteurs de L’Illustration découvrent que la Bretagne, qui « est riche en excentricité de toutes sortes, possède plusieurs catégories de mendiants qui rappellent ces bohémiens si bien représentés dans Notre-Dame de Paris, et ces types curieux, si spirituellement caractérisés par le facile crayon du dessinateur Callot[[15]]. Le premier anneau de la chaîne de la mendicité bretonne, c’est le mendiant vagabond. Demandez-lui son origine ? Il ne la connaît pas ; d’où vient-il ? Il l’a déjà oublié ; où va-t-il ? Il l’ignore. Comme le chevalier errant, il marche toujours seul au hasard, sans projet arrêté, sans préoccupation de l’avenir, à la recherche de la fortune. Une incorrigible paresse l’a fait mendiant. À Naples, insouciant et joyeux lazzarone, il aurait fumé son cigarillo, étendu sur les grandes places, et contemplant dans un doux farniente le beau ciel de l’Italie. En Bretagne, à demi couvert de haillons, il fume incessamment un brûle-gueule dont la vague fumée à plus d’un rapport avec l’incertitude de son existence. A-t-il faim ? Il s’approche d’une ferme où rarement on lui refuse un verre de cidre et un morceau de pain. Quand on a besoin de renfort, au temps de la moisson par exemple, on le retient souvent et il passe quelques jours dans la métairie. Mais, bientôt fatigué de ce travail inaccoutumé, et abondamment pourvu de nourriture, il s’esquive sans remerciement et sans bruit pour reprendre sa course vagabonde. S’il affectionne les Pardons, c’est que là il trouve moyen d’utiliser ses talents divers et de vivre aux dépens de la foule. Mais, sur sa route, s’il rencontre un paysan embarrassé du bétail qu’il ramène de la foire, notre mendiant vagabond lui offrira ses services et, changeant brusquement d’itinéraire, reviendra sur ses pas, et mangera et boira copieusement tout un jour, grâce à cette occasion fortuite. Encore une fois rien de fixe dans cette existence nomade ; il s’attache à toute circonstance favorable et la met à profit ; il rétrogradera sans regret, si on le lui propose, pour recommencer le lendemain ce pèlerinage sans terme et sans but précis. Cette sorte de mendiants vagabonds se compose de jeunes gens de l’un ou l’autre sexe, doués, comme bien l’on pense, de tous les vices, et vivants ou mieux errants, toujours seuls. Vers l’âge mûr, le mendiant vagabond se réunit à deux vagabondes qui ont su lui plaire, et alors commence un autre genre de vie ; c’est le second degré de la mendicité bretonne : il continue son existence nomade, mais en famille cette fois, avec ses deux femmes, et par la suite, avec une foule d’enfants déguenillés et de chiens affamés, plus amaigris, plus souffreteux, plus estropiés les uns que les autres. On les voit sur toutes les routes de foires et de Pardons, et c’est à la fois un curieux et pénible spectacle que celui de cet homme au teint hâve, à l’œil éteint, remorquant après lui ses deux femmes qui, dans leur abjection, ont encore conservé des restes de beauté, et qui traînent leur petite famille si exténuée de lassitude que souvent elles sont obligées de la charger sur leurs épaules, au terme du voyage. Après la fête, où le chef de la caravane a spéculé sur les infirmités précoces de sa pépinière de petits vagabonds, toute la bande se réunit au rendez-vous donné dans l’un des fossés de la grand’route : et là, durant la nuit, se passent d’ignobles orgies où les femmes et l’homme, les chiens et les enfants, gorgés de viande et de vin, oublient dans l’ivresse et leurs misères passées et leurs privations futures. Les excès de cette vie immonde les abrutissant de plus en plus, et leur faisant perdre toute vigueur physique, en même temps que toute force morale, l’homme et ses femmes se voient à la fin, forcés d’abandonner leurs fatigantes pérégrinations et, devenus idiots ou infirmes, ils rampent autour des églises, et aux jours des Pardons, pour quelques centimes, ils font sur leurs genoux, le tour de la fontaine sacrée ou de la chapelle illustrée par quelque miracle. Avec la vieillesse, arrive la dernière période de cette existence, période encore plus repoussante que les autres. Aveugles et boiteux, culs-de-jatte et goutteux, lépreux et paralytiques, tous, dans les assemblées, agitent leurs crécelles et, d’une voix qui n’a plus rien d’humain, hurlent quelque lugubre complainte. Près d’eux sont exposés de monstrueux enfants, informes et horribles, ébauches de créatures, dont les plaies et les difformités ne sont que trop souvent les chefs-d’œuvre de leurs barbares parents. Le soir venu, cette population hideuse, digne d’orner la Cour des Miracles, se groupe dans un lieu écarté, et se livre aux ignobles satisfactions de l’ivrognerie et de la gourmandise, quand l’aumône a été abondante. Voilà l’échelle de la mendicité bretonne. On débute vagabond pour devenir, quand Dieu vous prête vie, ou cul-de-jatte ou lépreux. C’est le cercle fatal dont ne peut sortir quiconque s’est une fois initié aux ténébreux et infâmes mystères de cette vie oisive et coupable. Toutefois, la Bretagne possède une classe exceptionnelle de femmes indigentes et vertueuses. Celles-là sont vieilles et, un bâton à la main, un sac sur le dos, s’en vont frapper à toutes sortes de portes et demander l’aumône, jusqu’ici rien de bien saillant. En tout pays, on trouve que trop de ces pauvres hères qui, souffreteux et courbés par l’âge, n’ont d’autre moyen de subsistance que la charité. Mais la Bagvalen a un genre particulier d’industrie, non seulement capable de subvenir à ses besoins, mais encore de la bien faire accueillir quelque part qu’elle se présente. Trop faible pour colporter des marchandises et des étoffes, elle s’en va parcourant le pays, et propageant en tout lieu les nouvelles qu’elle recueille et qu’à chaque nouveau récit elle orne de quelque merveilleuse et nouvelle amplification. La Bagvalen voit tout, comme le solitaire, elle est partout ; le soir elle soupe à deux lieux de l’endroit où elle a déjeuné ; mais sauf quelques cas bien rares, elle revient toujours coucher à son village. Dans cette existence nomade, épiant tout ce qui se dit, à l’affût de tout ce qui se passe, interprétant un geste, devinant un sourire, pénétrant ce qu’on liu cache, la Bagvalen, mieux que monsieur le Recteur lui-même, connaît la chronique du pays. Puis, profitant habillement de ces avantages, la Bagvalen, courrier de nouvelles, devient entremetteuse de mariages. Elle voit les deux parties ; son éloquence les entraîne, et ses manœuvres amènent souvent des unions. Parlons d’une autre classe de pauvresses, beaucoup moins intéressantes, et par le métier qu’elles exercent, et par l’aridité et l’hypocrisie de leur caractère ; ce sont les ensevelisseuses de morts. Comme les corbeaux, elles flairent le cadavre ; de même que ceux-ci planent autour de leur proie, de même elles rôdent autour de la demeure du moribond. À peine a-t-il cessé d’exister, qu’elles envahissent la maison pour procéder à leur triste ministère. Là profitant du désordre habituel en pareil cas, elles font main basse sur tout objet qui se présente à leur portée. Aux assemblées, ce sont elles qui vendent des cierges ; aux Pardons, elles distribuent, moyennant rétribution bien entendu, l’eau de la fontaine merveilleuse ; et le soir ou le lendemain de tous ces jours, avec leurs profits, elles font bombance dans quelque bouge abject, car l’ivrognerie et la gourmandise, tel est le caractère fondamental de tous les mendiants bretons. Ces femmes hideuses sont toujours couvertes de médailles, de cœurs, de croix et de chapelets ; c’est l’indispensable complément de leur équipement dévotieux ». Depuis le début des années 1840, la mode est aux études de mœurs et aux physiologies, type de littérature qui cherche à opérer une description et une classification des différents individus composant la société française pour les ramener à des types nettement identifiables[16]. Le personnage du mendiant n’échappe pas à cette entreprise de classification sociale. La presse en reprend les principes, ce qui témoigne de la curiosité insatiable du public pour les marges où les représentations duvagabond et du mendiant siègent à côté de celle du prisonnier, de la prostituée et du fou. Scruté de toutes parts, soumis au regard d’une élite, à celui des bourgeois, des romanciers et des journalistes, les mendiants de Bretagne sont étudiés comme des cas particuliers en France.

1857 Vaumort

Types de mendiants de la ville et de la campagne, à Rennes et ses alentours. D’après un dessin de M. Vaumort.

Gravure publiée dans L’Illustration, Journal Universel du 14 mars 1857, n°733. Contrairement à de nombreuses légendes, la scène n’a pas lieu aux portes d’une église, mais bien à la sortie d’un hôtel de voyage rennais avec bureau de messageries, comme celui que décrit en 1863 Hippolyte Taine (Vouziers, 21 avril 1828 – Paris, 5 mars 1893) dans son carnet de voyage lors de son passage à Rennes : « En outre, saleté, puanteur, pauvreté de tous les quartiers extérieurs ; c’est depuis six ans seulement qu’on y bâtit des maisons propres. Plusieurs endroits m’ont rappelé la Juiverie de Francfort. Tout est sale ici, même l’hôtel qui est le premier de la ville et fort cher. La cour est commune avec un autre hôtel où aboutissent les messageries ; tapage, mendiants, etc. Celui-ci est un reste de vieil hôtel bourgeois avec de hautes chambres, de vieux meubles achetés aux ventes, des papiers déchirés et partout les mauvaises odeurs »[17].

Dans cette veine, l’écrivain et journaliste Octave Mirbeau (Trévières, 16 février 1848 – Paris, 16 février 1917) donne en 1887 une description sombre des mendiants des Pardons bretons : « Tous les tableaux de ces fêtes n'ont pas cette couleur ni cette gaieté; il en est de sombres, d'effroyables, devant lesquels beaucoup reculeraient d'épouvanté. Sur la route de Pluneret à Sainte-Anne la plus passagère de toutes les misérables, les estropiés, les monstres étalent leurs loques vermineuses et des plaies qui n'ont pas de nom on marche dans l'horreur, le cœur chaviré, le cerveau soudainement affolé comme par une hallucination d'enfer. De quels abîmes inconnus, de quels terrifiants cauchemars, de quels germes atroces sortent donc ces êtres maudits qui sont là, vautrés sur les berges, entassés dans les fossés. Car ils sont là, deux cents, trois cents peut-être, peut-être davantage, ils sont là, de chaque côté de la route, criant, pleurant, implorant et grouillant sous le soleil qui les ronge, qui accélère leurs vivantes pourritures. Se peut-il qu'il y ait, quelque part, de semblables épouvantements, et que la nature ait pu créer cette hideuse folie, ce paradoxe monstrueux des souffrances humaines ? Quoi, ce sont des hommes, ces larves effrayantes, 'ces paquets de chair décomposée, ces tronçons de corps déformés qui se soulèvent et se tordent? Des hommes, est-ce possible? Les uns rampent sur des moignons sanguinolents; d'autres, le nez coupé, là bouche rongée et toute noire, les yeux invisibles, couverts d'infectes purulences, s'agitent sous des guenilles aux odeurs de charnier; un autre, couché sur un mètre de pierre, le ventre nu, gonflé ,comme une outre qui avait roulé dans du sang, la poitrine nue, tailladée à vif, luisante de suintements ignobles, semble un monceau de chair écorchée, de viande corrompue, sur laquelle s'acharnent les mouches. Un autre encore, énorme, incohérent, impossible, les bras et les mains coupés, bondit sur son ventre et lèche les ordures de sa langue. Àcôté, une femme en proie à une attaque d'épilepsie, se débat et hurle, l'écume aux dents elle est à moitié nue, ses bras, démesurément longs et démesurément maigres comme ceux des monstres japonais, sont ankylosés; et je ne sais rien de plus effarant que la fureur livide de cette face, la torsion douloureuse de ce corps et l'immobilité de ces membres. C'est encore une femme, les seins dévorés par un cancer, qui allaite deux enfants nus, à tête d'hydrocéphale. J'en ai vu un qui, avec une brindille d'arbuste, retirait des vers de ses plaies, les étalait sur ses loques et les montrait, fièrement aux passants. Puis, des fous grimaçants, crispant leurs doigts dans le vide; des innocents, au regard mort, habillés de vieilles défroques de femme, et toujours des amas d'êtres à moitié morts, charognes vivantes, échappées au cimetière, à l'amphithéâtre, à la Morgue ! Où donc étaient les belles filles de Fouesnant, de Concarneau et de Pont-Aven, amusants polichinelles avec leurs coiffes à deux cornes et leurs collerettes blanches qui dansent sur les poitrines rondes ? Où donc les jolies filles de Quimperlé, dont le profil délicat et pâle ressemble à celui des vierges de vitrail ?... Elles passaient entre cette double haie de suppliciés, dans ce sang, dans ce pus, dans cet enfer, indifférentes et rieuses parfois, et toujours chantant, de la voix traînante qu'ont les Bretonnes :

Vierge immaculée,

En toi nous croyons.

Vierge immaculée,

Sauve tes Bretons ! »[18]

Albert Robida (1848-1926) dans La vieille France Bretagne, paru à la Librairie illustrée en 1891, fait un portrait assez proche de celui de Mirbeau du chemin qui mène au pardon de Saint-Anne à Auray :« Sur les bas côtés de la route, psalmodiant des complaintes, des appels à la charité des pèlerins, en breton ou en français, entremêlant les deux langues, sur tous les tons de voix possibles, les uns débitant des prières monotones, ou clamant de lamentables supplications, pendant que d'autres, pour se faire entendre par-dessus le choeur, crient d'une voix aiguë leurs appels à la charité, ils détaillent leurs infirmités ou racontent le malheur qui leur est arrivé, en scandant les psalmodies explicatives d'interruptions et de soupirs.

— Ce n'est point fainéantise, bonnes gens !... c'est la maladie, bonnes gens !... la maladie ! pendant des mois, bonnes gens ! pendant des années ! a ravagé, bonnes gens !... mon pauvre corps !...

Cela est crié en français, puis répété en breton. Cette abondante et ambulante cour des miracles d'un pittoresque horrible, a trimballé sur la route toutes les infirmités possibles, toutes les plaies qui peuvent affliger la pauvre humanité. Il en est venu de tous les coins de la Bretagne, des estropiés montrant leurs moignons, des infirmes exposant de hideuses anatomies, des femmes déguenillées exposant des poitrines effroyables et des bras desséchés, des innocentes qui ricanent et se dodelinent tirées par leurs mères, des malheureux se traînant à terre, des moitiés d'homme se roulant dans d'informes chariots de bois, tous se pressant et se bousculant autour des pèlerins, pendant que d'autres infirmes qui ne peuvent remuer gémissent sur des matelas déposés en bas du talus, ou que de graves aveugles barbus assis en haut de ces talus, enveloppés dans les trous de leurs manteaux, murmurent des Pater noster et des appels à la charité... »[19]

À la fin du 19ème siècle, les touristes et le public parisien imaginent facilement l’espace des pardons bretons comme une scène ou une galerie où se rencontrent toutes les physiologies de la marginalité.

Iconographie du « quatrième degré de la misère »[20]

Dès les années 1830 et 1850, tableaux, dessins, estampes et illustrations brossent le portrait général de la Bretagne avec des sujets historiques ou plus anecdotiques et des scènes de genre très appréciées par les amateurs d’art. Marginaux et mendiants attisent l’intérêt des artistes à la recherche de types bretons hauts en couleurs et susceptibles d’étonner. L’iconographie des mendiants devient en vogue en même temps que celles de la vie rurale et des petits métiers, à un moment où les artistes qui voyagent à travers la Bretagne recherchent à la fois l’idéal esthétique et la singularité, mais également la réalité physique où transparait la dureté d’une vie.

Dans La Bretagne ancienne et moderne de Pitre-Chevalier (Paimboeuf, 16 novembre 1812- Paris, 15 juin 1864), Octave Penguilly l’Haridon (Paris, 4 avril 1811- 3 novembre 1870) dessine deux mendiants, dont un estropié à l’aspect sinistre qui fait penser aux gueux de Callot[21]. L’illustration accompagne un passage sur les caqueux[22], indigents qui n’étaient pas intégrés à la population bretonne car ils étaient considérés comme des lépreux héréditaires.

Penguilly 1

Callot

Penguilly en représente également pour le chapitre consacré aux Bretons dans Les Français peints par eux-mêmes[23] où Alfred Potier de Courcy (Brest, 9 novembre 1816 – 18 octobre 1888) écrit « la caste la plus honorée est celle des mendiants, figures étranges, dont la religion a ennobli les haillons, que le fermier accueille et vénère comme les hôtes et les amis du bon Dieu. Rebuté partout ailleurs, le mendiant est, en Bretagne, l’objet d’une sorte de culte ; il a place à la table et au foyer, et paye l’hospitalité qu’il reçoit en prières, en nouvelles et en chansons. Le tailleur est voué au ridicule et au mépris ; il faut, dit le proverbe, neuf tailleurs pour faire un homme, nao kamener evit ober eunn den ; et quand on nomme sa profession, on ajoute communément : sauf votre respect, comme si l’on rougissait de la parole prononcée. Et cependant il est jovial, spirituel et galant ; il est le colporteur de tous les cancans, le messager de tous les amours, l’entremetteur de tous les mariages, l’improvisateur de tous les épithalames, et les jeunes filles le dédommagent par leurs sympathies et leurs confidences des mépris hautains des hommes. Mais qui dira les misères morales, la dégradation sociale des cordiers, ces tristes parias de la Bretagne ? Flétris de nom de Kakous (caqueux), on ne leur a pas pardonné la lèpre qui rongeait leurs ancêtres ; ils vivent presque aussi isolés, sans avoir part aux fêtes et aux joies du village, sans pouvoir échapper à l’aversion héréditaire qu’ils inspirent. Et si nous avions le loisir de peindre ces quatre principales figures du groupe rustique, dont chacune mériterait une étude spéciale, il nous resterait à parler des tribus nomades de sabotiers et de charbonniers, qui n’ont d’autre asile qu’une hutte dans les forêts, et qui brûlent, en partant, leur demeure d’un jour, pour s’en construire une semblable dans le nouveau bois qu’on leur donne à exploiter ; du pauvre pillawer, qui, toujours seul, et partout étranger, descend des montagnes d’Arèz, et va quêter de ville en ville des chiffons pour les papeteries ; du fiévreux mineur de Huelgoat, qui vit à quatre cents mètres sous terre, et voit à peine une fois par semaine le soleil qui éclaire les cascades les sapins et les ravissants coteaux de sa patrie. Ainsi, l’inégalité des conditions et des rangs, et les préjugés de la naissance, sont plus frappants peut-être dans les campagnes de Bretagne qu’au sein d’une capitale »[24].

Penguilly 2

Le goût pour le pittoresque est perceptible dans ce chapitre sur les Bretons et le dessin de Penguilly répond à une curiosité pour une population qui fascine et effraie à la fois. Également dans Les Français peints par eux-mêmes, un chapitre est consacré à la physiologie de la pauvreté où la question pénale est sérieusement abordée par le juriste Louis-Mathurin Moreau-Christophe (Loches, 5 janvier 1799- Paris, 21 avril 1881). Il écrit que « La mendicité est le quatrième degré de la misère ; c’est l’indigence dans la rue, nue, squalide, hideuse à voir ; c’est l’indigence nous barrant le chemin et nous demandant le pain qu’elle ne sait, ne veut, ou ne peut pas gagner. Prenons garde ! si nous ne savons la prévenir, ce sera vainement que nous voudrons la réprimer »[25]. Ce passage témoigne de la volonté de constituer un savoir sur la marginalité, mais surtout de la maîtriser, ce qui se retrouve dans certaines images humoristiques. En effet, la multiplication des images d’inspiration bretonne ouvre la voie à la caricature. Alfred Darjou (Paris, 13 octobre 1832- 22 novembre 1874) dans son Voyage comique et pittoresque en Bretagne publié dans le Journal amusant en 1859, assortit son dessin du commentaire « la mendicité n’est pas interdite (tant pis) ».

caricature

Ce dessin permet de rappeler que contrairement au vagabondage, la mendicité n’est pas alors un délit en soi, sauf certaines conditions, comme l’existence d’un dépôt de mendicité dans le département ou dans la ville où les personnes sont prises en flagrant délit de mendicité[26]. Au 19ème siècle, la mendicité est avant tout dû à la structure économique et sociale de la Bretagne : l’hiver l’indigence augmente du fait du ralentissement ou de l’arrêt de l’agriculture, du bâtiment voire de la pêche. En Basse Bretagne, les mendiants qui colportent dans les marchés et les noces des nouvelles et des chansons, sont surtout présents dans les hauts lieux religieux, églises, calvaires, fontaines et pardons où ils récitent des prières à l’intention des donateurs. Cette situation que tous mettent au compte de l’esprit chrétien de la population bas-bretonne est vivement critiquée par les préfets qui dénoncent dans la charité aveugle la cause principale de l’importante mendicité en Bretagne. Dans La légende de la mort chez les Bretons armoricain, Anatole Le Braz explique la place des mendiants dans la société bretonne et l’importance morale que revêt l’aumône aux yeux des Bretons : « On peut dire que les pauvres sont les rois fainéants de la Basse-Bretagne. Le mot « rois » n'est pas aussi métaphorique qu'on pourrait le croire. Certaines familles forment de véritables dynasties de mendiants. L'état de « chercheur de pain », (klaskerbara) est chez nous comme empreint d'un caractère de majesté. À nos pardons, les pauvres jouent un rôle plus essentiel que les prêtres. Leur royauté est de droit divin. On les vénère comme les proches parents de Dieu. On se considère comme tenu de les héberger, de les nourrir. Ils vous disent : « Je dînerai chez vous, tel jour. » On se donne bien garde de les mal accueillir. Ils distribuent ainsi leurs journées entre leurs bienfaiteurs, j'allais dire entre leurs sujets. Ils vous abordent avec une patenôtre, vous quittent en vous laissant une bénédiction et c'est vous qui êtes leur obligé. Partout on fait d'eux grand état. Ceux d'entre eux qui ne sont pas des idiots, des « innocents » ont souvent une sorte de supériorité intellectuelle sur les gens du peuple qui vivent de leur travail. N'ayant pas à se préoccuper de la vie matérielle, ils ont le loisir de cultiver leur esprit, d'orner leur mémoire. J'en connais qui sont de magnifiques discoureurs, d'autres qui philosophent. Tous sont des gazettes vivantes, des journaux ambulants. Il en est qu'on peut feuilleter comme un livre, comme une « somme de traditions populaires ». Ceux-là font parfois école : ils lèguent à des disciples un enseignement oral ; ce sera vraiment grand dommage le jour où aura disparu le dernier d'entre eux » [27].

L’arrêté du préfet du Morbihan du 14 décembre 1897, dont il est fait mention sur la pancarte de la photographie de Le Rouzic, a été décrété suite à des plaintes au sujet de la présence de nombreux mendiants et vagabonds. L’article 1er prescrit qu’« À partir du 1er janvier 1898, la mendicité sera interdite dans le département du Morbihan. Des tablettes ou écriteaux mentionnant cette interdiction seront placés sur un point bien apparent, par les soins de MM. Les Maires, aux principales entrées des communes »[28]. La répression de la mendicité est alors rendue difficile par le faible équipement du système d’assistance. Bien que les touristes aient surtout du goût pour les images pittoresques, ce qui n’incite vraisemblablement pas les photographes à avoir un engagement social, la carte-postale des mendiants de Le Rouzic montre bien la réalité de la pauvreté et des crises économiques en Bretagne, d’autant plus que « la mise en scène du photographe n’est pas si originale qu’on pourrait le croire puisqu’un rapport de 1858 sur l’extinction de la mendicité dans le Finistère prétendait déjà que ces mendiants "on les voit, au pied de l’écriteau qui leur défend de mendier, tendre la main au magistrat qui passe" »[29], phrase reprise en 1873 par le secrétaire de la préfecture des Côtes-du-Nord pour critiquer les départements qui n’ont pas créé de dépôts de mendicité et qui se contentent d’afficher des règlements interdisant la mendicité[30].

Vendredi

Lorsque Le Rouzic édite à son propre compte des cartes-postales, il change la légende associée à son cliché pour le nommer « le vendredi ». En effet, traditionnellement le vendredi les vagabonds quêtaient de porte en porte ou priaient à genoux en attendant l’aumône ou le relief des repas.

Le succès du sujet : de la photo-carte à la carte-postale

La scène photographiée par Le Rouzic a vraisemblablement été composée et élaborée pour son effet pittoresque, mais elle n’en est pas moins vraie et vécue. En 1905, certains éditeurs, comme Auguste Duclos (Alger, 30 septembre 1853 - Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, 27 novembre 1924) spécialisé dans les types locaux, publient des clichés qui s’en inspirent, ce qui prouve la grande popularité touristique du thème.

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Durant la première décennie du 20ème siècle, rares sont les collections éditoriales de cartes-postales ayant pour thème la Bretagne qui ne contiennent pas au moins une photographie de mendiant.

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Le Rouzic

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Anglaret

La plupart des clichés respecte toujours l’esthétique pittoresque du 19ème siècle, d'ailleurs, il s’avère que certaines photographies utilisées ont été prises entre 1860 et 1900.

En 1905, Armand Castelaine (Nogent-sur-Marne, 11 septembre 1874 – ?), dépositaire de journaux rue la Patrie à Lorient, fait imprimer des cartes-postales en semi-bromure chez A. Bréger frères, 9 rue Thenard, Paris[31]. Le cliché qu’il utilise pour illustrer un « type de mendiant breton » a été pris dans les années 1860 par le photographe Benjamin Pépin (Cléden, 6 juillet 1813 – Laval, 26 mars 1881)[32] qui l’avait publié sous la forme de photo-cartes. La légende apposée par Castelaine semble avoir été entièrement inventée. Le mendiant a bien été photographié dans le Morbihan, mais vraisemblablement pas à Lorient : le Musée de Bretagne conserve une photo-carte où il est marqué qu’il serait d’Auray[33]. L’homme, qui a l’allure type des mendiants de Penguilly, a été photographié devant une toile de studio.

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Lorient

Portrait d'un mendiant breton, Collections du Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 996.0024.11, permalien : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo216214

Émile Hamonic (Moncontour, 25 août 1861 – Saint-Brieuc, 20 octobre 1943) et Armand Waron (Pléneuf-Val-André, 1er août 1868 – Saint-Brieuc, 25 novembre 1956) [34 et 35], éditeurs briochins, ont également parfois utilisés des photographies du début des années 1890. Certains clichés ont servi de modèles pour l’illustration du guide Vingt jours en Bretagne : de Saint-Malo à Brest qui stipule que « M. Moisan, photographe à Paimpol possède sur son pittoresque pays une collection de vues exquises, faite en véritable artiste, et que nous sommes heureux de recommander aux touristes-amateurs »[36] et qu’à Morlaix « sur la place Thiers demeure un photographe-artiste, M. Fougère, Breton bretonnant des plus aimable et que nous vous présentons comme l’un des plus riches en souvenirs et en vues pittoresques de son pays, dont il étudie amoureusement tous les côtés »[37]. Les photographies prises par Armand Moizan/Moisan (Paimpol, 1er novembre 1854- Nantes, 10 octobre 1916)[38]ont été publiées par Hamonic et celle de Jean-Baptiste Fougère (Champrenault, 24 avril 1833 – Morlaix, 1er août 1898) par Waron.

VingtJours

Moisan 2

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Fougere

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Vingt jours en Bretagne regorge de dessins montrant des mendiants demandant l’aumône ou déambulant dans les rues des villes et villages à visiter des Côtes-d’Armor.

Dans le Finistère, le photographe Joseph Marie Villard (Quimper, 28 juin 1868 – Nantes, 9 février 1935)[39] publie en 1900 des cartes-postales qui montrent des assemblages de divers costumes dont un photomontage de plusieurs mendiants, image créée à l’origine pour être vendue sous la forme d’une photo-carte. Inspiré par les scènes de genre, Villard a avant tout cherché un effet pittoresque sans tenir compte de l’échelle des différents personnages photographiés à l’origine par son père Joseph Villard (Plouaré, 8 juin 1838- Quimper, 16 mars 1898) dans les années 1880-1890.

Villard

Villard couleur

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Portrait d’un homme de Briec par Joseph Villard, Collections du Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 994.0065.50, permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo213615





[1] Chmura (S.), « L’archéologie et les cartes postales», cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mars 2015. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr

Zacharie LE ROUZIC

Archéologue

Né à Carnac le 24 décembre 1864, fils de Zacharie Le Rouzic (1823- ?), tisserand, et Marie Perrine Brazo (1822-1897).

Marié le 7 octobre 1890 à Carnac avec Marie Julienne Gouzerh, née le 11 janvier 1870 à Carnac, fille de François Marie Gouzerh, cabaretier et Marie Julienne Madec; décédée en 1951.

D’où : 1°) Marie Julienne Le Rouzic (1891-1965), mariée le 12 septembre 1913 avec Flavien François Pierre Roy (1890-1954) ; 2°) Joséphine Marie Vincente Le Rouzic (1894-1978), mariée avec Pierre Jacq.

Décédé le 15 novembre 1939 à Carnac.

[2] Chmura (S .), « Pauvres pierres ! Les mégalithes bretons en cartes postales », Cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, juin 2017, http://cartes-postales35.monsite-orange.fr

[3] Bailloud (G.) et Wilhelm-Bailloud (G.), Zacharie Le Rouzic, archéologue et photographe à Carnac, Vannes, éditions Blanc & Noir, 2015, p.30-31.

[4] Lettre citée par Bailloud (G.) et Wilhelm-Bailloud (G.), Zacharie Le Rouzic, archéologue et photographe à Carnac, Vannes, éditions Blanc & Noir, 2015, p.68.

[5] Constant de Tours, Vingt jours en Bretagne : de Saint-Malo à Brest, Paris, Librairies-imprimeries réunis, 1892, p. 3.

[6] Ainsi dans les volumes de Gwerziou et Soniou de François-Marie Luzel (Plouaret, 6 juin 1821 – Quimper, 26 février 1895), le folkloriste qualifie ses informateurs de paour dall ou de paour koz, ce qui veut dire littéralement « pauvre aveugle » et « pauvre vieille », mais qui est traduit en français par « mendiant aveugle » et « vieille mendiante ».

[7] Flaubert (G.), Par les champs et par les grèves (voyage en Bretagne) : accompagné de mélanges et fragments inédits, Paris, G. Charpentier, 1886, 331p. Flaubert avait mis au propre ses notes dans un manuscrit daté le 3 janvier 1848 et dont la page de titre porte « Par les champs et les grèves (Voyage en Bretagne) ».

[8] En août 1847, Flaubert explique dans une lettre à une amie « Tu me demandes des renseignements sur notre travail à nous deux Maxime et moi, sache donc que je suis harassé d’écrire, le style, qui est une chose que je prends à cœur, m’agite les nerfs horriblement. […] Voici donc ce que nous faisons : ce livre aura XII chapitres, j’écrirai tous les chapitres impairs, 1, 3, etc., Maxime tous les pairs, c’est une œuvre, quoique d’une fidélité fort exacte sous le rapport des descriptions, de pure fantaisie et de digressions ; écrivant dans la même pièce il ne peut se faire autrement que les deux plumes ne se trempent un peu l’une dans l’autre, l’originalité distincte y perd peut-être, ce serait mauvais pour tout autre chose, mais ici l’ensemble y gagne en combinaisons et en harmonie. », in Flaubert (G.), Correspondance. Précédé de Souvenirs intimes. I. 1830-1850, Paris, Charpentier, 1887-1893, p.195-196. Après avoir fait établir deux copies de leur ouvrage, Flaubert et Du Camp renoncent à le publier. En 1886, le texte écrit par Flaubert est toujours inédit, à l’exception d’un chapitre, Les pierres de Carnac, publié en 1838 dans l’Artiste et de quelques fragments révélés dans le journal Le Gaulois. D’ailleurs dans une lettre à Georges Sand datée de 1866, Flaubert écrit « Je n’ai pas retrouvé mon article sur les dolmens. Mais j’ai le manuscrit entier de mon voyage en Bretagne parmi mes "œuvres inédites"», in Flaubert (G.), Correspondance. Précédé de Souvenirs intimes. III. 1854-1869, p. 300. Maxime Du Camp, quant à lui, avait publié ses Souvenirs de Bretagne dans la Revue de Paris en 1852 et 1853, textes reproduits dans le Morlaisien les 3 mai au 6 septembre 1876.

[9]Œuvres complètes de Gustave Flaubert. 10, Par les champs et par les grèves ; Voyages et carnets de voyages, Paris, Club de l’honnête homme, 1973, p. 41.

[10]Œuvres complètes de Gustave Flaubert. 10, Par les champs et par les grèves ; Voyages et carnets de voyages, Paris, Club de l’honnête homme, 1973, p. 165.

[11]Œuvres complètes de Gustave Flaubert. 10, Par les champs et par les grèves ; Voyages et carnets de voyages, Paris, Club de l’honnête homme, 1973, p. 40.

[12] Œuvres complètes de Gustave Flaubert ; Par les champs et par les grèves ; Voyages et carnets de voyages, Tome 10, Paris, Club de l’honnête homme, 1973, p. 143-148.

[13] L’illustration, 9 mai 1857.

[14] Géniaux (C.), La Bretagne vivante, Paris, H. Champion, 1912, p. 33-36.

[15] L’auteur fait ici référence à la série titrée « Les Gueux », composée de 25 estampes de Jacques Callot (Nancy, vers 1592- 24/25 mars 1635) publiées entre 1622 et 1623.

[16] Sieburth (R.), « Une idéologie du lisible : le phénomène des physiologies », in Romantisme, n° 47, 1985, p. 39-60.

[17] Taine (H.), Carnets de voyages, Paris, Librairie Hachette et Cie, 1897, p. 42.

[18] Mirbeau (O.), « Croquis de fêtes bretonnes », in Le Gaulois, 1er août 1887.

[19] Robida (A.), La Vieille France. Bretagne, Paris, Librairie illustrée, p. 275

[20] Moreau-Christophe (L.-M.), « Les pauvres : physiologie de la misère », in Les Français peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle, Paris, L. Curmer, 1840-1842, p. 28.

[21] Pitre-Chevalier, La Bretagne ancienne et moderne, Illustrée par MM. Adolphe Leleux et O. Penguilly, Paris, W. Coqueberert, 1844, entre les pages 572 et 573.

[22] Dit aussi cacous. Le terme désigne des personnes misérables ou méprisées, traditionnellement des personnesdescendantes des lépreux.

[23] Les Français peints par eux-mêmes se composent de neuf volumes de physiologies décrivant des habitants de Paris et de la province. Pour la rédaction, l’éditeur Léon Curmer (1801-1870) a fait appel à de nombreux écrivains et journalistes. Neuf volumes voient le jour entre les années 1840-1842. Dès le quatrième volume Curmer ajoute un sous-titre qui présente le recueil comme une Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle.

[24] Les Français peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle, Tome 3, Paris, L. Curmer, 1840-1842, p. 32-33.

[25] Moreau-Christophe (L.-M.), « Les pauvres : physiologie de la misère », in Les Français peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle, Paris, L. Curmer, 1840-1842, p. 28.

[26] Article 274 du code pénal de 1810.

[27] Le Braz (A.), La légende de la mort chez les Bretons armoricains (Nouvelle édition, refondue et augmentée, avec des notes sur les croyances analogues chez les autres peuples celtiques), Paris, H. Champion, 1902, p. 284-285.

[28] Recueil des Actes Administratifs du Morbihan, arrêté du Préfet du 14/12/1897.

[29] Haudebourg (G.), Mendiants et vagabonds en Bretagne au XIXe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1998, p. 55.

[30] Ibid.

[31] Biographie d’Alcide et Arthur Bréger dans Chmura (S.), « Rennes en couleurs 1900-1920 », cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mars 2019. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr

[32] En 1851, Benjamin Pierre Marie Pépin est recensé rue Napoléon à Laval. Il travaille comme miroitier, métier qu’il a exercé auparavant à Limoges et à Périgueux. Il semble qu’il ouvre un atelier de photographie dans sa boutique vers 1852. En 1858, il acquiert un terrain rue du Lieutenant à Laval où il fait bâtir une maison avec un atelier de photographie dans le jardin. Pépin est actif à Laval jusqu’en 1874. En 1876, il est recensé à Guingamp, après avoir résidé à Landerneau. Son fils Charles (Périgueux, 28 juin 1843 – Brest, 16 mai 1902) exerce avec lui jusqu’à ce qu’il reprenne après son mariage en 1867 l’atelier de photographie de Léon Gigon (Saint-Laurent-de-Belzagot, 17 mars 1833 – Quimperlé, 17 août 1885), 56 rue de Siam à Brest. Pépin vendait des portraits et des vues prises à Laval, Quimper, Plougastel, Sainte-Anne d’Auray, Carnac, Dinan, Hennebont, Dol-de-Bretagne, Fougères ou Vitré. Certaines vues ont été prises enstéréoscopie et datent de 1869.

[33] Portrait de mendiant, collections du Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 997.0066.18.41, permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo262603

[34] Chmura (S.), « Karten-Bost », cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, novembre 2016. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr

[35] Chmura (S.), «Armand Waron: du stéréotype breton à "La Bretagne Pittoresque "», cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, juin et août 2015. http://cartes-postales35.monsite-orange.fr

[36] Constant de Tours, Vingt jours en Bretagne : de Saint-Malo à Brest, Paris, Librairies-imprimeries réunis, 1892, p. 61.

[37] Constant de Tours, Vingt jours en Bretagne : de Saint-Malo à Brest, Paris, Librairies-imprimeries réunis, 1892, p. 91.

[38] En 1891, Armand François Yves Marie Moizan exerce comme artiste-peintre photographe rue de Ploubazlanec. En 1895, il quitte Paimpol, probablement pour Neuilly-sur-Seine 60 avenue de Neuilly et 14 rue d’Orléans.

[39] Joseph Marie Villard, photographe

Né à Quimper le 28 juin 1868, fils de Joseph Marie Villard (Ploaré, 8 juin 1838 – Quimper, 16 mars 1898), photographe, et d’Adèle Marie Louise Flatres (Quimper, 6 juillet 1842 – Quimper, 19 septembre 1923), mariés à Quimper le 9 octobre 1865.

Marié à Quimper le 22 juin 1896 avec Marie Françoise Ferron (Quimper, 18 juillet 1877 – Quimper, 30 octobre 1965), fille d’Henri Marie Ferron (Quimper, 1er octobre 1813- ?), négociant, et Jeanne Marie Cornec (Pleyben, 9 septembre 1845- ?), mariés à Quimper le 24 janvier 1877.

D’où 1°) Joseph Henri Marie Villard (1898-1981), photographe; 2°) Marie Villard ; 3°) Henry Paul Marie Villard (1899-1915) ; 4°) Paul Marie Villard (1900-1953)

Décédé à Nantes le 9 février 1935.