Les cartes-postales rennaises 

Warnet-Lefèvre

Pour citer cet article :

Chmura Sophie, « Les cartes-postales rennaises Warnet-Lefèvre », cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs, mis en ligne le 4 janvier 2020, http://cartes-postales35.monsite-orange.fr, consulté le

Cet article contient des images issues des collections du Musée de Bretagne à Rennes et de la Bibliothèque Nationale de France (Marque du domaine public).

Léon René Warnet naît le 20 avril 1871 à Nogent l’Abbesse. Son père, Jean Marie Alfred Warnet était cultivateur-viticulteur avant de devenir mesureur de tissus (Nogent-L’Abbesse, 31 janvier 1848 – Petit-Thorigné près de Rennes, 14 août 1917) et sa mère, Marie Justine Husson (Nogent-L’Abesse, 13 avril 1848 – Rennes, 15 février 1938) était couturière.

Il débute comme employé de commerce à Reims, ville où il se marie le 29 mars 1897 avec Blanche Lefèvre (Nogent-l’Abbesse, 3 mai 1873 – Reims, 20 avril 1953), fille de Louis Léon Lefèvre (Sacy, 26 juillet 1844 - ?), boucher et Jeanne Marie Anastasie Beaudouin (Nogent-L’Abbesse, 5 mai 1840 – 9 juin 1897).

En 1898, le couple s’installe à Rennes où le frère de René, Louis Émile Warnet (Nogent-L’Abbesse, 16 novembre 1866 – Rennes, 19 avril 1941), s’était établi en 1894 suite à son mariage en seconde noce avec Marie Élise Anne Morice (Rennes, 5 mai 1855 – 9 décembre 1934). Alors que Louis Warnet et son épouse tienne un magasin de vêtements et de linges 4 rue Nationale, René Warnet reprend la librairie Hazard 7 rue Nationale[1] et Blanche Lefèvre ouvre une boutique d’antiquités 11 place du Palais. Léon et Blanche travaillent sous la même raison sociale composée de leur deux noms « Warnet-Lefèvre ».

Des cartes-postales d’actualité

« Au point de vue politique ; la Carte sera un formidable adjuvant aux journaux illustrés satiriques et pamphlétaires » Emile Strauss (1865-1939), La Carte postale illustrée, 1899.

Dès son arrivée à Rennes, Warnet propose ses services comme correspondant de presse. Dans Mémorandum d’un éditeur[1], le libraire et éditeur Pierre-Victor Stock (1861-1943) explique qu’en 1899 le journal L’Avenir de Rennes imprimé 6 rue de Bourbon, appartient « à Mme Caillot [[2]] et à un de [ses] correspondants, le libraire Warnet-Lefebvre »[3]

Stock les rencontre avec le journaliste Bernard Lazare (1865-1903) peu de temps après que l’arrêt de la cour de Cassation du 3 juin 1899 ait cassé le jugement de condamnation d'Alfred Dreyfus (1859-1935) prononcé en 1894 et ait renvoyé l'affaire devant le Conseil de Guerre de Rennes[1]. Stock désire que leur journal soit favorable à la cause de Dreyfus. Il écrit sur leurs entretiens : « Ils hésitent et les pourparlers sont longs, ils nous retiennent à Rennes plus que nous ne le voulions. Nous sommes cependant soutenus par celui qui rédige tout le journal, le secrétaire de la rédaction, un très jeune homme, très intelligent et de sentiments révisionnistes, Valéry Müller [[2]]. [...] Finalement très appuyés par Valéry Müller nous obtînmes ce que nous désirions, mais sous la condition que M. Warnet-Lefebvre et Mme Caillot deviendraient les dépositaires du Petit Parisien pour l’Ille-et-Vilaine. »[3]

De nombreux articles et dessins dans la presse ont scandé l’affaire Dreyfus. Le procès de Rennes a été suivi par des journalistes du monde entier et il est sans doute le premier événement médiatique où la photographie a eu autant d’importance. Dès le mois de juillet, les publicistes tentent tout pour obtenir des clichés inédits et ce, avant même l’arrivée d’Alfred Dreyfus à Rennes. Léon Bouët (Nîmes, 7 octobre 1857 – 20 décembre 1911) fait éditer cinq cartes postales en phototypie colorisée qui montrent Maître Demange sortant du conseil de guerre, la cour de la prison, la Maison Godard, la vue de la prison et de la rue Duhamel, ainsi que la relève de la première garde de Dreyfus. À la lecture des articles qu’il publie, ces clichés datent du mois de juillet et les cartes ont été imprimées pour l’ouverture du procès début août[8]. Journaux et revues font appel à des correspondants locaux pour obtenir des images. Des photographes Rennais se portent volontaires : ainsi Le Monde Illustré publie des clichés de Charles Marie Gérard (Rennes, 27 août 1838 – 4 mars 1906), photographe avenue de la Gare et de Jean Baptiste Joseph Graveleau dit Baptiste Graveleau/Gravelot (La Chapelle Largeau, 23 octobre 1843 – Rennes, 4 mars 1927) photographe boulevard de la Liberté. Dès le 7 août, jour où s’ouvre le procès en révision, photographes professionnels et amateurs couvrent l’événement à l’extérieur et à l’intérieur du lycée où se déroulent les séances du procès. Le journaliste Charles Chincholle explique dans sa dépêche publiée dans le Figaro du 29 août 1899 que les appareils photographiques ont été interdits seulement le 28 août 1899 dans la salle du Conseil, suite à une dispute entre le photographe parisien Aaron Gerschel (Niederroedern, 29 octobre 1832 – Paris, 10 mars 1907), qui était venu à Rennes avec cinq aides[9], et quelques gendarmes.

À la faveur de ses relations dans le milieu de la presse, Warnet édite 30 cartes-postales illustrées de photographies prises au mois d’août pendant le procès :

Collections du Musée de Bretagne :

1 - PROCÈS DE RENNES Mme DREYFUS ET SON PÈRE M. HADAMARD SE RENDENT À LA PRISON MILITAIRE

1

Numéro d'inventaire : 978.0023.141 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142402

2 - PROCÈS DE RENNES LE COMMANDANT CARRIÈRE

2

Numéro d'inventaire : 2018.0000.1197 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo280546

3 - PROCÈS DE RENNES M. COCHEFERT, Mme Vve HENRY ET M. DESVERNINE, M. FRIZE, M. VIGUIER

3

Numéro d'inventaire : 978.0023.143 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142404

4 - PROCÈS DE RENNES Me LABORI ET COLONEL PICQUART

4

Numéro d'inventaire : 978.0023.144 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142405

5- PROCÈS DE RENNES M. BONNAMOUR DE "L’ÉCHO DE PARIS" ET M. BERTILLON

5

Numéro d'inventaire : 978.0023.145 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142406

6- PROCÈS DE RENNES COLONEL CORDIER, M. FORZINETTI ET Mme SÉVERINE

6

Numéro d'inventaire : 978.0023.146 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118563

7- PROCÈS DE RENNES M. JAURES

7

Numéro d'inventaire : 978.0023.147 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142407

8 - PROCÈS DE RENNES COLONEL JOUAUST SORTANT DU LYCÉE

8

Numéro d'inventaire : 978.0023.148 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118385

9 - PROCÈS DE RENNES COMMANDANT DUCROS, COMMANDANT HARTMANN

9

Numéro d'inventaire : 978.0023.149 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118566

10- PROCÈS DE RENNES M. BERNARD-LAZARE, LA DAME BLANCHE À DROITE ABRAHAM DREYFUS

10

Numéro d'inventaire : 2018.0000.1190 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo280554

11 - PROCÈS DE RENNES GÉNÉRAL ZURLINDEN ET LE GÉNÉRAL FAVRE EN CIVIL

11

Numéro d'inventaire : 980.0051.457 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118393

12- PROCÈS DE RENNES M. AUBRY PROFESSEUR, M. TRARIEUX ET CAPITAINE CARVALLO

12

Numéro d'inventaire : 980.0051.458 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118392

13- PROCÈS DE RENNES GÉNÉRAUX MERCIER ET GONZE (sic) AU FOND M. CAVAIGNAC ET GÉNÉRAL ROGET

13

Numéro d'inventaire : 2018.0000.1199 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo280557

14 - PROCÈS DE RENNES CAPITAINE LEBRUN-RENAULT

14

Numéro d'inventaire : 980.0051.460 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118394

15 - PROCÈS DE RENNES COLONEL JOUAUST ET M. GUERAULT, TRESORIER GENERAL D'ILLE-ET-VILAINE

15

Numéro d'inventaire : 980.0051.461 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118395

16 - PROCÈS DE RENNES 1 M. PALEOLOGUE ET 2 CAPITAINE CARVALLO 3 M. GIRAUD, PROCUREUR GÉNÉRAL

16

Numéro d'inventaire : 978.0023.155 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142409

17 - PROCÈS DE RENNES COMMANDANT CUIGNET ET GÉNÉRAL MERCIER EN CIVIL

17

Numéro d'inventaire : 980.0051.463 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118396

18 - PROCÈS DE RENNES COMMANDANTS CUIGNET ET LAUTH ET GÉNÉRAL DE BOISDEFFRE

18

Numéro d'inventaire : 980.0051.464 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118397

19 - PROCÈS DE RENNES M. PALEOLOGUE, M. REBRASSIER ET GÉNÉRAL BILLOT

19

Numéro d'inventaire : 978.0023.158 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142412

20 - PROCÈS DE RENNES GÉNÉRAL DE BOISDEFFRE, COMMANDANT CARRIÈRE M. CAVAIGNAC ET GÉNÉRAL ROGET

20

Numéro d'inventaire : 980.0051.466 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118400

21 - PROCÈS DE RENNES GÉNÉRAL DE BOISDEFFRE, COMMANDANTS DINFREVILLE, DE MITRY, LAUTH

21

Numéro d'inventaire : 980.0051.467 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118504

22 - PROCÈS DE RENNES APRÈS UNE AUDIENCE, SORTIE DU CAPITAINE DREYFUS

22

Numéro d'inventaire : 978.0023.161 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142414

23 - PROCÈS DE RENNES 1 M.TRARIEUX, 2 M. VIGUIER, 3 M. PALEOLOGUE SOLDATS D'INFANTERIE STRANSPORTANT (sic) LE DOSSIER SECRET

23

Numéro d'inventaire : 978.0023.162 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142415

24 - PROCÈS DE RENNES Me DEMANGE ET Me LABORI SORTANT DE LA PRISON MILITAIRE. LEUR PREMIÈRE VISITE AU CAPITAINE DREYFUS

24

Numéro d'inventaire : 978.0023.163 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118576

25 - PROCÈS DE RENNES TRANSPORT DU DOSSIER BERTILLON

25

Numéro d'inventaire : 978.0023.164 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118577

26 - PROCÈS DE RENNES 1 CAPITAINE JACQUIER, 2 CONTRÔLEUR D'ARMES, 3 Me DEMANGE, 4 Me LABORI

26

Numéro d'inventaire : 2018.0000.1804 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo280566

27- PROCÈS DE RENNES APRÈS UNE AUDIENCE 1 CAPITAINE DREYFUS TRAVERSANT LA COUR DU LYCÉE 2 CAPITAINE DE GENDARMERIE ARAULT

27

Numéro d'inventaire : 978.0023.166 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118578

28 - PROCÈS DE RENNES ENTRÉE DU PUBLIC AU CONSEIL DE GUERRE (6 H. DU MATIN)

28

Numéro d'inventaire : 978.0023.167 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142417

29- PROCÈS DE RENNES 1 GÉNÉRAL BILLOT 2 GREFFIER COUPOIS 3 GÉNÉRAL MERCIER 4 GÉNÉRAL GONZE (sic)

29

Numéro d'inventaire : 980.0051.474 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo118413

30 - PROCÈS DE RENNES/ HAIE FORMÉE POUR LE PASSAGE DU CAPITAINE DREYFUS/ DU LYCÉE À LA PRISON

30

Numéro d'inventaire : 978.0023.169 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142419

Grâce aux photographies d’un album conservé à la Bibliothèque nationale, il est possible d’identifier l’auteur des clichés, ou du moins, l’auteur de la prise de vue de la carte numéro 25. Il s’agit de Pietro Mazzini (Imola, vers 1865-Vienne, 7 février 1929) correspondant de journaux italiens.

0070063

Cliché issu de l’album de photographies ayant appartenu à la famille Hadamard ; Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 978.0023.311 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo142703

Dreyfus photographe

détail

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France : département Estampes et photographie, PETFOL-QE-168 [Recueil. Procès d'Alfred Dreyfus. Rennes, août-sept. 1899] album de 182 photographies positives sur papier aristotype ou gélatino-argentique, d'après des négatifs sur verre au gélatinobromure d'argent ; 26,5 x 37 cm (vol.) ; notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb403597991; identifiant : ark:/12148/btv1b84514961 détail vue 38 et vue 20.

Des cartes-postales historiques

« Dans cinquante ans d’ici les chercheurs de documents consulteront les collections de cartes postales comme on consulte les recueils de vieux journaux. La carte postale est un paragraphe de notre histoire contemporaine. Elle est l’actualité illustrée, l’instantané des faits et gestes de l’époque […] elle est un signe des temps», Jean Griselin (1862-1907), in La Presse, 29 août 1903.

En 1899 et 1900, Warnet signe ses cartes-postales « Warnet-Lefèvre ». Elles ne sont pas forcément numérotées.

WL

Par la suite, elles portent la mention « W.L., à Rennes ». Dès lors, les cartes sont toutes numérotées. La mention « W.L, à Rennes » précède parfois la légende, surtout dans les séries consacrées à d’autres villes que Rennes.

W.L.

Vers 1904-1905, le numéro de la carte et la légende sont précédées par les initiales « W.L. ».

WL 514

En 1903, la librairie Warnet-Lefèvre est connue pour vendre un « Grand choix de Cartes postales fantaisies. Vues de Rennes et ses environs. Editions de la maison. – Gros et détail »[10].

Si les cartes-postales du procès Dreyfus sont les premières cartes-postales éditées par Warnet, les clichés utilisés ne sont pas les plus anciens dans la collection Warnet-Lefèvre. En effet, si au début du 20ème siècle la carte d’actualité partage avec la carte-vue les faveurs du public, l’histoire et le patrimoine de Rennes suscite également de l’intérêt. Parmi les photographies les plus anciennes publiées par Warnet figurent celles des inaugurations des statues des maires Jean Leperdit (1752-1823) et Edgard Le Bastard (1836-1892).

Le premier cliché date du 22 septembre 1892 : il montre la fête d’inauguration place du Champ-Jacquet, de la statue de Jean Leperdit, ancien maire de la ville de février 1794 à octobre 1795.

M0212_AG-2017-0-2373-U

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2017.0000.2373 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo201049

La Municipalité avait profité des cérémonies du centenaire de la proclamation de la République pour inaugurer l’œuvre due au sculpteur Emmanuel Dolivet. Il s’agit de la première statue élevée sur une place publique de la ville. Les édiles Rennais avaient émis le vœu d’ériger cette statue en 1839. Le statuaire David d’Angers avait même proposé gratuitement ses services, mais le projet avait été ajourné car la commission dirigée par le préfet du département, Louis Hamon, n’avait pas obtenu du ministère de l’Intérieur la cession du bronze pour la fonte. En 1848, un buste de Leperdit par Jean-Baptiste Barré est installé à l’hôtel de ville. En 1879, l’idée d’une statue entourée des allégories de l’Industrie et du Commerce ressurgit quand le conseil municipal d’Egard Le Bastard envisage la décoration de la niche de l’hôtel de ville. L’État refuse de contribuer à un tel projet et retire sa promesse de participer aux deux tiers de la dépense. Le projet est une nouvelle fois ajourné. En 1889, une commission de huit membres choisit la place du Champ-Jacquet pour ériger la statue à Leperdit et organise un concours entre sculpteurs Rennais. Une souscription publique est ouverte et des subventions de l’État et du Conseil général contribuent au financement de l’œuvre. Emmanuel Dolivet (1854-1910) remporte le concours le 1er juin 1891, devant Eugène Quinton (1853-1892) et Jean Boucher (1870-1939). Le piédestal conçu par l’architecte départemental est construit à l’emplacement d’une vieille fontaine surnommée le Tombeau du Génie. Lors de l’inauguration en 1892, une boîte en plomb, contenant un parchemin décrivant les circonstances de l’érection est placée dans une cavité du socle. Sur la face principale du piédestal, sont inscrit les mots « LEPERDIT / MAIRE DE RENNES / 1794-1795 ».

En 1943, la statue est fondue sous le régime de Vichy à l’exception de la tête. En 1985, un modèle original en plâtre, retrouvé chez un brocanteur est acquis par la ville. En 1994, la statue est refondue par la fondation de Coubertin et inaugurée le 14 décembre à son emplacement initial.

À noter qu’en 1892, seul le Journal de Rennes, concurrent de L’avenir de Rennes, a discuté l’érection de la statue de Leperdit, critiquant la statuomanie des Républicains. Le Journal de Rennes a également moqué et désapprouvé l’inauguration de la statue de Le Bastard montrée sur le deuxième cliché publié par Warnet. Il date du 14 juillet 1895.

M0212_AG-2017-0-2365-U

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2017.0000.2365 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo201030

Cette érection avait été décidée dès la mort du maire en juin 1892. Là encore, l’emplacement prévu était la niche de l’hôtel-de-ville. Mais Dolivet, qui remporte le concours parmi six projets présentés, avait conçu deux maquettes : l’une d’une statue pour une place, l’autre, un groupe monumental pour la niche de l’hôtel de ville. En 1894, devant les critiques écrites dans la presse locale, en particulier dans le Journal de Rennes, la municipalité renonce à placer la statue dans la niche et choisit la place de la République. Au mois de novembre, elle est fondue dans les ateliers Thiébaut frères. Elle est financée par une souscription publique avec l’aide d’une subvention de l’État. Déjà décriée lors de son exposition au Salon, la statue déplaît très vite aux Rennais. En juin 1931, elle est déplacée sur la place Hoche, au nord de la ville. En 1943, elle est réquisitionnée et fondue sous le régime de Vichy. Sur la face principale du piédestal étaient inscrits les mots « E. LE BASTARD / SÉNATEUR / CONSEILLER GÉNÉRAL / PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE / MAIRE DE RENNES (1871-1880-1892) / SES CONCITOYENS / 14 JUILLET 1895 » et sur l’arrière du piédestal « Adduction des eaux / Réseaux d’égouts / Lycée / Palais du Commerce / Écoles municipales / École des Beaux-Arts / Conservatoire de musique / École d’industrie / Faculté des sciences ». Le Bastard, acteur de l’enracinement de la République à Rennes avait en effet œuvré à la modernisation de la ville.

Les deux clichés ont été pris par le graveur lithographe Constant Lamarre (Rennes, 18 février 1850 – 29 juillet 1916). Il était président de l’Union des Sociétés de secours mutuels et de la Société des pêcheurs à la ligne. Lamarre a d’ailleurs fourni de nombreux clichés de moulins, rivières et barrages des environs de Rennes pour illustrer les cartes-postales Warnet-Lefèvre. Ami proche de Lamarre, Joseph Cotto (Rennes, 19 octobre 1866-17 mai 1932), graveur-lithographe à l’imprimerie Oberthür est l’auteur de photographies prisent à Thorigné près de Cesson.

trublé

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2017.0000.153 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo200273

Cotto

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2016.0000.2719 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo247563

Des cartes-postales sur le patrimoine et les transformations de la ville

« Infiniment précieuse pour l’éducation des hommes par le beau, la carte postale vulgarise les merveilles de la Nature et de l’Art : ceux qui vivent loin de ces beautés gagnent l’envie d’aller les voir et ceux qui vivent à côté d’elles apprennent leur existence », Edmond Haraucourt (1856-1941),Conservateur du musée de Cluny, cité par Ripert (A.), Frère (C.), Forestier (S.), La carte postale : son histoire, sa fonction sociale, Éditions du CNRS, 1983, p. 28.

 Warnet s’intéresse à l’histoire de la ville et publie des photographies qui ont aujourd’hui une forte valeur patrimoniale. Certaines montrent des bâtiments qui ont aujourd’hui disparu et dont les transformations ou la destruction étaient soit en cours, soit terminés au moment où Warnet publie ses cartes. L’escalier de la Motte, le Mail et l’Hôtel de Cuillé ont été photographiés en 1886 et en 1887 par Désiré Fénaut (Saint-Thierry, 8 septembre 1832 – Rennes, 25 octobre 1909) et se sont sans aucun doute les vues les plus anciennes de la collection Warnet-Lefèvre. Le musée de Bretagne conserve des tirages qui nous permettent d’affirmer la paternité de ses photographies.

M0212_AG-886-20-32-U

Musée de Bretagne, Escalier de la Motte. Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 886.0020.32 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo148480

M0212_AG-2017-0-2840-U

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2017.0000.2840 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo114014

Construit en 1829, cet escalier est déplacé en 1898 à l’entrée du Jardin des Plantes suite au nivellement de la Motte.

Fenaut M0212_AG-887-72-8-U

Musée de Bretagne, Grand Mail. Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 956.0002.649 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo255333

La photographie a été prise quand le Mail avait encore ses deux rangées de tilleuls.

M0212_AG-2017-0-2391-U

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2017.0000.2391 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo201081

M0212_AG-887-72-28-U

Musée de Bretagne, Hôtel de Cuillé. Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 887.0072.28 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo148629

M0212_AG-2017-0-4041-U

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2017.0000.4040 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo202943

Warnet publie une vue intérieure de la chapelle Saint-Aubin également prise par Fénaut juste avant sa démolition en 1904[11].

M0212_AG-956-2-206-U

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 956.0002.206 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo227867

M0212_AG-2017-0-3861-U

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2017.0000.3861 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo202481

Il est difficile de déterminer avec certitude l’auteur de la vue extérieure, différente de celle de Fénaut conservée au Musée de Bretagne.

M0212_AG-2017-0-3859-U

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 2017.0000.3859 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo114011

Il édite aussi une vue du lycée prise avant 1900 par Ange Balthazar Tobie Colombo (Milan, 14 novembre 1868 – Rennes, 12 avril 1920). Depuis 1886, Colombo est opticien 5 rue Nationale avec François Antoine Binda (1853-1913). Ils étaient tous deux membres actifs de la Société photographique de Rennes depuis 1892.

M0212_AG-972-16-65-U

Musée de Bretagne, numéro d'inventaire : 972.0016.65 ; permalien de la notice : http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo200451

Rennes avant 1910

La grande majorité des cartes-postales Warnet-Lefèvre ne porte pas de précision sur l’auteur de leur illustration. Beaucoup ont un intérêt historique car elles sont animées. Par définition l’adjectif « animé » est utilisé pour désigner une impression de vie ou de mouvement. Les cartes-postales dites « animées » présentent donc des lieux ou des scènes avec des personnes et/ou des animaux en nombre, également des moyens de locomotion en mouvement. Beaucoup de cartes-postales anciennes animées sont des documents intéressants car elles donnent à voir des activités aujourd'hui disparues. Outre les clichés des marchés, des foires et des fêtes, beaucoup de vues choisies par Warnet sont animées, que les photographes aient fait poser, ou non, des habitants.

Lices marché

foire aux porcs

Poissonerie

Fac

PdeJ

HdeV

Germain

Vasselot

Dans le recensement de population de Rennes daté de 1911, René Warnet est déclaré comme antiquaire, alors que son épouse Blanche est notée comme libraire. La collection des cartes-postales Warnet-Lefèvre n’est déjà plus renouvelée.

René Warnet s’engage volontairement contre l’Allemagne le 13 septembre 1914 dans le 5e Régiment d’Artillerie à pied. Le 1er mars 1916, il passe au 6e Régiment d’Artillerie à pied. Il meurt à Pont à Mousson le 16 juin 1916. Le journal Ouest-Eclair du 8 juillet 1916 raconte que le 7 juillet 1916 « en l’église Saint-Germain, était célébré un service funèbre à la mémoire de M. René Warnet, engagé volontaire à l’âge de 46 ans, tombé glorieusement au champ d’honneur, le 16 juin dernier. Une foule nombreuse et recueillie y assistait, M. Warnet étant très connu et très estimé à Rennes où il ne comptait que des amis ». En juillet 1918, son neveu Jean Warnet (Rennes, 14 juillet 1899- Dormans, 15 juillet 1918), engagé volontaire au 215e régiment d’artillerie tombe également pour la France à Vassy au hameau de Dormans. René Warnet est inhumé au cimetière du nord le 7 juillet 1922. Il a reçu la Médaille militaire et la Croix de Guerre.

IMG_20191004

IMG_20191004 1

IMG_20191004 2

La librairie Warnet-Lefèvre est reprise presqu’aussitôt après l’annonce de son décès en 1916 par un ancien combattant nommé Billaud. En 1920, ce dernier cesse son activité et vend au rabais « livres, collections, neuf et occasion, cartes postales, papiers à lettres »[12]. Blanche Warnet-Lefèvre continue à gérer le fonds de commerce d’antiquités et de brocante qu’elle exploitait aux numéros 11 et 12 place du Palais sous le nom de « Antiquité Warnet » jusqu’en septembre 1941[13].




[1] Archives commerciales de la France, 16 février 1898, p. 207.

[2] Stock (P.-V.), Mémorandum d'un éditeur. Troisième série, L'affaire Dreyfus anecdotique, Paris, Stock, 1938, 256 p.

[3] Madame Louis Caillot née Antoinette Joséphine Juilliard (1856-1940)

[4] Stock (P.-V.), Mémorandum d'un éditeur. Troisième série, L'affaire Dreyfus anecdotique, Paris, Stock, 1938, p. 96-97.

[5] Archives municipales de Rennes, 9Fi51.

[6] Valery Müller (1875-1917), illustrateur et journaliste.

[7] Stock ( P.-V.), Mémorandum d'un éditeur. Troisième série, L'affaire Dreyfus anecdotique, Paris, Stock, 1938, p. 96-97.

[8] Chmura (S.), « Rennes en couleurs 1898-1899 », cartes-postales de Rennes ou d'ailleurs,http://cartes-postales35.monsite-orange.fr/page-5c5ad9d813705.html

[9] Le Figaro, 11 août 1899.

[10] L’Événement Rennais, 18 juin 1903.

[11] Un cliché est conservé dans le fonds Richier au Musée de Bretagne, voir Chmura (S.), « Iconologie de la collection Richier conservée au Musée de Bretagne à Rennes », Images, représentations et patrimoine de Rennes, mis en ligne le 16 décembre 2018, https://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr/page-5c14f59924be5.html

[12] Ouest-Éclair, 10 juillet 1920.

[13] Ouest-Éclair, 29 octobre 1941.